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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107673

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107673

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP FIDUCIAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 octobre 2021, 8 mars 2022, 11 mars 2022 (non communiqué), 25 mars 2022, 31 mai 2022, 25 août 2022, 28 octobre 2022, 3 novembre 2022 (ces deux derniers non communiqués) M. F et Mme C B demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le maire de Crest-Voland a délivré un permis de construire à la SNC Crest-Voland pour la démolition d'un bâtiment et la construction de 33 logements ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Crest-Voland la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la SNC Crest-Voland n'avait pas qualité pour solliciter la délivrance d'un permis de construire et dans l'hypothèse de l'absence d'autorisation de l'indivision D, le permis de construire a été obtenu par fraude ;

- l'arrêté attaqué ne délivre qu'un permis de construire et n'accorde pas un permis de démolir qui ne saurait être tacite ; le permis sollicité ne mentionne pas la date de la construction de l'immeuble à démolir, sa date de démolition et l'existence par le passé d'un garage professionnel sur le terrain d'assiette du projet ni l'absence de pollution des sols ou d'opération de dépollution, ce qui n'a pas permis au service instructeur de vérifier le respect des dispositions du code de l'environnement sur la pollution des sols (en particulier les articles L. 126-6, L. 514-20 et L 556-3 du code de l'environnement, l'article 173 de la loi du 24 mars 2014 et le décret n° 2015-1353 du 26 octobre 2015) ;

- le dossier de permis de construire est incomplet dès lors que le dossier de demande de permis de construire ne précise pas la puissance électrique nécessaire au projet et qu'aucune demande d'alignement n'a été sollicitée ;

- le permis de construire méconnaît le rapport de présentation du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune et le projet d'aménagement et de développement durables ;

- le permis de construire a été accordé en inadéquation avec la loi solidarité et renouvellement urbain qui porte en son sein l'obligation d'une meilleure prise en compte entre les choix de développement urbain et la gestion économe de l'espace ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.1.1 du règlement du PLU et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.1.2 du règlement du PLU, la hauteur de la construction atteignant 8,20 mètres en façade ouest et le premier sous-sol du parking n'étant pas entièrement enterré ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.1.3 du règlement du PLU concernant l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ; les parkings de la construction projetée n'entrent pas dans l'exclusion retenue par ces dispositions qui concernent les garages enterrés ou semi-enterrés mais gazonnés ; ils dépassent de plus de 2,40 mètres la servitude d'alignement ; il ressort des pièces PC5-4 et PC3-1 du règlement du PLU que la règle d'implantation est méconnue ; l'entrée du parking souterrain empiète sur le domaine public et aucune autorisation d'occupation du domaine public n'a été accordée par la commune ; la tolérance d'1 mètre 50 prévue par le PLU pour les débords de toiture et les balcons ne s'applique pas à la " saillie des logements " traversant l'ensemble de la construction projetée au niveau des combles ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.1.3 du règlement du PLU concernant l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.4.1 du règlement du PLU relatives au stationnement automobile, le respect de cet article devant être apprécié en prenant en compte le bâtiment existant à l'ouest de la parcelle et la demande de permis ne matérialisant pas les 7 places visiteurs ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article U.A.B.2.4.2 du règlement du PLU relatives au stationnement deux-roues exigeant que le local prévu à cet effet doit disposer d'une alimentation électrique et d'éléments permettant d'attacher les cycles et les pièces de la demande de permis ne permettant pas d'identifier les places (arceaux) en libre-accès ;

- le permis méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et le maire de la commune doit mettre en œuvre ses pouvoirs de police administrative au titre de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales pour assurer la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques ainsi que pour prévenir ou faire cesser les pollutions de toute nature ;

- s'agissant de la prescription relative aux eaux pluviales que comporte l'arrêté attaqué, aucun accord de prise en charge par la société pétitionnaire ne figure dans la demande de permis de construire et une prescription doit être limitée dans le temps.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2022, la commune de Crest-Voland, représentée par Me Salamand, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la mise en œuvre des articles L. 600-5-1 ou L. 600-5 du code de l'urbanisme et à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas justifié de l'accomplissement des formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par courrier du 4 novembre 2022, les parties ont été informées, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de soulever un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité du moyen nouveau soulevé par les requérants dans leur mémoire enregistré le 31 mai 2022 et tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme et de la fraude en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

En réponse à ce courrier, M. et Mme B ont produit des mémoires les 4, 5 et 7 novembre 2022 et la SNC Crest-Voland a produit un mémoire le 7 novembre 2022.

Par courrier du 4 novembre 2022, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité de mettre en œuvre l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en vue de régulariser l'arrêté du 18 juin 2021 s'agissant de la méconnaissance de l'article Ub 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme concernant le sous-sol qui doit être entièrement enterré et de l'article Ub 2.4.2 relatif au local ou emplacement des deux-roues qui doit disposer d'une alimentation électrique et d'élément permettant d'attacher les cycles.

En réponse à ce courrier, M. et Mme B ont produit un mémoire le 5 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové ;

- le décret n° 2015-1353 du 26 octobre 2015 relatif aux secteurs d'information sur les sols prévus par l'article L. 125-6 du code de l'environnement et portant diverses dispositions sur la pollution des sols et les risques miniers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 18 juin 2021, le maire de la commune de Crest-Voland a délivré un permis de construire à la SNC Crest-Voland pour la démolition d'un bâtiment et la construction de 33 logements.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, les requérants justifient avoir notifié leur recours contentieux à la commune de Crest-Voland et à la SNC Crest Voland, titulaire du permis de construire litigieux, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.

3. En second lieu, l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir d'une personne physique à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B sont propriétaires d'un chalet situé sur une parcelle contiguë au terrain d'assiette du projet contesté. Compte tenu ce de que ce projet emporte la réalisation d'une construction de 33 logements sur laquelle ils auront une vue directe ainsi que de la nature et de l'importance de celui-ci, M. et Mme B justifient d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée sur ce point doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire Cerfa et de la notice descriptive de la demande de permis de construire que le projet porte sur la démolition d'un bâtiment existant et la construction de 33 logements. Par ailleurs, dès lors que l'arrêté attaqué du 18 juin 2021 portant délivrance d'un permis de construire mentionne la démolition d'un bâtiment, le maire de la commune de Crest-Voland a nécessairement autorisé la démolition sollicitée par la SNC Crest-Voland conformément à ce que prévoit l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, aucune disposition du code de l'urbanisme n'impose au pétitionnaire de préciser la date de la construction de l'immeuble à démolir et la date de sa démolition. Enfin, le service instructeur n'avait pas à vérifier le respect des dispositions du code de l'environnement sur la pollution des sols (en particulier les articles L. 126-6, L. 514-20 et L 556-3 du code de l'environnement, l'article 173 de la loi susvisée du 24 mars 2014 et le décret susvisé n° 2015-1353 du 26 octobre 2015) qui relèvent d'une législation distincte de celle de l'urbanisme. Ainsi, la demande de permis contesté n'avait pas à faire état de l'existence par le passé d'un ancien garage professionnel et de l'absence de pollution des sols ou de toute opération de dépollution.

7. En deuxième lieu, l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme exige que la demande de permis de construire précise la puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé.

8. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire ne précise pas la puissance électrique nécessaire au projet, cette omission n'a pas été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur dans la mesure où le dossier comporte un avis d'ENEDIS du 6 avril 2021 fondé sur une puissance globale de 221 kilovoltampère triphasé et où il n'est ni démontré ni même allégué que le projet contesté nécessite une puissance supérieure.

9. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence de demande d'alignement doit être écarté dès lors qu'aucune disposition du code de l'urbanisme ne l'impose préalablement à une demande de permis de construire.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire () comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

11. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

12. La demande de permis de construire a été présentée par la SNC Crest-Voland, laquelle a attesté avoir qualité pour présenter cette demande. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se soit livrée à une manœuvre de nature à induire l'administration en erreur en attestant remplir les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ni que la demande de permis aurait manifestement fait apparaître que la société pétitionnaire ne disposait d'aucun droit pour la déposer. Par suite, les moyens tirés du défaut de qualité de la société pétitionnaire pour déposer la demande de permis et de la fraude doivent être écartés.

13. En cinquième lieu, le rapport de présentation d'un PLU et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ne sont pas directement opposable aux demandes d'autorisation de construire. Par suite, les requérants ne sauraient utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît le rapport de présentation du PLU de la commune et le PADD.

14. En sixième lieu, le moyen tiré de " l'inadéquation du permis de construire " contesté " avec la loi solidarité et renouvellement urbain qui porte en son sein l'obligation d'une meilleure prise en compte entre les choix de développement urbain et la gestion économe de l'espace " n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Si les requérants ont entendu soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, cette disposition n'est opposable qu'aux documents réglementaires d'urbanisme et non aux autorisations individuelles délivrées sur leur fondement.

15. En septième lieu, les dispositions de l'article U.A.B 2.1.1 du règlement du PLU ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de l'article R. 111-27. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité d'une autorisation d'urbanisme.

16. Aux termes de ces dispositions : " Les constructions doivent présenter un volume harmonieux et devront s'organiser dans leur conception avec le contexte environnant ".

17. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le secteur d'implantation du projet accueille déjà un bâtiment d'habitation collectif. D'autre part, la construction projetée présente des toitures à deux pans, un soubassement maçonné enduit avec une partie supérieure bardée de bois et des balcons traversant également en bois, comme les constructions existantes dans le secteur. Dans ces conditions, le maire de Crest-Voland a fait une exacte application des dispositions précitées.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article U.A.B 2.1.2 du règlement du PLU : " En Ua et Ub : La hauteur maximale des constructions à l'égout de toiture est fixée à 7,5 mètres maximum par rapport au terrain après travaux au plus défavorable et R+2+ combles. En cas de sous-sol : / -celui-ci devra être entièrement enterré ; / La hauteur totale du sous-sol sera sous le terrain naturel et une seule entrée sera visible et possible () ".

19. S'il ressort des pièces du dossier que la hauteur de la construction projetée, calculée par rapport au terrain après travaux, ne dépasse pas 7,5 mètres à l'égout du toit, il ressort des plans de coupe que le premier des deux niveaux dits de sous-sol n'est pas entièrement enterré et constitue d'ailleurs un rez-de-jardin du côté du chemin de Bostu. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article U.A.B 2.1.2 du règlement du PLU.

20. En neuvième lieu, l'article U.A.B 2.1.3 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques prévoit qu'en zone Ub, l'implantation des constructions devra respecter un recul de " - 5 mètres minimum des limites d'emprises départementales hors agglomération et 3 mètres minimum dans la traversée d'agglomération / - 12 mètres de l'axe en aval de la voie pour la route départementale ; / 5 mètres de l'axe de la voie communale (). Les portails d'entrée de garages doivent être réalisés de telle sorte que les véhicules devant stationner avant de les franchir puissent le faire sans empiéter sur le domaine public (). Les garages enterrés, semi-enterrés et engazonnés sont autorisés en limite de voirie et emprise publique à condition de ne pas entraver le déneigement ni altérer les conditions de circulation () ". Ces dispositions prévoient également, concernant l'implantation au nu de la façade, une tolérance de 1,50 m pour les débords de toitures, les balcons et les escaliers non cloisonnés par rapport aux voies et emprises publiques.

21. D'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le parking projeté constitué d'un premier sous-sol semi-enterré et d'un second sous-sol enterré ainsi que la rampe d'accès et les murs de soutènement qui lui sont indissociables, qui ne sont pas de nature à entraver le déneigement ou à altérer les conditions de circulation, entrent bien dans le champ de l'exception de l'article U.A.B 2.1.3 du règlement du PLU permettant une implantation jusqu'en limite de voirie et emprise publique. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces PC 5-4 et PC3-1 que les dispositions citées au point précédent auraient été méconnues. En outre, il ressort du plan de masse du dossier de demande de permis que les murs de soutènement de la rampe d'accès de ce parking n'empiètent pas sur le domaine public. Ainsi, le projet en cause ne nécessitait pas une autorisation d'occupation du domaine public. Enfin, le moyen tiré de ce que les parkings " dépassent de plus de 2,40 mètres la servitude d'alignement " n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

22. D'autre part, il ressort du plan de masse que, compte tenu de la tolérance d'1 mètre 50 pour les débords de toiture et les balcons prévue par le PLU qui s'applique au balcon traversant l'ensemble de la construction projetée au niveau des combles, la façade sud du bâtiment projeté respecte la règle de prospect minimum de 12 mètres par rapport à l'axe de la voie départementale route des Saisies et celle de 3 mètres par rapport aux limites d'emprises départementales en agglomération.

23. En dixième lieu, l'article U.A.B 2.1.3 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives prévoit qu'en zone Ub, l'implantation des constructions devra respecter un recul de 4 mètres minimum des limites séparatives.

24. En l'absence de disposition particulière du PLU relative aux constructions entièrement enterrées s'agissant des dispositions rappelées au point précédent, celles-ci, dont l'objet est lié à des préoccupations d'hygiène, d'urbanisme et de protection du voisinage, ne s'appliquent pas à la partie souterraine d'un bâtiment qui ne dépasse pas le niveau du sol naturel. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en façade est, la partie souterraine de la construction dépasse le niveau du sol naturel. En outre, les parties de la construction dépassant le niveau du sol respectent la règle de prospect imposant un recul d'au moins 4 mètres des limites séparatives. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U.A.B 2.1.3 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives doit être écarté.

25. En onzième lieu, aux termes de l'article U.A.B 2.4.1 du règlement du PLU relatif au stationnement automobile : " Habitations nouvelles : il est exigé deux places de stationnement par logement dont une couverte et 1 place de stationnement visiteur pour 5 logements. Au moins un emplacement devra disposer d'une alimentation électrique () ".

26. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, compte tenu de l'absence de liens physiques ou fonctionnels existant entre la construction projetée et le bâtiment existant à l'ouest de la parcelle, sur lequel ne porte pas la demande, le respect des règles relatives relatif au stationnement automobile doit être apprécié exclusivement au regard de la construction projetée. En prévoyant pour la réalisation de 33 logements, 52 places couvertes, 21 places extérieures dont 7 places visiteurs qui sont matérialisées sur le plan de masse et les pièces PA 2-1 et PA 2-2, les dispositions de l'article U.A.B 2.4.1 du règlement du PLU ont été respectées.

27. En douzième lieu, aux termes de l'article U.A.B 2.4.2 du règlement du PLU relatif au stationnement deux-roues : " () Une place de stationnement pour les véhicules deux-roues non motorisés est au moins égale à 1,8m² (espace de manœuvre compris) () - Habitations nouvelles : à partir de 4 logements, il est exigé deux places pour 70 m² de surface de plancher. Ce local ou emplacement doit disposer d'une alimentation électrique et d'élément permettant d'attacher les cycles. Les logements collectifs devront disposer de places (arceaux) en libre-accès () ".

28. Il ressort du plan de masse que des arceaux en libre-accès sont prévus au nord-ouest du projet. Par ailleurs, compte tenu de la surface de plancher créée de 2125 m², les deux locaux dédiés aux deux roues d'une surface totale supérieure à 108 m² sont suffisants. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces deux locaux disposent d'élément permettant l'attache des deux-roues et un seul des deux locaux comporte une borne d'alimentation électrique. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait l'article U.A.B 2.4.2 du règlement du PLU sur ces deux points.

29. En treizième lieu, en se bornant à affirmer qu'en omettant d'informer le service instructeur de l'existence par le passé d'un garage professionnel sur le terrain d'assiette du projet, les requérants n'établissent pas que le projet est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté. En outre, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales qui relèvent d'une législation distincte de celle de l'urbanisme.

30. En dernier lieu, l'administration peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

31. Le permis de construire délivré à la SNC Crest-Voland comporte une prescription selon laquelle " les eaux pluviales devront être prises par les aménageurs, au droit des accès créés ". Cette prescription est suffisamment précise, n'entraîne aucune modification majeure du projet de nature à en bouleverser l'économie générale et a pour effet d'assurer la conformité de ce dernier à l'article U.A.B 3.2.2 du règlement du PLU. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette prescription n'avait pas à comporter de délai particulier. Par ailleurs, dès lors qu'il est de la nature même d'une prescription assortissant une autorisation d'urbanisme d'être imposée sans l'accord du pétitionnaire, la circonstance que la demande de permis de construire ne comporte aucun accord de prise en charge par la société pétitionnaire est sans incidence.

Sur les conséquences des illégalités relevées :

32. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

33. En l'espèce, les vices relevés aux points 19 et 28 du présent jugement sont susceptibles d'être régularisés sans remettre en cause la nature du projet. En conséquence, il doit être sursis à statuer dans l'attente de la délivrance d'un permis de construire modificatif qui devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement

D E C I D E :

Article 1er :Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente de la délivrance d'un permis de construire modificatif qui devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 :Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. F et Mme C B, à la SNC Crest-Voland et à la commune de Crest-Voland.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

A. E

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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