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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107708

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107708

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELAS FIDAL - BUREAU DE LYON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête enregistrée le 3 février 2021, sous le n° 2100729, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 mai 2022, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883, représentées par la SELAS Fidal, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil communautaire de Valence Romans Agglo du 3 décembre 2020 portant cession de la parcelle BL 389 à la commune de Romans-sur-Isère ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues, dès lors que la délibération du 3 décembre 2020 du conseil communautaire qui prend acte de la fin des négociations avec elles et approuve la cession à la commune de Romans-sur-Isère a abrogé ou retiré irrégulièrement les délibérations du 6 octobre 2016 et 14 février 2019 qui ont été créatrices de droit ;

- les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues dès lors que la décision du 3 décembre 2020 ne motive pas l'abrogation des délibérations précitées ;

- les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues dès lors qu'aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre pour solliciter ses observations ;

- les dispositions de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales ont été méconnues.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022 et le 13 juin 2022, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS L'Equipe 1083-Modetic la somme de 594 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883 ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au jour même en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par courrier du 6 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du défaut d'intérêt à agir de la SAS L'Equipe 1083-Modetic et de la SAS 1883 alors que la décision attaquée vise la société l'Equipe 1083 ou le groupe 1083.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2024, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883 ont répondu au moyen d'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 19 juin 2024, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo a répondu au moyen d'ordre public.

II / Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021, sous le n° 2107708, et des mémoires complémentaires enregistrés le 11 avril 2023 et le 5 octobre 2023, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883, représentées par la SELAS Fidal, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo à leur verser la somme de 1 602 520,46 euros, outre les intérêts à compter du 25 juin 2021, en réparation de leur préjudice ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la délibération du 3 décembre 2020 est entachée d'une illégalité fautive dès lors qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 242-1, L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et celles de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales ;

- la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo a commis une faute contractuelle en refusant de réitérer la vente alors qu'il y avait accord sur le prix et la chose ;

- la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo a manqué à son obligation de bonne foi dans l'exécution de ses engagements contractuels en refusant de réitérer la vente ;

- leur préjudice financier correspondant aux dépenses engagées pour la réalisation du projet s'élève à 759 520 euros ;

- leur manque à gagner à hauteur de 793 800 euros doit être indemnisé ;

- elles ont subi un préjudice d'image qui peut être évalué à 50 000 euros ;

- ses préjudices sont en lien de causalité direct et certain avec les fautes commises ;

- le principe d'égalité devant les charges publiques justifie qu'une indemnisation leur soit accordée, dès lors que leurs préjudices revêtent un caractère anormal et spécial.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022, le 18 juillet 2023 et le 10 novembre 2023, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnité accordée soit ramenée à de plus justes proportions, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la SAS L'Equipe 1083-Modetic la somme de 742,50 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération du 3 décembre 2020 n'est pas entachée d'illégalité fautive ;

- le refus de réitérer la vente n'est pas fautif ;

- elle n'a pas manqué à son obligation de bonne foi ;

- la demande indemnitaire sur le fondement de la responsabilité pour faute doit être écartée, en l'absence de faute de nature à engager sa responsabilité et de lien de causalité entre le préjudice invoqué par les sociétés requérantes et son comportement ;

- sa responsabilité pour faute ne saurait être retenue du fait de la faute des sociétés requérantes ;

- sa responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques n'est pas établie ;

- la demande de remboursement des frais engagés n'est pas fondée et devra être rejetée, ou ramenée à de plus justes proportions compte-tenu des incohérences relevées ;

- le préjudice d'image et le manque à gagner ne peuvent être retenus.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 janvier 2024.

Par courrier du 6 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du défaut d'intérêt à agir de la SAS L'Equipe 1083-Modetic et de la SAS 1883 alors que la décision attaquée vise la société l'Equipe 1083 ou le groupe 1083.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2024, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883 ont répondu à ce moyen d'ordre public.

Par un courrier en date du 14 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conséquences dommageables de l'inexécution des promesses unilatérales de vente qui constituent des contrats de droit privé.

Par un mémoire enregistré le 18 juin 2024, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883 ont répondu à ce moyen d'ordre public.

Par des mémoires enregistrés les 19 et 20 juin 2024, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo a répondu aux deux moyens d'ordre public.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public,

- et les observations de Me Lamouille, représentant la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883, et celle de Mme A, représentant la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2100729 et 2107708 concernent les mêmes parties, se rapportent au même projet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par délibération n° 2016-132 du 6 octobre 2016, le conseil communautaire de Valence Romans Sud Rhône-Alpes, devenue Valence Romans Agglo, a approuvé la cession à la société " Atelier 1083 ", pour un prix de 177 310 euros, du tènement immobilier dénommé " Charles Jourdan ", à la suite d'un appel à projet lancé en février 2016 en vue de sa réhabilitation à destination d'un ensemble industriel et de magasins d'usine. En exécution de cette délibération, une promesse unilatérale de vente a été signée le 6 novembre 2017, modifiée par deux avenants des 14 juin 2018 et 26 septembre 2018, instituant différentes conditions suspensives assorties d'un délai de réalisation, dont le dépôt d'un permis de construire avant le 3 décembre 2018 et l'obtention d'un permis avant le 3 juin 2019. Cette condition n'ayant pas été remplie et à la suite de nouvelles négociations sur le projet et son financement ayant donné lieu à une nouvelle délibération du conseil communautaire du 14 février 2019, une seconde promesse unilatérale de vente a été signée le 14 juin 2019, prévoyant à nouveau des conditions suspensives dont l'obtention d'un ou plusieurs prêts avant le 31 décembre 2019. Cette condition n'a pas davantage été remplie. Enfin, par délibération du 3 décembre 2020, le conseil communautaire a constaté la caducité de la promesse de vente du 14 juin 2019, a pris acte de la fin des négociations avec la société et a approuvé la cession du tènement à la commune de Romans-sur-Isère au prix de 298 000 euros, en vue de construire un gymnase multisports. Par leur requête n° 210079, la SAS L'Equipe 1083-Modetic et la SAS 1883 demandent l'annulation de la délibération du conseil communautaire de Valence Romans Agglo du 3 décembre 2020. Par leur requête n° 2107708, elles demandent de condamner la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo à lui verser la somme de 1 602 520 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur l'intérêt à agir :

3. Il résulte de l'instruction que la SAS L'Equipe 1083-Modetic est enregistrée sous le même numéro SIREN que la SARL Modetic, devenue la SAS L'Equipe 1083, au profit de laquelle ont été signées les promesses unilatérales de vente de novembre 2017 et de juin 2019. La SAS L'Equipe 1083-Modetic justifie dès lors d'un intérêt lui donnant qualité pour agir.

4. Si la SAS 1883 fait valoir qu'elle est une filiale de la SAS L'Equipe 1083-Modetic créée spécifiquement pour porter le projet et qu'elle a supporté à ce titre d'importants frais de conception et de mise en œuvre, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dès lors, et quelles que soient les dénominations successives sous lesquelles a été désignée la société attributaire de la promesse de vente dans les délibérations de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo, elle ne justifie pas de l'intérêt à agir dont elle se prévaut. Ses requêtes sont par suite irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil communautaire de Valence Romans Agglo du 3 décembre 2020 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 1124 du code civil : " La promesse unilatérale est le contrat par lequel une partie, le promettant, accorde à l'autre, le bénéficiaire, le droit d'opter pour la conclusion d'un contrat dont les éléments essentiels sont déterminés, et pour la formation duquel ne manque que le consentement du bénéficiaire. / La révocation de la promesse pendant le temps laissé au bénéficiaire pour opter n'empêche pas la formation du contrat promis. () ". Il résulte de ces dispositions, ainsi que le juge la Cour de cassation, que le promettant signataire d'une promesse unilatérale de vente s'oblige définitivement à vendre dès cette promesse et ne peut pas se rétracter, même avant l'ouverture du délai d'option offert au bénéficiaire. Il suit de là que la délibération d'une collectivité publique approuvant la cession d'un bien immobilier lui appartenant à un tiers pour un prix déterminé et autorisant son représentant à signer à cet effet une promesse unilatérale de vente, est créatrice de droit au profit de ce tiers. Toutefois, le bénéficiaire ne peut tenir de cette délibération d'autres droits que ceux qui résultent de l'exécution de la promesse unilatérale de vente.

7. D'une part, comme il a été dit au point 1, la délibération du 6 octobre 2016 a approuvé la cession du tènement immobilier en litige à la SAS L'Equipe 1083-Modetic. En exécution de cette délibération, le président du conseil communautaire a alors signé une première promesse unilatérale de vente le 6 novembre 2017. Toutefois, cette promesse, telle que modifiée par l'avenant du 26 septembre 2018, prévoyait comme condition suspensive le dépôt d'une demande de permis de construire par le bénéficiaire avant le 3 décembre 2018 et précisait qu'" au cas où le bénéficiaire ne respecterait pas son engagement de déposer sa demande dans le délai susvisé, la présente promesse sera caduque purement et simplement sans indemnité de part et d'autre ". La société requérante n'ayant pas réalisé cette condition, la promesse unilatérale de vente est devenue caduque, déliant ainsi la communauté de communes de ses obligations. Il suit de là qu'à la date de la délibération attaquée, la société requérante ne tenait plus aucun droit de la délibération du 6 octobre 2016.

8. D'autre part, le conseil communautaire de Valence Romans Agglo a adopté le 14 février 2019 une délibération approuvant de nouveau la cession du tènement immobilier à la SAS L'Equipe 1083-Modetic. Le président du conseil communautaire a alors signé une seconde promesse unilatérale de vente le 14 juin 2019. Cette promesse était assortie d'une condition suspensive tenant à l'obtention d'un ou plusieurs prêts avant le 31 décembre 2019, sauf à ce que la société renonce au bénéfice de la condition dans le délai prévu pour sa réalisation. Elle précisait également que " le promettant aura la faculté de mettre le bénéficiaire en demeure de lui justifier sous huitaine de la réalisation ou la défaillance de la condition " et que " passé ce délai de huit jours sans que le bénéficiaire ait apporté les justificatifs, la condition sera censée défaillie et les présentes seront caduques de plein droit, sans autre formalité, et ainsi le promettant retrouvera son entière liberté. ". Il n'est pas contesté que la société requérante n'a pas davantage rempli cette condition. La seconde promesse unilatérale de vente est ainsi devenue à son tour caduque. Dans ces conditions, et comme dit précédemment, à la date de la délibération attaquée la société requérante ne tenait plus aucun droit de la délibération du 14 février 2019.

9. Dans ces circonstances, en adoptant le 3 décembre 2020 une nouvelle délibération par laquelle le conseil communautaire a approuvé la cession de la parcelle BL 389 à la commune de Romans-sur-Isère, ledit conseil n'a ni abrogé, ni retiré les délibérations du 6 octobre 2016 et du 14 février 2019. Les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont dès lors pas été méconnues.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " () les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6, 7 et 8 que la délibération attaquée n'a retiré ni abrogé aucune décision créatrice de droit. Par suite, elle n'avait pas à être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par voie de conséquence, elle n'avait pas davantage à être précédée d'une procédure contradictoire préalable en vertu de l'article L. 121-1 du même code.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / Pour l'application des dispositions des articles L. 2121-8, L. 2121-9, L. 2121-11, L. 2121-12, L. 2121-19 et L. 2121-22 et L2121-27-1, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus s'ils comprennent au moins une commune de 3 500 habitants et plus () ". Aux termes de l'article L. 2121-10 du même code : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ". L'article L. 2121-12 du même code dispose : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal () ". Enfin, selon l'article L. 2121-13 de ce même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

13. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'envoi de la convocation des conseillers communautaires au conseil communautaire du 3 décembre 2020, le président a transmis l'ordre du jour qui indiquait notamment au point II.3 la question relative à la cession du tènement immobilier " Charles Jourdan ". Par ailleurs, y était jointe une note explicative de synthèse des questions portées à l'ordre du jour. Si la SAS L'Equipe 1083-Modetic fait valoir que les informations que cette dernière contenait étaient insuffisantes dans la mesure où elles n'éclairaient pas les conseillers communautaires sur les échanges intervenus entre elle et les services de la communauté d'agglomération concernant " les nombreuses démarches entreprises " et sur les éventuelles conséquences financières, sociales et économiques pour l'établissement public, il résulte de l'instruction que la présentation du dossier soumis à délibération était réalisée de manière précise et circonstanciée sur trois pages. De plus, rien ne s'opposait à ce que faisant usage de leur droit à l'information, les conseillers communautaires demandent aux services de l'agglomération l'ensemble du dossier relatif à la cession du tènement immobilier Jourdan, avant la réunion ou en demandant des précisions en séance, afin d'être à même de délibérer en toute connaissance de cause. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante pour exercer utilement leur mandat. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doivent être écartés.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires ".

15. Il n'est ni établi ni allégué que les conseillers communautaires siégeant au conseil municipal de Romans-sur-Isère auraient pris part au vote de la délibération approuvant la cession du tènement immobilier à la commune de Romans-sur-Isère. Par suite, les dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été méconnues. La société requérante ne peut utilement faire valoir que le président du conseil communautaire de Valence Romans Agglo aurait communiqué aux conseillers communautaires concernés des informations tardives et inexactes en leur enjoignant, la veille du conseil, de ne pas prendre part aux débats et au vote et en cours de séance de quitter la séance, dès lors que les dispositions précitées ne prévoient aucune obligation d'information à la charge du président de l'établissement public ni aucun délai et qu'il incombait en tout état de cause aux conseillers intéressés de se retirer de leur propre initiative.

16. Il résulte de ce qui précède que la SAS L'Equipe 1083-Modetic n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération en litige.

Sur les conclusions indemnitaires dirigées contre la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo :

En ce qui concerne la responsabilité pour illégalité fautive :

17. Comme il a été dit aux points 5 à 10 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la délibération du 3 décembre 2020 méconnaitrait les dispositions des articles L. 242-1, L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être écartés. Si la SAS L'Equipe 1083-Modetic soutient que le droit à l'information des conseillers communautaires aurait été méconnu dès lors que l'avis de France domaine aurait été rendu tardivement et que les conseillers communautaires n'auraient pas reçu les convocations dans le délai de cinq jours francs, ces illégalités, à les supposer établies, n'ont aucun lien de causalité avec les préjudices allégués par la société requérante. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo sur le fondement de l'illégalité fautive entachant la délibération du 3 décembre 2020.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle :

S'agissant du défaut de loyauté de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo dans l'exécution de ses engagements contractuels :

18. Si la SAS L'Equipe 1083-Modetic soutient que la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo aurait manqué à son obligation d'exécuter de bonne foi ses engagements contractuels, les promesses unilatérales de vente en litige sont des contrats de droit privé. Par suite, les litiges nés de leur exécution relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Dans ces conditions, la demande indemnitaire de la société requérante fondée sur le manque de loyauté de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo dans les relations contractuelles, doit être rejetée comme étant portée devant un ordre de juridictions incompétent pour en connaître.

S'agissant du refus de réitérer la vente :

19. La société requérante soutient qu'une vente parfaite aurait été conclue suite aux délibérations des 6 octobre 2016 et 14 février 2019 et qu'en conséquence, en refusant de signer l'acte authentique de vente, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo aurait commis une faute de nature contractuelle. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 du présent jugement que les promesses unilatérales de vente signées en exécution de ces délibérations sont devenues caduques du fait du bénéficiaire. Par suite, la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo, qui n'était plus tenue par aucun engagement contractuel, n'a pas commis de faute en s'abstenant de réitérer la vente, aucune obligation de conclure une nouvelle promesse unilatérale de vente ne s'imposant par ailleurs à elle.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques :

20. La société requérante se borne à faire valoir qu'elle aurait subi un préjudice anormal et spécial, mais ne précise pas en quoi a pu consister la rupture d'égalité devant les charges publiques dont elle se dit victime et une telle rupture d'égalité ne résulte pas de l'instruction. En l'absence de précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée, les conclusions de la requête présentées sur ce fondement ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS L'Equipe 1083-Modetic n'est pas fondée à soutenir que la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo aurait engagé sa responsabilité à son égard.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, verse aux sociétés requérantes la somme qu'elles demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'allouer à la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La demande indemnitaire de la société SAS L'Equipe 1083-Modetic fondée sur le manque de loyauté de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo dans les relations contractuelles, est rejetée comme étant portée devant un ordre de juridictions incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de la société SAS L'Equipe 1083-Modetic et de la SAS 1883 est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'Equipe 1083-Modetic, à la SAS 1883 et à la communauté d'agglomération Valence Romans Agglo.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

I. BOURION

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2100729, 2107708

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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