jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DIEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2021, M. B C A, représenté par Me Dieye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 13 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur le fondement du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en l'absence de réponse à sa demande de communication de ses motifs, la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le seul courrier du 12 mai 2021 de demande de titre de séjour ne suffit pas à faire naitre une décision implicite de rejet en l'absence de l'enregistrement de sa demande au guichet de la préfecture de l'Isère eu égard aux dispositions de l'article R.431-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, M. A n'a pas respecté la démarche à suivre afin de faire enregistrer la demande de titre de séjour ;
- aucune décision de refus de délivrance de titre de séjour n'existe dès lors qu'aucune demande de titre de séjour n'a été enregistrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 31 août 2023, M. Ban a lu son rapport. Les parties n'étaient ni ne présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 25 juillet 1985, soutient être entré en France au cours de l'année 2011. Il fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 17 juin 2014 par le préfet de la Savoie. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de titre de séjour qu'il a présenté le 13 septembre 2021.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la naissance d'une décision implicite de rejet :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire que l'intéressé se présente physiquement à la préfecture sauf pour les catégories de titres de séjour dont les demandes s'effectuent au moyen d'un téléservice ou pour lesquelles l'envoi par voie postale est autorisé par le préfet. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision.
4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé par voie postale une demande de titre de séjour datée du 10 mai 2021 dont la préfecture de l'Isère a accusé réception le 17 mai 2021. Pour justifier son absence de réponse à cette demande, le préfet de l'Isère fait valoir dans ses écritures en défense que le courrier du 10 mai 2021 n'est pas susceptible de faire naitre une décision implicite de rejet dès lors que M. A n'a pas suivi la démarche en vue de faire enregistrer sa demande qui implique, s'agissant des demandes d'admission exceptionnelle au séjour comme en l'espèce, de se présenter à la préfecture de l'Isère le mercredi après-midi à partir de 13 h.
6. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 3 que le silence gardé pendant quatre mois par le préfet de l'Isère sur la demande de titre de séjour de M. A a fait naitre une décision implicite de rejet fondée à bon droit sur l'absence de comparution personnelle de l'intéressé à la préfecture de l'Isère pour cette catégorie de titre de séjour dont les demandes ne peuvent être effectuées ni par voie postale ni par téléservice.
7. Par ailleurs, l'article R. 431-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose:" La délivrance ou le renouvellement du titre de séjour à un étranger est subordonné à la collecte, lors de la présentation de sa demande, des informations le concernant qui doivent être mentionnées sur le titre de séjour selon le modèle prévu à l'article R. 431-1, ainsi qu'au relevé d'images numérisées de sa photographie et, sauf impossibilité physique, des empreintes digitales de ses dix doigts aux fins d'enregistrement dans le traitement automatisé mentionné à l'article R. 142-11. "
8. Pour s'opposer à la naissance d'une décision implicite de rejet, le préfet de l'Isère fait encore valoir que M. A n'a pas respecté les exigences de l'article R. 431-9 relatives au relevé des empreintes digitales et au relevé d'images numérisées de sa photographie et, qu'en conséquence, son dossier était incomplet. Ce seul motif, s'il peut être opposé lors de la remise à l'étranger du titre de séjour, ne permet pas, à ce stade initial de l'instruction du dossier, de considérer le dossier de demande de titre de séjour déposé comme incomplet dans la mesure où le demandeur n'a pas d'ores et déjà refusé de s'y soumettre.
9. Il résulte de ce qui précède que la demande de titre de séjour de M. A du 10 mai 2021 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet de la part du préfet de l'Isère.
En ce qui concerne l'examen des moyens dirigés contre cette décision implicite de rejet :
10. En vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
11. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
12. Ainsi qu'il a été dit, M. A a adressé par voie postale une demande de titre de séjour dont la préfecture de l'Isère a accusé réception le 17 mai 2021. Par lettre du 13 septembre 2021 reçu par les services de la préfecture de l'Isère le 15 septembre 2021, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande. Toutefois, à la date de réception de cette demande de communication des motifs, c'est-à-dire le 15 septembre 2021, la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour, intervenue le 17 septembre 2021, n'était pas encore née. La demande de communication des motifs présentée par M. A était ainsi prématurée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne saurait être retenu.
13. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 doit être écarté dès lors qu'il n'a pas trait aux vices propres de la décision attaquée.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être écartées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2107595
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026