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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107700

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107700

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBREGMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Bregman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI du 17 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions mentionnées dans la décision 48SI ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que la réalité des infractions n'est pas établie ;

- qu'il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C demande au tribunal d'annuler la décision 48SI du 17 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux treize infractions mentionnées dans la décision 48SI commises entre le 18 mai 2015 et le 8 novembre 2020.

Sur l'étendue du litige

2. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 22 décembre 2021 et produit par le ministre de l'intérieur à l'appui de son mémoire en défense, que les points retirés à la suite des infractions commises les 22 mars 2016 et 24 août 2019 ont été restitués respectivement les 30 décembre 2016 et 15 mai 2020, soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. C conteste les retraits de points afférents aux onze autres infractions commises les 18 mai 2015 (-1 point), 21 avril 2015 (- 1 point), 25 août 2015 (- 3 points), 2 février 2016 (- 1 point), 15 mai 2018 (- 3 points), 15 juillet 2019 (-1 point), 5 août 2020 à 10H23 (- 1 point) et à 10H42 (- 1 point), 4 mai 2020 (- 2 points), 8 octobre 2020 (- 1 point) et 8 novembre 2020 (- 2 points).

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

S'agissant des infractions commises les 18 mai 2015, 21 avril 2015, 25 août 2015, 2 février 2016, 15 mai 2018 et 4 mai 2020 :

5. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant et des pièces produites par l'administration que M. C a payé pour ces six infractions soit une amende forfaitaire soit cinq autres amendes forfaitaires majorées. Il découle de ces constatations que le requérant a nécessairement reçu les avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite de ces infractions l'auraient été au terme de procédures irrégulières.

S'agissant des infractions commises les 15 juillet 2019 et 8 octobre 2020 :

6. L'administration a produit à l'instance les deux avis d'amendes forfaitaires majorées et les documents d'information annexés à ces avis ainsi que les deux plis postaux revenus au ministère expéditeur, avec chacun la mention " pli avisé et non réclamé ". Ces plis indiquent l'adresse de M. C au 589 avenue de Forchex 74500 Neuvecelle, adresse toujours portée sur le relevé d'information intégral du requérant. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

S'agissant de l'infraction commise le 8 novembre 2020 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. L'administration produit à l'instance le procès-verbal établi pour cette infraction. Il comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant n'a pas pu apposer sa signature en raison des règles sanitaires mises en œuvre pour lutter contre la covid-19. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'en conteste pas l'exactitude, la mention " N/A " (non apposition) portée sur ce procès-verbal doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de l'intéressé. Dès lors il est établi que M. C a reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant le retrait de points correspondant à cette infraction.

S'agissant des infractions commises le 5 mai 2020 à 10h23 à La Boisse et à 10h42 à Lyon :

9. Ces infractions, sanctionnées chacune du retrait d'un point, concernent des excès de vitesse inférieurs à 20 km/ h et ont été constatées par radar automatique. La seule circonstance que le contrevenant n'aurait pas été informé, lors de la constatation de ces infractions, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes en date des 15 juillet 2019 et 20 août 2019, au demeurant pour des infractions identiques.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. Le ministre de l'intérieur a versé au dossier le relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire. Eu égard aux mentions de ce document, qui a aussi été produit dans le cadre de la présente instance par le requérant, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, soit le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires soit un titre exécutoire a été émis. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, le requérant n'alléguant pas avoir formé de requête en exonération au titre de l'ensemble de ces amendes.

12. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation des retraits de points correspondant aux infractions mentionnés au point 3, ne peuvent être que rejetées.

13. Il résulte de ce qui précède, d'autre part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI du 17 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. C, pour solde de points nul, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

14. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

V. Barnier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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