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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107626

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107626

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET CHAMPAUZAC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2107626 le 5 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 16 mars 2023, M. C B, représenté par Me Champauzac, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de Sauze-la-Rousse a opposé un sursis à statuer à la déclaration préalable de lotissement qu'il a déposée ;

2°) de constater qu'une décision de non-opposition lui est implicitement acquise depuis le 21 mai 2021 ou, subsidiairement, d'enjoindre au maire de Suze-la-Rousse de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Suze-la-Rousse la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;

- la pièce complémentaire qui lui a été demandée le 6 mai 2021 n'était pas exigible de sorte qu'une décision de non-opposition lui est implicitement acquise depuis le 21 mai 2021, que l'arrêté en litige ne pouvait être retiré sans procédure contradictoire préalable ;

- le maire était lié par l'avis favorable conforme du préfet ;

- la décision portant sursis à statuer en litige n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme ;

- le classement de l'emprise de son projet en zone naturelle est illégal.

La commune de Suze-la-Rousse, représentée par Me Petit, a présenté deux mémoires en défense enregistrés le 14 décembre 2022 et le 23 avril 2024 par lesquels elle conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Le préfet de la Drôme a présenté un mémoire, enregistré le 22 janvier 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen invoqué par le requérant, tiré de la méconnaissance, par le maire, de l'avis confirme qu'il a émis, n'est pas fondé.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2107699 le 9 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 27 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Champauzac, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Suze-la-Rousse au paiement de 169 200 euros en réparation du préjudice financier qu'il a subi du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire a opposé un sursis à statuer pendant deux ans à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la division d'un terrain pour construire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Suze-la-Rousse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 25 mai 2021 est illégal compte tenu de l'incompétence du maire, de l'irrégularité du retrait de la décision de non-opposition implicite qui lui était acquise, de la méconnaissance de l'avis favorable conforme du préfet, de l'insuffisance de motivation de cet acte, de la méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme et de l'illégalité du classement de l'emprise de son projet en zone naturelle ;

- l'illégalité de cet arrêté est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- la faute commise par la commune lui a causé un préjudice financier évalué à 169 200 euros.

La commune de Suze-la-Rousse, représentée par Me Petit, a présenté deux mémoires en défense enregistrés le 14 décembre 2022 et le 23 avril 2024 par lesquels elle conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'a commis aucune faute ;

- le requérant ne prouve pas l'existence du préjudice qu'il invoque ;

- le préjudice qu'il invoque n'est pas indemnisable car incertain.

Le préfet de la Drôme a présenté des observations enregistrées le 22 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- les observations de Me Brahimi, représentant M. B et de Me Corbalan, représentant la commune de Suze-la-Rousse.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont déposé le 20 avril 2021 une déclaration préalable en vue de diviser en deux lots, l'un bâti et l'autre à bâtir, un terrain cadastré AK n°160, 161, 415, 419, 474, 475, 478 et 479 situé à Suze-la-Rousse (Drôme). Dans les présentes instances, M. B demande, d'une part, l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de cette commune a sursis à statuer sur leur demande pendant deux ans et, d'autre part, l'indemnisation du préjudice financier que l'illégalité fautive de cette décision lui aurait causé.

2. Les requêtes n°2107626 et 2107699 sont présentées par le même requérant et présentent des questions connexes. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ()".

4. En l'espèce, la commune de Suze-la-Rousse s'est dotée d'un plan d'occupation des sols par délibération du 31 mars 2000, circonstance qui, par application des dispositions citées au point 3, a eu pour effet de transférer au maire le pouvoir de délivrer des permis de construire ou, le cas échéant, de surseoir à statuer sur les demandes dont il est saisi. Ce transfert de compétence étant définitif, la caducité de ce plan intervenue en application des articles L. 174-1 et suivants du code de l'urbanisme n'a pas eu pour effet de retirer au maire cette compétence au profit de l'Etat. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige.

5. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs () ". Aux termes de l'article L. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ".

6. Le formulaire de demande initialement déposé par le requérant comportait, outre sa signature, celle de son épouse. Dans ces circonstances, la commune de Suze-la-Rousse était fondée à considérer que cette demande émanait de deux demandeurs. Seule l'identité de M. B étant alors déclinée, elle a également pu, à bon droit, par application des dispositions citées au point précédent, demander au couple de compléter sa demande en exigeant de Mme B la fourniture des renseignements précisés sur la " fiche complémentaire " qui lui a été demandée de remplir. L'intéressée s'étant acquittée de cette formalité le 14 mai 2021, le délai d'un mois prévu par l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme n'a commencé à courir qu'à compter de cette date. Il n'était donc pas échu le 25 mai suivant, date d'adoption de l'arrêté en litige. Il en résulte que le moyen invoqué par le requérant tiré de l'irrégularité du retrait de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable qui lui était acquise auquel le maire de Suze-la-Rousse aurait procédé en adoptant l'arrêté contesté doit être écarté.

7. Aux termes de l'article R. 425-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par () un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Si, en application de ces dispositions, le maire a compétence liée pour refuser un permis de construire en cas d'avis défavorable du préfet, il n'est en revanche pas tenu de suivre un avis favorable de ce même préfet et peut, lorsqu'il estime disposer d'un motif légal de le faire au titre d'autres dispositions que celles ayant donné lieu à cet avis, refuser d'accorder le permis de construire sollicité. Ces principes sont transposables aux décisions par lesquelles le maire décide de surseoir à statuer sur une demande de permis de construire.

8. En l'espèce, l'avis émis par le préfet le 18 mai 2021 évoque la possibilité d'opposer un sursis à statuer sur une future demande de permis de construire compte tenu de l'état d'avancement du plan local d'urbanisme en cours d'élaboration. Cette simple observation, dans la mesure où elle est sans rapport avec la demande de déclaration préalable dont le préfet était saisi, est extérieure aux motifs de l'avis du 18 mai 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de surseoir à statuer sur sa demande, le maire de Suze-la-Rousse se serait fondé sur les mêmes dispositions que celles mises en œuvre par le préfet méconnaissant, ce faisant, l'avis pourtant conforme émis par cette autorité. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles () L. 153-11 () du présent code () : Le sursis à statuer doit être motivé () ".

10. En l'espèce, l'arrêté en litige indique, d'une part, que " le conseil municipal dans son projet d'aménagement et de développement durables (PADD) prévoit de stopper l'urbanisation dans les quartiers, notamment au nord du Lez, où la structure du réseau de voirie, demeurée très rurale, n'est plus en capacité de supporter des accroissements significatifs de la circulation automobile " et, d'autre part, que le plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration prévoit de classer le terrain d'assiette du projet en litige en zone naturelle. Sont ainsi précisées les dispositions du futur PLU dont l'exécution serait rendue plus difficile. Par ailleurs, en rappelant que ce projet consiste en la division en vue de construire, l'arrêté contesté permet de comprendre en quoi il compromettrait l'exécution de ces dispositions du futur du PLU. Par suite, cet acte satisfait à l'exigence de motivation qu'imposent les dispositions citées au point 9. Il en résulte que le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

12. A la date de l'arrêté en litige, le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du futur PLU de Suze-la-Rousse avait été débattu en conseil municipal le 16 février 2021. Il résulte de ce document que le parti d'urbanisme retenu par la commune consiste à stopper l'urbanisation diffuse qui s'est développée au nord du Lez car elle estime que les constructions érigées dans cette zone ont entamé les espaces naturels et produit un habitat coupé physiquement et fonctionnellement du village. Elle souhaite donc recentrer l'urbanisation dans le village et en continuité de celui-ci, dans des espaces où, de surcroît, le réseau de voirie est suffisant pour supporter de nouvelles constructions. Or le projet en litige consiste en la division d'un terrain situé au nord-ouest du Lez en deux lots afin de construire, sur le lot non bâti, une maison d'habitation. Un tel projet est ainsi en contradiction directe avec les objectifs précités de la commune. Il ressort par ailleurs du projet de plan de zonage élaboré le 19 octobre 2020 que la parcelle à diviser sera classée en zone naturelle. Là encore, la division de ce terrain en vue d'y construire une habitation individuelle obère directement les projets de la commune de Suze-la-Rousse. Dans ces circonstances, le maire était fondé à considérer que la demande de M. B était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme de la commune quand bien même cette demande a simplement pour objet une division parcellaire. Il en résulte que le moyen invoqué par le requérant, tiré de la méconnaissance, par l'arrêté en litige, des dispositions citées au point 11, doit être écarté.

13. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles () ".

14. En l'espèce, seule la partie nord du terrain d'assiette objet de la demande de M. B est construite, le reste du tènement, hormis le chemin d'accès, étant boisé. Ce terrain se situe par ailleurs dans un espace classé zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de type 2. Par suite, son classement en zone naturelle n'apparaît pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

16. Il résulte des points 3 à 15 que M. B n'est pas fondé à invoquer l'illégalité fautive de l'arrêté du 25 mai 2021. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

17. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans les deux instances, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 000 euros au titre de ces mêmes dispositions dans l'instance n°2107699.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : M. B versera à la commune de Suze-la-Rousse la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n°2107699.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Suze-la-Rousse est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Suze-la-Rousse et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107626 2107699

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