mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ATV AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2021 et 21 décembre 2022, M. B E, représenté par Me Thoinet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Verrens-Arvey a délivré un permis d'aménager au profit de M. D A pour la création d'un lotissement au hameau de Arvey, ainsi que le rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Verrens-Arvey une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le dossier de demande de permis est incomplet en méconnaissance de l'article R. 442-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comprend aucun document graphique faisant apparaître une ou plusieurs hypothèses d'implantation des bâtiments ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la voie d'accès prévue ne présente pas les caractéristiques exigées par cet article et qu'elle ne permet pas un accès sécurisé pour les véhicules ou les engins de sécurité et de secours ;
- il méconnaît l'article R.111-2 du code de l'urbanisme et l'article 80 du règlement sanitaire départemental de la Savoie dès lors qu'aucun emplacement n'est prévu pour les ordures ménagères.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février et 20 mai 2022, M. D A, représenté par Me Milliand conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, demande au tribunal de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge de M. E une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- la requête est irrecevable faute de notification du recours contentieux prévue par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- l'intérêt pour agir n'est pas démontré ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 mars 2022, la commune de Verrens-Arvey, représenté par Me Duraz conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, demande au tribunal de faire application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B E une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Un mémoire, enregistré le 12 janvier 2023, présenté pour la commune de Verrens-Arvey n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R.611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Duraz, avocate de la commune de Verrens-Arvey.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 janvier 2021, M. D A a déposé une demande de permis d'aménager sur les parcelles cadastrées section D 671, 965, 1002 et 1004 situées en zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Verrens-Arvey pour être autorisé à créer un lotissement comprenant trois lots, destinés à la construction de trois maisons à usage d'habitation. Par un arrêté du 23 avril 2021, le maire de la commune de Verrens-Arvey a accordé le permis d'aménager demandé. M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ". Aux termes de l'article R.600-2 du code de l'urbanisme : " le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R.424-15 du code de l'urbanisme ".
3. Alors que le bénéficiaire du permis ne produit aucun élément sur l'affichage du permis en litige, il ressort des pièces du dossier que la commune a reçu le recours gracieux du requérant le 22 juillet 2021, recours notifié au bénéficiaire le 24 suivant. Si la commune de Verrens-Arvey a rejeté explicitement ce recours par un courrier daté du 10 septembre 2021, le requérant soutient sans être contredit avoir reçu cette décision le 17 suivant. Enfin, le requérant a notifié son recours contentieux, enregistré le 16 novembre 2021, à la commune de Verrens-Arvey le 19 novembre et à M. A le 22 suivant. Par suite, les fins de non-recevoir tirés du défaut de notification de la requête prévue par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et de la tardiveté de la requête doivent être écartées.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". L'article L. 600-1-3 de ce code précise que : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E est propriétaire de la parcelle cadastrée section D N°1259, sur laquelle se situe sa maison d'habitation, qui jouxte le terrain d'assiette du projet et notamment la voie d'accès aux trois lots à créer. Dans ces conditions, eu égard à la nature du projet et à sa localisation, M. E justifie, en sa qualité de voisin immédiat, d'un intérêt pour agir, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par M. A doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieux, aux termes de l'article R. 442-5 du code de l'urbanisme : " Un projet architectural, paysager et environnemental est joint à la demande. Il tient lieu du projet d'aménagement mentionné au b de l'article R. 441-2. / Il comporte, outre les pièces mentionnées aux articles R. 441-2 à R. 441-8 : / () d) Un document graphique faisant apparaître une ou plusieurs hypothèses d'implantation des bâtiments ".
8. La circonstance que le dossier de demande d'autorisation d'urbanisme ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis d'aménager déposé par M. A comprend un document intitulé " situation des coupes - sans échelle " consistant en un document graphique faisant apparaître une hypothèse d'implantation des bâtiments. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis d'aménager doit être écarté comme manquant en fait.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'accès et la voirie : " -les occupations et utilisations du sol seront refusées si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. La délivrance du permis de construire ou d'aménager peut être subordonnée à la réalisation de voies privées ou de tous autres aménagements particuliers nécessaires au respect des conditions de sécurité mentionnées ci-dessus / -les voies doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche des véhicules de lutte contre l'incendie, aux engins de déneigement et de collecte des déchets / -les voies nouvelles se terminant en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale de façon que les véhicules puissent aisément faire demi-tour ".
11. Il ressort de la notice et du plan de masse que, si la voie d'accès au projet présente, en son point le plus étroit, une largeur de 3,75 mètres, la largeur de cette voie est majoritairement supérieure à 4 mètres. Si la voirie prévue au projet présente une configuration en angle droit, épousant le terrain d'assiette du projet, cette seule circonstance n'est pas de nature à caractériser un risque particulier, alors qu'au demeurant sa conception permet une bonne visibilité. Si le requérant évoque la nécessite pour des véhicules de faire une marche arrière risquée sur toute la voie d'accès, il ressort des pièces du dossier qu'une aire de retournement est prévue au projet. Eu égard à la configuration des lieux et au nombre de lots prévus par le projet litigieux, il ne ressort pas des pièces du dossier que la voie d'accès au projet ne permettrait pas le passage des véhicules d'incendie et de secours susceptibles d'intervenir en cas d'incendie ou présenterait des risques pour la sécurité publique, notamment en termes de visibilité pour les usagers. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme du fait de la configuration de la voie d'accès doit être écarté.
12. En dernier lieu, l'article 80 du règlement sanitaire départemental de la Savoie prévoit que : " La mise sur la voie publique des récipients d'ordures ménagères en vue de leur enlèvement par le service de collecte ne doit s'effectuer qu'aux heures indiquées et selon les modalités fixées par l'autorité municipale. Cette opération ne doit occasionner ni gêne, ni insalubrité pour les usagers de la voie publique. Dans le cas d'une collecte sélective, les matériaux séparés par les habitants doivent être présentés au service de collecte selon les modalités fixées par l'autorité municipale ".
13. D'une part, le requérant ne peut utilement soutenir que le permis de construire attaqué, qui ne sanctionne que les règles d'urbanisme, méconnaitrait les dispositions précitées de l'article 80 du règlement sanitaire départemental de la Savoie qui ont trait à la présentation des déchets des ménages en vue de leur enlèvement par le service de collecte. D'autre part, la notice du permis d'aménager indique que les acquéreurs déposeront leurs bacs en bord de voie communale les jours de collecte, conformément à l'avis émis le 25 février 2021 par la communauté d'agglomération Arlysère, gestionnaire du service de collecte des ordures ménagères. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme faute d'emplacement désigné pour la collecte des ordures ménagères doit donc être écarté.
Sur les frais de l'instance :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. E doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E le versement à M. A, d'une part, et à la commune de Verrens-Arvey, d'autre part, d'une somme de 800 euros chacun au titre des frais exposés dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er :La requête est rejetée.
Article 2 :M. E versera à la commune de Verrens-Arvey une somme de 800 euros et à M. A une somme de 800 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la commune de Verrens-Arvey et à M. D A.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
A. Derollepot
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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