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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107703

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107703

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDERRIENNIC & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 novembre 2021, 23 octobre 2023 et 25 avril 2024, la société Viamedis, représentée par Me Bensoussan, demande au tribunal :

1°) d'ordonner l'annulation du titre de recettes n°462145 visé dans la saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2021 au profit du centre hospitalier Vallée de la Maurienne en ce qu'il n'est pas fondé ;

2°) d'ordonner la décharge de l'obligation de payer la somme de 549,47 euros visée dans la saisie administrative à tiers détenteur ;

3°) de condamner in solidum la trésorerie de Chambéry établissements hospitaliers et le centre hospitalier Vallée de la Maurienne au versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec intérêts au taux légal à compter de l'introduction de la requête.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire en litige n'est pas fondé dès lors que les services mobiles d'urgence et de réanimation (SMUR) ne sont plus à la charge des régimes de santé mais sont financés par une dotation missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation (MIGAC) ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 octobre 2023 et 17 novembre 2023, le centre hospitalier Vallée de la Maurienne, représenté par Me Vivien, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Viamedis une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour statuer sur les conclusions aux fins d'opposition à la saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2021;

- les conclusions aux fins d'annulation du titre de recette n°462145 sont irrecevables, le titre de recettes visé dans la saisie administratives à tiers détenteur du 8 septembre 2021 n'est pas produit ; ces conclusions sont tardives ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bedelet,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Vivien pour le centre hospitalier Vallée de la Maurienne.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception d'incompétence :

1. En vertu des articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales, l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

2. La société Viamedis, qui assure pour le compte d'organismes d'assurance maladie complémentaires le bénéfice du tiers payant pour la part des dépenses non couvertes par la sécurité sociale, s'est vu notifier une saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2021 d'un montant total de 549,47 euros. Compte tenu de la nature de ses conclusions et des moyens invoqués, la société Viamedis doit être regardée comme demandant l'annulation du titre de recettes n°462145 concerné par cette saisie et la décharge de l'obligation de payer correspondante. Par suite, la demande présentée par la requérante, qui tend à contester le bien-fondé d'une créance hospitalière dont le paiement lui est réclamé, relève, par conséquent, de la compétence de la juridiction administrative.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ".

4. L'absence de production de l'acte attaqué est régularisable en cours de procédure y compris après l'expiration du délai de recours par la production de l'acte en litige. Il résulte de l'instruction que la société Viamedis a produit en cours d'instance le titre de recettes correspondant à la saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2021. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut de production des titres de recettes doit être écartée.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ".

6. Le centre hospitalier Vallée de la Maurienne fait valoir en défense que la contestation du titre de recettes n°462145 est tardive. Toutefois, il ne justifie pas de la date de notification de ce titre. Si la SA Viamedis doit être regardée comme ayant eu connaissance acquise de ce titre de recettes et de la saisie administrative à tiers détenteur le 13 septembre 2021, date à laquelle elle a adressé un courriel à la direction générale des finances publiques dans lequel elle indique faire suite à l'opposition à tiers détenteur n°9509742217 de 549,47 euros, son recours contentieux a été formé le 10 novembre 2021, soit dans le délai de deux mois imparti par l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté des conclusions aux fins d'annulation du titre de recette n°462145, doit donc être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

7. D'une part, il résulte des dispositions combinées des articles L. 162-23-15 et D. 162-6 du code de la sécurité sociale qu'une dotation annuelle forfaitaire destinée au financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation est versée aux établissements publics de santé pour le financement de l'aide médicale urgente, laquelle comprend notamment les interventions des structures mobiles d'urgence et de réanimation (SMUR) mentionnées au 2° de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique. En outre, des arrêtés du 4 mai 2017 et du 23 juillet 2018 fixant la liste des actions financées au titre des missions d'intérêt général visent également, au titre de l'aide médicale urgente, les SMUR, pour l'ensemble de leurs interventions, ce quel que soit le lieu de prise en charge du patient.

8. En outre, aux termes du deuxième alinéa de l'article D. 162-8 du code de la sécurité sociale : " Ces dotations participent au financement de ces missions dans la limite des dépenses y afférentes à l'exclusion de la part incombant à d'autres financeurs en application de dispositions législatives ou réglementaires et de celle déjà supportée par l'assurance maladie en application des dispositions législatives ou réglementaires relatives à la prise en charge des soins ".

9. D'autre part, selon le I et le II de l'article L. 160-13 du code de la sécurité sociale, l'assuré acquitte une participation forfaitaire pour chacun des actes ou consultations prise en charge par l'assurance maladie, dont le montant sert de base au calcul des prestations qui lui sont servies. Par ailleurs, selon le III de ce même article, " En sus de la participation mentionnée au premier alinéa du I, une franchise annuelle est laissée à la charge de l'assuré pour les frais relatifs à chaque prestation et produit de santé suivants, pris en charge par l'assurance maladie () 3° Transports mentionnés au 2° de l'article L. 160-8 et au 1° de l'article L. 160-9-1 du présent code effectués en véhicule sanitaire terrestre ou en taxi, à l'exception des transports d'urgence () ". En outre, aux termes du II de l'article R. 160-16, pris pour l'application de l'article L. 160-14 qui fixe les hypothèses dans lesquelles la participation prévue au I de l'article L. 160-13 peut être intégralement supprimée : " II.- La participation de l'assuré est supprimée : () 2. Pour les frais de transport d'urgence entre le lieu de prise en charge de la personne et l'établissement de santé, en cas d'hospitalisation mentionnée au 2 du I ainsi que, en cas d'hospitalisation mentionnée au 3, pour les frais de transport entre les deux établissements ou entre l'établissement et le domicile en cas d'hospitalisation à domicile () ".

10. Si la combinaison des articles L. 160-8 et D. 162-6 du code de la sécurité sociale n'exclut pas que les actions financées par la dotation citée au point 7 puissent également l'être à titre complémentaire par des participations de la part des usagers, il résulte des dispositions du 3°du III de l'article L. 160-13 et du II de l'article R. 160-16 du code de la sécurité sociale, créées par la loi n° 2015-1072 du 21 décembre 2015 de financement de la sécurité sociale pour 2016 et par son décret d'application du 30 décembre 2015, que la participation de l'assuré aux frais de transport sanitaire est exclue s'agissant des transports d'urgence. Si un décret n°2009-213 du 23 février 2009 prévoyait dans le 5° de son article 4 que des tarifs de prestation servant de base au calcul de la participation des patients sont établis pour les interventions du SMUR, cette disposition, seulement supprimée par le décret n° 2021-216 du 25 février 2021, doit être néanmoins regardée comme ayant été implicitement mais nécessairement abrogée par les dispositions précitées des articles L. 160-13 et R. 160-16 du code de la sécurité sociale. Il s'en suit qu'en l'absence de dispositions prévoyant un autre mode de financement et notamment une prise en charge par les organismes subrogeant le patient dans ses droits, les frais liés au transport médical urgent sont réputés être financés par la dotation instituée par l'article L. 162-23-15 du code de la sécurité sociale.

11. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté par le centre hospitalier Vallée de la Maurienne, que le titre exécutoire litigieux avait pour objet d'obtenir le remboursement par la société Viamedis de frais exposés par l'établissement à l'occasion d'une prise en charge par le SMUR. La société Viamedis est donc fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre et à être déchargée de l'obligation de payer la somme de 549,47 euros.

Sur les frais de justice :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Viamedis, laquelle n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse une somme au centre hospitalier Vallée de la Maurienne au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Vallée de la Maurienne une somme de 1 000 euros à verser à la société Viamedis sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Cette somme allouée à la SA Viamedis en application de ces dispositions est productive d'intérêts à compter de l'intervention de ce jugement, mais elle ne peut, eu égard à sa nature, ouvrir droit au paiement d'intérêts moratoires à une date antérieure à cette décision juridictionnelle. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de mettre solidairement à la charge de l'Etat la somme demandée par la société requérante sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er :Le titre de recette n°462145 est annulé.

Article 2 :La société Viamedis est déchargée de l'obligation de payer la somme totale de 549,47 euros.

Article 3 :Le centre hospitalier Vallée de la Maurienne versera à la société Viamedis une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions du centre hospitalier Vallée de la Maurienne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 6 :Le présent jugement sera notifié à la société Viamedis, au centre hospitalier Vallée de la Maurienne, à la direction départementale des finances publiques de la Savoie et à la trésorerie Chambéry établissements hospitaliers.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. Bedelet

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. Argentin

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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