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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107730

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107730

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantSELARL CLEMENT & DELPIANO AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Matras, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision DRH N°2021-6410 du 8 octobre 2021 par laquelle le directeur des Hôpitaux Drôme Nord lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire des fonctions de trois jours, ainsi que la décision de rejet prise sur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur des Hôpitaux Drôme Nord, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, d'effacer de son dossier individuel la sanction, ainsi que toutes les pièces ayant permis de l'établir ;

3°) de mettre à la charge des Hôpitaux Drôme Nord une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision de rejet prise sur recours gracieux n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, car il a été empêché de préparer utilement sa défense, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 ; en effet, le courrier l'informant qu'une procédure disciplinaire était engagée à son encontre ne précisait ni les faits reprochés, ni le type de sanction encourue ;

- les pièces de son dossier, qu'il a consulté, n'étaient pas numérotées, en méconnaissance de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- il n'a jamais proféré de menaces à l'encontre de son supérieur hiérarchique, la matérialité des faits n'est pas établie et traduit une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir, la collectivité ayant voulu sanctionner le dépôt de la plainte pénale dont il est l'auteur.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2022, les Hôpitaux Drôme Nord concluent au rejet de la requête et demandent qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2016-1705 du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent d'entretien qualifié, est employé par les Hôpitaux Drôme Nord depuis le 7 octobre 2015, affecté depuis le 1er janvier 2017 au service sécurité- UF 4705 sur le site de Romans-sur-Isère. Le 14 septembre 2021, son employeur lui notifie une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours (6, 7 et 11 octobre 2021). Par courrier du 28 septembre 2021, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision. A la suite, le 8 octobre 2021, le directeur des Hôpitaux Drôme Nord a retiré la décision du 14 septembre 2021 tout en confirmant le principe d'une exclusion temporaire de fonctions. Puis, dans la décision distincte susvisée du même jour référencée DRH N°2021-6410, une décision d'exclusion temporaire de trois jours a été prise à l'encontre de l'intéressé (17, 22 et 23 novembre 2021). Dans la présente instance, M. A demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision susvisée du 8 octobre 2021 par laquelle son employeur lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire des fonctions de trois jours, ainsi que la décision de rejet prise sur recours gracieux datée du même jour.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. En premier lieu, un recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, les vices propres dont la décision de rejet d'un recours gracieux serait entachée ne peuvent être utilement invoqués. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 8 octobre 2021 rendue sur recours gracieux dirigé contre la décision du 14 septembre 2021 citée au point 1 est inopérant et doit être écarté, alors au surplus que cette dernière décision a été retirée de l'ordonnancement juridique, ainsi qu'il a été dit.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes :/ Premier groupe:/ L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors en vigueur : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. () ". Aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée : " () Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis (). ". Aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 susvisé : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. ".

4. La sanction en litige d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours est une sanction du premier groupe au sens des dispositions précitées de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986, c'est-à-dire dispensée de l'avis préalable du conseil de discipline, en application des dispositions précités de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 est inopérant et doit être écarté, alors au surplus et contrairement à ce que soutient le requérant, qu'aucun principe ni texte n'entoure les sanctions du premier groupe, de garanties similaires à celles des autres groupes.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Le dossier du fonctionnaire doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité. () ". M. A soutient que le dossier individuel qu'il a consulté n'était pas numéroté. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée se fonderait sur un élément dont M. A n'aurait pas eu connaissance. Ainsi, la circonstance que les pièces du dossier de Mme A n'auraient pas été numérotées reste en l'espèce sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Le moyen tiré d'un vice de procédure ayant entaché la consultation de son dossier individuel doit dès lors être écarté.

6. En quatrième lieu, il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes ;

7. La sanction en litige reproche à M. A d'avoir proféré des menaces à l'encontre de son supérieur hiérarchique lors d'un échange téléphonique du 19 mars 2021.

8. Il est constant que le 12 février 2021, M. A a refusé d'exécuter une demande formulée par le cadre d'astreinte de l'établissement, tendant en l'espèce à réarmer la centrale incendie. A la suite, le 16 mars suivant, la direction des ressources humaine a souhaité de l'intéressé qu'il explique les motifs de ce refus. Dans ce contexte, le 19 mars, M. A a demandé et obtenu un entretien téléphonique avec son supérieur hiérarchique, qui en a retranscrit la teneur dans un rapport circonstancié, mettant en lumière les propos particulièrement inappropriés tenus par M. A à cette occasion. Or dans les circonstances de l'espèce, M. A ne saurait utilement se borner à nier en bloc les propos précis qui lui sont reprochés de manière étayée par l'administration, alors que la seule phrase qu'il admet avoir prononcé, à savoir " je ne vais pas me contenter d'une suite administrative " peut, dans le contexte tendu explicité ci-dessus, revêtir par elle-même un caractère menaçant. Ainsi, les faits fondant la sanction en litige sont établis et fautifs. Eu égard à leur gravité, la sanction de trois jours d'exclusion temporaire des fonctions, sanction de premier groupe, n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

9. En cinquième lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées ; dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des Hôpitaux Drôme Nord.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par les Hôpitaux Drôme Nord sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et aux Hôpitaux Drôme Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le rapporteur,

I. D

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2107730

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