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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107600

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107600

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2021, le 15 novembre 2021 et le 10 mai 2022, M. E C et Mme A B, représentés par Me Lebeau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Collonges-sous-Salève a délivré un permis de construire à la SARL MCD 21 pour la construction d'un ensemble de trois petits immeubles collectifs, l'élargissement du chemin d'accès et la création d'un mur de soutènement surmonté d'un dispositif de clôture, sur un terrain situé chemin des Bornants sur le territoire de la commune, ainsi que la décision du 3 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Collonges-sous-Salève et de la SARL MCD 21 une somme de 3 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir en leur qualité de voisin immédiat du projet litigieux, lequel portera atteinte aux conditions d'utilisation, d'occupation et de jouissance de leur bien ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'accès et la servitude de passage ;

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne la rampe d'accès aux bâtiments et les terrasses pour les bâtiments B et C ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît la servitude relative à la construction et à l'exploitation de pipelines d'intérêt général destinés au transport d'hydrocarbures liquides ou liquéfiés sous pression.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 février 2022 et le 9 juin 2022 (non communiqué), la commune de Collonges-sous-Salève, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) MCD 21, représentée par Me Bichelonne, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, au besoin en faisant application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL MCD 21 fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du même jour.

Par un courrier du 11 octobre 2022, les parties ont été informées de la possibilité pour le tribunal de juger, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'accès et la servitude de passage, que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme et que l'arrêté en litige méconnaît la servitude d'utilité publique relative à la construction et à l'exploitation de pipelines d'intérêt général destinés au transport d'hydrocarbures liquides ou liquéfiés sous pression qui affectent le permis de construire sont fondés et d'estimer que ces illégalités se rapportent à des vices susceptibles d'être régularisés par un permis de construire modificatif et, par conséquent, qu'il était susceptible de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai accordé à cette fin.

Par un mémoire, enregistré le 13 octobre 2022, la SARL MCD 21 a présenté des observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derro, représentant les requérants, de Me Fiat, représentant la commune de Collonges-sous-Salève et de Me Maillard, représentant la SARL MCD 21.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Collonges-sous-Salève, a été enregistrée le 19 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 janvier 2021, la SARL MCD 21 a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'un ensemble de trois petits immeubles collectifs de huit logements d'une surface de plancher créée de 599 m², l'élargissement du chemin d'accès et la création d'un mur de soutènement surmonté d'un dispositif de clôture sur un terrain, cadastré section AC n°s 60 et 178, situé chemin des Bornants sur le territoire de la commune de Collonges-sous-Salève. Par un arrêté du 11 mai 2021, le maire de la commune de Collonges-sous-Salève a délivré le permis de construire sollicité. Le 6 juillet 2021, reçu le 7 juillet suivant par la commune, M. E C et Mme A B ont formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Par une décision du 3 septembre 2021, notifiée le 10 septembre suivant, la commune de Collonges-sous-Salève a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. C et Mme B demandent l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () "

3. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. En défense, la SARL MCD 21 oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants dans la présente instance. Pour justifier de leur intérêt à agir, les requérants soutiennent que le projet litigieux de construire trois immeubles d'habitation collectifs dont la hauteur est comprise entre 8 et 10 mètres va leur causer un préjudice de jouissance manifeste notamment du fait de la perte d'ensoleillement de leur maison et de la perte de vue depuis les nombreuses ouvertures situées en partie sud-ouest de leur maison, située sur la parcelle cadastrée section AC n° 58, qui jouxte le projet litigieux situé sur la parcelle cadastrée section AC n°60. Dans ces conditions et compte tenu notamment de l'importance du projet litigieux, il est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance du bien des requérants. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt pour agir ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. "

6. Les requérants soutiennent que le projet consistant en la construction d'un ensemble de trois petits immeubles collectifs sur une parcelle avec création de jardins privatifs, le dossier de demande de permis de construire devait contenir un plan de division et un projet de constitution d'une association syndicale, dès lors qu'il a nécessairement pour objet de diviser en propriété ou en jouissance le terrain d'assiette. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la rubrique 5.2 du formulaire Cerfa de demande de permis de construire en litige, que le projet ne prévoit pas que le terrain d'assiette des constructions projetées soit lui-même divisé en propriété ou en jouissance avant leur achèvement. Par ailleurs, la seule mise en place, selon la notice architecturale et le plan de masse joints au dossier de demande, de clôtures grillagées pour séparer les jardins privatifs des bâtiments B et C et de voies et espaces communs ne saurait démontrer, par elle-même, la nécessité de procéder à une division en propriété ou jouissance avant l'achèvement des travaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières / () / Les opérations de plus de 8 logements ou de plus de 600 m² de surface de plancher devront respecter une proportion minimale de 40 % de logements sociaux. "

8. Les requérants soutiennent que si le formulaire Cerfa de demande de permis de construire prévoit la création de huit logements d'une surface de plancher créée de 599 m², le projet prévoit en réalité la création de 657,61 m² de surface de plancher en méconnaissance des dispositions de l'article UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire Cerfa de la demande de permis de construire et du tableau des surfaces taxables et surfaces de plancher nettes joint au dossier de demande, que le projet prévoit la création de huit logements d'une surface de plancher créée de 599 m². A cet égard, le calcul approximatif effectué par les requérants à partir du plan de masse du dossier de demande de permis de construire n'est pas de nature à remettre en cause les éléments déclaratifs du permis de construire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public / Dispositions concernant les accès : / Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire ne produise une servitude de passage suffisante. / Les occupations et utilisations du sol sont refusées si les accès provoquent une gêne ou présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment, de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / Pour des raisons de sécurité, les accès directs aux routes départementales seront limités, et des solutions alternatives seront privilégiées. / Le nombre des accès sur les voies publiques peut être limité. En particulier lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, le projet peut n'être autorisé que sous réserve que l'accès soit établi sur la voie où la gêne pour la circulation sera la moindre. / Les accès et voirie doivent permettre une desserte aisée pour les véhicules de secours ou de services et avoir recueilli un avis favorable préalable du service gestionnaire. / () ".

10. Le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des D d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux, situé sur la parcelle cadastrée section AC n° 60, n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique et qu'une promesse de constitution de servitude de passage a été conclue le 20 novembre 2019 sur la parcelle cadastrée section AC n° 178 afin de donner accès à cette voie. Contrairement à ce que soutiennent la commune et le société pétitionnaire en défense, en application des dispositions précitées de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme, un avis favorable préalable du service gestionnaire devait être recueilli et ce même si la commune est le gestionnaire de cette voie. En l'absence d'un tel avis, la branche du moyen tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueillie.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire litigieux que la promesse de constitution de servitude de passage conclue le 20 novembre 2019 au profit de la parcelle d'assiette du projet litigieux n°60 sur la parcelle n° 178 afin de donner accès à la voie publique y était produite. Cette convention a été conclue sous diverses conditions suspensives ou particulières au profit de la société MCD 21 et notamment celle tirée de l'obtention " d'un permis de construire d'un ensemble immobilier d'une surface plancher minimum de 1 000 m² sans réalisation de surface utile dédiée aux commerces ". Toutefois, le projet litigieux ne présente qu'une surface de plancher créée de 599 m² et ne remplit pas cette condition des 1 000 m² de surface plancher prévue dans la convention de servitude de passage. Dans ces conditions, la branche du moyen tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne la servitude de passage doit être accueillie.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives / Généralités / Pour l'application des D ci-après, le calcul se fera au nu de la façade, sans tenir compte de ses éléments de débords éventuels, tels débords de toitures, balcons, saillies, encorbellements et marquises, à condition que leur profondeur par rapport à la façade ne dépasse pas 1,50 m. / D générales / Les constructions doivent être implantées à une distance de H/2 (H = hauteur du bâtiment), en respectant un recul minimal de 5 mètres. / () ".

14. D'une part, il ressort du plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire que le projet autorisé inclut une voie d'accès interne au projet bordée par un mur dépassant le niveau du sol qui ne présente pas un recul de 5 mètres par rapport aux limites séparatives. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du plan de masse, que ce mur présente une fonction de soutènement compte tenu de la pente de 15% puis de 12,81% de cette voie et de la différence de niveau entre le terrain d'assiette du projet litigieux et les terrains jouxtant le projet litigieux du côté de cette voie interne. Il ressort d'ailleurs, à cet égard, des mentions de l'arrêté attaqué que le projet litigieux porte notamment sur " la création d'un mur de soutènement surmonté d'un dispositif de clôture ". Ce mur de soutènement constitue, eu égard à ses caractéristiques, une construction soumise, en tant que telle, à la règle de prospect définie par les dispositions du règlement citées au point précédent. Ainsi, et dès lors que l'implantation de cette construction ne respecte pas la distance minimale de retrait des limites séparatives, les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions précitées de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme. En conséquence, cette branche du moyen doit être accueillie.

15. D'autre part, les requérants soutiennent que le projet litigieux prévoit l'implantation de terrasses pour les bâtiments B et C orientées vers l'Ouest qui méconnaissent également les dispositions précitées de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que ces terrasses sont des terrasses de plain-pied qui ne créent pas d'emprise au sol et ne méconnaissent ainsi pas les dispositions précitées de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Aspect extérieur / Généralités / Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages. Tout projet de construction qui n'aboutirait pas à une bonne intégration sera refusé. / La qualité architecturale ne résulte pas uniquement de dispositions réglementaires. / Lorsqu'un projet est de nature à modifier fortement le site existant, ou à créer un nouveau paysage, l'aspect des constructions peut être apprécié selon des critères plus généraux que ceux ci-dessous détaillés. / Le demandeur ou l'auteur du projet doit alors justifier de la cohérence, de la recherche architecturale et de la concordance avec le caractère général du site. / - Pour toute construction neuve, il est demandé de composer des volumes et des façades dont les proportions ne soient pas en rupture avec celles des constructions traditionnelles existantes. / Toitures / Matériaux de couverture / Les toitures à pans doivent être en tuiles ou de matériaux ayant un aspect similaire. Les toitures doivent respecter l'aspect des toitures environnantes. Les tuiles de types canal et/ou provençal seront interdites. / () ".

17. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient, à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par le plan local d'urbanisme de la commune.

18. D'une part, les requérants soutiennent que le projet litigieux, compte tenu de son volume et de son architecture, ne s'insère pas dans le paysage avoisinant. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux se situe en zone UC qui est une zone à dominante d'habitat avec une " densité moyenne à faible (intermédiaires et individuelles) ". Ce projet s'insère, plus particulièrement, au sein d'un secteur essentiellement composé de villas imposantes et de petits collectifs, présentant des toitures à deux, trois ou quatre pans de couleur rouge ou grise, qui ne présente ainsi pas une unité et un intérêt architectural particuliers. Le projet litigieux porte sur la construction de trois petits immeubles collectifs situés en R+1 et R+2 d'une surface de plancher créée de 599 m² avec l'élargissement du chemin d'accès et la création d'un mur de soutènement surmonté d'un dispositif de clôture. Les trois bâtiments de ce projet présentent une toiture à deux pans avec une pente de 40% et les tuiles seront en terre cuite de couleur grise. Ainsi, le projet litigieux, par son aspect et ses dimensions, ne porte pas atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Dans ces conditions, cette branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UV 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écartée.

19. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les bâtiments implantés dans le secteur du projet litigieux présentent des toitures hétérogènes à deux, trois ou quatre pans de couleur rouge ou grise, sans homogénéité. Ainsi, les toitures des trois bâtiments du projet litigieux à deux pans avec une pente de 40% et des tuiles de couleur grise ne méconnaissent pas les dispositions de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, cette branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UV 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écartée.

20. En dernier lieu, le plan local d'urbanisme de la commune de Collonges-sous-Salève comprend des annexes et notamment une liste de servitude d'utilité publique. Cette liste comprend une servitude d'utilité publique intitulée " servitude relative à la construction et à l'exploitation de pipelines d'intérêt général destinés au transport d'hydrocarbures liquides ou liquéfiés sous pression ". Cette servitude, telle qu'annexée au plan local d'urbanisme, prévoit que : " Servitude de non aedificandi et non plantandi de 5m de largeur portée à 20 m maximum en zone boisée (constructions et plantations de plus de 0.60m de profondeur interdites). / Servitude de passage pour travaux de 15 m de largeur dans laquelle est incluse la bande de servitude non aedificandi pour permettre la surveillance et les travaux d'entretien et réparation. Obligation d'essartage dans ces bandes de servitude. Projets de travaux soumis obligatoirement à l'avis de la SPMR dans une bande de 100 mètres de part et d'autre du pipeline. ".

21. Les requérants soutiennent que le projet litigieux se trouve dans la bande de 100 mètres de cette servitude et que le projet n'a pas été soumis à l'avis de la société Pipeline Méditerranée-Rhône en méconnaissance de cette servitude. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux se trouve dans la bande de 100 mètres du pipeline et que le projet est donc soumis à l'avis de la société Pipeline Méditerranée-Rhône. En outre, et ainsi que le fait valoir la SARL MCD 21, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme mentionne que " cet ouvrage n'est plus en service " et précise que " la servitude n'a pas encore été levée ". Toutefois, une telle mention ne saurait dispenser la société pétitionnaire de solliciter l'avis de la société gestionnaire de ce pipeline. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la commune de Collonges-sous-Salève, les mails qu'elle a produits le 9 juin 2022 avec la société gestionnaire de ce pipeline ne permettent pas de considérer que le projet litigieux a été soumis à l'avis de cette société gestionnaire. En l'absence d'un tel avis, le moyen tiré de la méconnaissance de la servitude d'utilité publique annexée au plan local d'urbanisme doit être accueilli.

22. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme B sont fondés à soutenir que le projet autorisé par l'arrêté du 11 mai 2021 méconnaît les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'accès et la servitude de passage, de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le mur de soutènement et la servitude d'utilité publique annexée au plan local d'urbanisme pour les motifs énoncés aux points 11, 12, 14 et 21.

Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

24. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les D d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

25. Au cas présent, les illégalités tenant à la méconnaissance les dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'accès et la servitude de passage, de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le mur de soutènement et la servitude d'utilité publique annexée au plan local d'urbanisme qui affectent le permis de construire délivré à la SARL MCD 21 par l'arrêté du 11 mai 2021 du maire de la commune de Collonges-sous-Salève sont susceptibles d'être régularisées. Les parties ayant été avisées, par courrier du 11 octobre 2022, de la possibilité de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir respectivement à la SARL MCD 21 et à la commune de Collonges-sous-Salève, un délai maximal de deux mois à compter de la notification du présent jugement, afin de solliciter et de délivrer un permis de construire de régularisation et d'en informer le tribunal.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

26. Il convient également de surseoir à statuer sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. C et Mme B, par la SARL MCD 21 et la commune de Collonges-sous-Salève.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur le surplus des conclusions à fin d'annulation de M. C et Mme B, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif délivré à la SARL MCD 21 par le maire de la commune de Collonges-sous-Salève régularisant les vices tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'accès et la servitude de passage, de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le mur de soutènement et la servitude d'utilité publique annexée au plan local d'urbanisme.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme B, à la SARL MCD 21 et à la commune de Collonges-sous-Salève.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

P. F

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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