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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107642

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107642

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTOUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Touvier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD Les Ecrins l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021, ce jusqu'à ce qu'elle produise un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) d'annuler la décision du 16 septembre 2021 par laquelle la directrice déléguée de l'EHPAD Les Ecrins a décidé d'informer la CPAM qu'elle ne remplit pas son statut vaccinal et qu'il peut être procédé à la suspension de ses indemnités journalières ;

3°) d'enjoindre à l'EHPAD Les Ecrins, à titre principal, de régulariser sa situation administrative et financière, notamment en assimilant la période d'absence du service à une période de travail effectif, en définissant le 30 septembre 2021 comme le dernier jour travaillé, en lui versant les sommes dont elle a été privées ainsi qu'en rectifiant les documents de fin de contrat ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Ecrins une somme de 3500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 15 septembre 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été informée des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer son emploi et qu'elle n'a pas été convoquée à un entretien préalable ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît le principe de la procédure contradictoire, de la communication du dossier et de la présentation d'observations ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la mesure de suspension a pris effet pendant le congé maladie ;

- la décision du 16 septembre 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît le principe de la procédure contradictoire, de la communication du dossier et de la présentation d'observations ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été informée des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer son emploi et qu'elle n'a pas été convoquée à un entretien préalable ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît l'article 12 de la loi du 5 août 2021 ;

- elle est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité de la décision du 15 septembre 2021.

Les parties ont été informées, le 25 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier du 16 septembre 2021, non décisoire, purement informatif de ce que la caisse primaire assistance maladie (CPAM) serait prévenue de sa suspension.

Une mise en demeure a été adressée le 2 septembre 2022 à l'EHPAD les Ecrins à l'effet de lui demander de produire dans un délai de trente jours ses observations en réponse à la requête de Mme B, en application des dispositions des articles R 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.

Aucun mémoire n'a été produit par l'EHPAD les Ecrins à la suite de cette mise en demeure.

Par une ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vial-Pailler,

- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Touvier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 15 septembre 2021, la directrice déléguée de l'EHPAD Les Ecrins a suspendu de ses fonctions sans rémunération Mme A B, ouvrière principale contractuelle, à compter du 15 septembre 2021. Par un courrier du 16 septembre 2021 adressé à Mme B, la directrice déléguée de l'EHPAD Les Ecrins a estimé qu'elle était dans l'obligation d'informer la CPAM qu'elle ne remplissait pas son statut vaccinal et qu'il pouvait être procédé à la suspension de ses indemnités journalières.

Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du 16 septembre 2021 :

2. La mention par la directrice déléguée de l'EHPAD Les Ecrins, dans un courrier du 16 septembre 2021 adressé à Mme B, qu'elle était dans l'obligation d'informer la CPAM qu'elle ne remplissait pas son statut vaccinal et qu'il pouvait être procédé à la suspension de ses indemnités journalières, ne présente qu'un caractère informatif. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation, qui sont dirigées contre une décision ne faisant pas grief, sont irrecevables et doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 septembre 2021 :

3. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la COVID-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : [] k) Les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés aux 2°, 3°, 5°, 6°, 7°, 9° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'exception des travailleurs handicapés accompagnés dans le cadre d'un contrat de soutien et d'aide par le travail mentionné au dernier alinéa de l'article L. 311-4 du même code ; [] ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. [] 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication [] ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. [] B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la COVID-19 prévu par le même décret. [] III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit / () Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension () ". Il résulte de ces dispositions que toute personne soumise à l'obligation vaccinale qu'elles instituent et refusant de s'y conformer se place dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle.

4. Il ressort du III de l'article 14 précédemment cité, lequel a fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. Cette information, qui doit intervenir à compter du constat d'impossibilité d'exercer de l'agent, est nécessairement personnelle et préalable à l'édiction de la mesure de suspension.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'EHPAD Les Ecrins aurait informé personnellement Mme B de l'interdiction d'exercer dont elle faisait l'objet et des conséquences sur sa situation personnelle et des modalités de régulariser sa situation. L'omission d'une telle information préalable, qui a privé la requérante d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision contestée. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 15 septembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif qui a été retenu pour annuler la décision en litige, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que l'EHPAD les Ecrins réintègre effectivement Mme B dans ses fonctions. Ainsi, il appartient seulement à l'EHPAD de réexaminer la situation de la requérante, notamment au regard de ses congés de maladie, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EHPAD les Ecrins une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 15 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'EHPAD Les Ecrins de réexaminer la situation de Mme B, notamment au regard de ses congés de maladie, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir.

Article 3 : L'EHPAD les Ecrins versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, et à l'EHPAD Les Ecrins.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024

Le président-rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

F. FOURCADE

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210764

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