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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107579

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107579

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBUISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur délégué du centre hospitalier de Die l'a suspendue sans traitement de ses fonctions à compter du même jour ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Die de lui verser l'intégralité de ses salaires à compter du 15 septembre 2021, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Die à lui verser une indemnité de 15 000 euros en réparation des préjudices matériels et moraux subis ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Die la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure ;

- il s'agit d'une sanction déguisée, qui n'a pas été précédée d'un avis du conseil de discipline ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dès lors qu'elle ne pouvait concerner un agent en arrêt-maladie ;

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'absence de saisine du conseil commun de la fonction publique au moment de l'adoption de la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, constitue une rupture d'égalité entre les agents et présente un caractère discriminatoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier 2022, ainsi que les 14 et 27 avril 2022, le centre hospitalier de Die, représenté par Me Blanc, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et au rejet des conclusions indemnitaires de la requête pour irrecevabilité.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;

- il n'y a plus lieu à statuer dans la mesure où, par quatre décisions du 17 mars 2022, le directeur du centre hospitalier de Die a suspendu l'exécution de la mesure de suspension du 15 septembre 2021 et a placé Mme A en congé de maladie ordinaire du 17 septembre 2021 au 14 novembre 2021, soit jusqu'à l'issue de son contrat et enfin que Mme A a été rétabli dans l'ensemble de ses droits et en particulier ses droits à rémunération sur son bulletin de salaire d'avril 2022 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 modifié ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- les observations de Me Breysse, substituant Me Blanc, représentant le centre hospitalier de Die.

Considérant de ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée, à temps partiel, à compter du 16 novembre 2020 par le centre hospitalier de Die par un contrat à durée déterminée (CDD), qui a été renouvelé à trois reprises jusqu'au 14 novembre 2021, en tant qu'agent des services hospitaliers. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur délégué du centre hospitalier de Die l'a suspendue de ses fonctions sans traitement, à compter du même jour et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou d'un certificat de rétablissement valide répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-1040 du 5 août 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision et la réparation des préjudices qui en découlent.

Sur le non-lieu à statuer opposé en défense en ce qui concerne les conclusions en annulation et en injonction :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'enregistrement de la requête de Mme A, le centre hospitalier de Die a, par une première décision du 17 mars 2022, suspendu l'exécution de la décision de suspension du 15 septembre 2021 et a, par trois autres décisions du 17 mars 2021, placé l'intéressée en congé de maladie ordinaire pour la journée du 15 septembre 2021 ainsi que pour la période du 17 septembre 2021 au 14 novembre 2021, soit jusqu'à l'issue de son contrat. Si Mme A n'a pas été placée en situation de congé de maladie pour la journée du 16 septembre 2021, le retrait de la décision de suspension du 15 septembre 2021 a nécessairement eu pour effet de la placer en situation d'activité. Par suite, ces décisions, devenues définitives, ont eu pour effet de retirer la décision de suspension, objet de la présente instance. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier et en particulier du bulletin de salaire du mois d'avril 2022 produit en défense, que le centre hospitalier de Die a rétabli le versement des traitements et demi-traitements pour la période en litige durant laquelle la requérante avait été irrégulièrement suspendue sans traitement. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par Mme A se trouvent dépourvues d'objet et il n'y a plus lieu pour le tribunal de statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense en ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

5. Si la requérante avait demandé au directeur du centre hospitalier de Die, par un courrier du 29 septembre 2021, antérieur à la saisine de la juridiction, de la rétablir dans sa rémunération, ces conclusions présentaient un caractère pécuniaire. Dans sa requête, Mme A demande à être indemnisée du préjudice résultant de l'illégalité fautive de la mesure de suspension sans traitement de ses fonctions. Ces conclusions tendent à la réparation d'un préjudice fondé sur une cause juridique distincte de celle exposée dans sa demande préalable. Dès lors, et ainsi que l'oppose en défense le centre hospitalier de Die, Mme A n'a pas lié le contentieux, en méconnaissance des dispositions précitées. Ainsi, faute de demande préalable, ses conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices subis du fait de la décision attaquée sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Die la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction présentées par Mme A.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le centre hospitalier de Die est condamné à verser la somme de 1 200 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Die.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. C, président- rapporteur,

Mme Fourcade, première conseillère.

Mme Pollet, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le président-rapporteur,

C. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

F. FOURCADE

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre du travail de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107579

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