Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2021 sous le n°2107785, et des mémoires enregistrés le 7 octobre 2022 et le 12 avril 2023, M. et Mme C... et B... F..., représentés par Me Berdah, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du 22 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Hauteluce a approuvé la révision du plan local d’urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Hauteluce la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme F... soutiennent que :
- le nombre de conseillers présents au conseil municipal du 22 septembre 2021 mentionné sur le procès-verbal ne correspond pas au nombre de votes exprimés ; le nom des votants et l’indication du sens de leur vote n’est pas mentionné en méconnaissance de l’article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales ;
- la délibération du 11 décembre 2019 arrêtant le projet de révision du plan local d’urbanisme de la commune comporte une erreur sur la date du conseil municipal ; le procès-verbal comporte des mentions erronées quant au nombre de votants ;
- la révision n’a pas été légalement prescrite dès lors que les motifs exposés justifiant la révision ne sont pas ceux listés par l’article L. 123-13 du code de l’urbanisme alors applicable ; la délibération prescrivant la révision du plan local d’urbanisme ne précise pas les objectifs poursuivis en méconnaissance de l’article L. 123-6 du code de l’urbanisme ; la prescription de la révision est tout aussi illégale au regard de l’article L. 153-31 du code de l’urbanisme ;
- la volonté de diminution des zones urbaines est contraire au principe de l’article L. 101-2 auquel renvoie l’article L. 151-1 du code de l’urbanisme ; le classement de la parcelle C n°2244 n’est pas justifié par son potentiel agricole mais par la seule volonté de réduire les zones urbaines en méconnaissance de l’article R. 151-22 du code de l’urbanisme ; le classement est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ; le classement est entaché de détournement de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juin 2022 et le 21 février 2023, la commune de Hauteluce, représentée par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme F... ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021 sous le n°2107998 et un mémoire, enregistré le 16 mai 2023, M. A... H..., représenté par Me Laumet, demande au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du 22 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Hauteluce a approuvé la révision du plan local d’urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Hauteluce la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. H... soutient que :
- le rapport de présentation ne précise pas au titre de l’inventaire des capacités de stationnement que des bornes de recharge de véhicules électriques vont être installées en méconnaissance de l’article L. 151-4 du code de l’urbanisme ;
- l’OAP n°3 est illégale en tant qu’elle exclut sa parcelle de son périmètre : le zonage 1AU et 2AU de cette orientation d’aménagement et de programmation n’est justifiée par aucune différence objective de desserte par les réseaux ; le phasage en deux tranches ne permettra pas d’assurer la compatibilité avec l’orientation d’aménagement et de programmation ;
- le classement de la parcelle cadastrée section AD n°360 en zone A est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article R. 151-22 du code de l’urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la commune de Hauteluce, représentée par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant n’établit pas sa qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par M. H... ne sont pas fondés.
III. Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2021 sous le n°2108010 et un mémoire, enregistré le 30 septembre 2024, Mme E... G..., représentée par Me Abiven, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la délibération du 22 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Hauteluce a approuvé la révision du plan local d’urbanisme ou subsidiairement de l’annuler en tant qu’elle classe en zone A les parcelles cadastrées section E n°314, 1764, 327, 329, 330 et 333 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Hauteluce la somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme G... soutient que :
- la délibération approuvant le plan local d’urbanisme a été adoptée par une autorité ne démontrant pas sa compétence à ce titre dès lors que l’article 136 de la loi du 24 mars 2014 confère la compétence en matière d’élaboration de ces documents aux intercommunalités ;
- le rapport de présentation est insuffisant au regard de l’article R. 151-2 du code de l’urbanisme dès lors que les critères d’identification des bâtiments identifiés comme pouvant changer de destination sous condition ne sont pas précisés ;
- le classement des parcelles cadastrées section E n°314, 1764, 327, 329, 330 et 333 est entaché d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article R. 151-22 du code de l’urbanisme ; ce classement est entaché d’un détournement de pouvoir ;
- le nombre de bâtiments identifiés comme pouvant changer de destination sous condition en vertu des articles L. 151-11 et R. 151-35 du code de l’urbanisme est trop important.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la commune de Hauteluce, représentée par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme G... ne sont pas fondés.
Vu :
les autres pièces du dossier ;
le code général des collectivités territoriales ;
le code de l’urbanisme ;
la loi n°2014-366 du 24 mars 2014 ;
le décret n°2015-1783 du 28 décembre 2015 ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme D...,
- et les observations de Me Bernard-Duguet, représentant M. H..., de Me Leroy représentant Mme G... et de Me Lamouille, représentant la commune de Hauteluce.
Considérant ce qui suit :
Par délibération du 26 février 2015, le conseil municipal de la commune de Hauteluce a prescrit la révision de son plan local d’urbanisme. Le débat sur le projet d'aménagement et de développement durables a été organisé le 3 septembre 2015. Par délibération du 11 décembre 2019, le conseil municipal a tiré le bilan de la concertation et a arrêté le projet de plan local d’urbanisme. A l’issue de l’enquête publique organisée du 21 décembre 2020 au 22 janvier 2021, le conseil municipal a approuvé la révision du plan local d’urbanisme par une délibération du 22 septembre 2021. Par les requêtes visées, les requérants contestent tous cette délibération. Ces requêtes présentant à juger des questions semblables et ayant fait l’objet d’une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la compétence du conseil municipal de Hauteluce pour approuver le plan local d’urbanisme :
Aux termes de l’article 136 de la loi du 24 mars 2014 : « (…) II.- La communauté de communes ou la communauté d’agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d’une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n’est pas compétente en matière de plan local d’urbanisme, de documents d’urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l’expiration d’un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s’y opposent, ce transfert de compétences n’a pas lieu (…) ».
En l’espèce, la commune de Hauteluce est membre de la communauté d’agglomération Arlysère. Il ressort des pièces du dossier que 25 des 39 communes membres de cette communauté d’agglomération, représentant plus de 20 % de la population se sont opposées au transfert de la compétence communale en matière de plan local d’urbanisme ou de document en tenant lieu à l’établissement public de coopération intercommunale. Par suite, la commune de Hauteluce était compétente pour approuver son nouveau plan local d’urbanisme à la date de la délibération attaquée.
Sur la légalité de la délibération du 26 février 2015 :
L’adoption ou la révision du plan local d’urbanisme doit être précédée d’une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil municipal doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d’une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d’élaborer ou de réviser ce document d’urbanisme, et, d’autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l’excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan local d’urbanisme. Ainsi que le prévoit l’article L. 300-2 du code de l’urbanisme, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant la révision du document d’urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l’occasion d’un recours contre le plan local d’urbanisme approuvé.
D’une part, les moyens soulevés par M. et Mme F... par lesquels ils contestent la délibération prescrivant la révision du plan local d’urbanisme, selon lesquels cette délibération ne précise pas les objectifs poursuivis en méconnaissance de l’article L. 123-6 du code de l’urbanisme et de l’article L. 153-31 du code de l’urbanisme sont inopérants.
D’autre part, si M. et Mme F... font valoir que la révision n’a pas été légalement prescrite dès lors que les motifs exposés dans la délibération justifiant la révision ne sont pas ceux listés par l’article L. 123-13 du code de l’urbanisme alors applicable, ces dispositions n’ont pas pour objet de restreindre les auteurs du plan local d’urbanisme dans les possibilités de recourir à la procédure de révision mais seulement d’imposer cette révision (plutôt qu’une procédure de modification) dans les cas listés par cet article.
Sur la légalité formelle de la délibération du 11 décembre 2019 :
D’une part, l’erreur de plume présente sur le procès-verbal du conseil municipal (mentionnant la date de convocation au lieu de la date de réunion du conseil) est strictement sans aucune influence sur la légalité de la délibération contestée. D’autre part, s’il existe une incohérence quant au nombre de conseillers présents porté en début de procès-verbal (11 conseillers mentionnés comme présents) et au nombre de noms apparaissant dans la liste des conseillers présents (12 noms), M. et Mme F... n’apportent aucun élément concret permettant de démontrer que la liste des noms serait erronée alors qu’en tout état de cause, cette délibération a été adoptée à l’unanimité.
Sur la légalité formelle de la délibération du 22 septembre 2021 :
D’une part, s’il est exact que le procès-verbal de séance du conseil municipal comporte de nombreuses incohérences entre le nombre de conseillers notés comme présents (11 présents puis 12 à compter du point 3), le nombre de votes exprimés (13 voix), différence qui ne peut s’expliquer par les pouvoirs accordés par certains conseillers absents (au nombre de 3), la délibération en elle-même mentionne bien que 13 membres ont pris part à la délibérations, précisant les noms des 10 conseillers présents physiquement, les noms des conseillers ayant donné pouvoir et les noms des conseillers porteurs de ce pouvoir (au nombre de 3). Aucun élément du dossier ne remet en cause les mentions portées sur la délibération qui font foi jusqu’à preuve du contraire.
D’autre part, aux termes de l’article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales : « Le vote a lieu au scrutin public à la demande du quart des membres présents. Le registre des délibérations comporte le nom des votants et l'indication du sens de leur vote. Il est voté au scrutin secret : 1° Soit lorsqu'un tiers des membres présents le réclame ; 2° Soit lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation (…) ». Il est exact que la délibération ne comporte pas l’indication du sens du vote des conseillers. Cependant, il n’est ni établi ni même allégué que ce vote se soit effectivement déroulé à bulletin secret. Le seul défaut de mention du sens des votes des conseillers municipaux dans le registre des délibérations est sans influence sur la légalité de la délibération contestée.
Sur la légalité du rapport de présentation :
Il y a lieu de préciser que si l’article L. 154-3 du code de l’urbanisme permet, lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, que cette procédure puisse être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové à la condition cependant que cette procédure de révision soit achevée au plus tard le 26 mars 2017, ce qui n’est manifestement pas le cas en l’espèce, de sorte que les articles L. 123-1 et suivants du code de l’urbanisme ne sont pas applicables à la présente procédure.
En revanche, s’agissant spécifiquement des dispositions des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l’urbanisme, l’article 12 du décret 2015-1783 du 28 décembre 2015 prévoit que : « (…) Les dispositions des articles R. 123-1 à R. 123-14 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur au 31 décembre 2015 restent applicables aux plans locaux d'urbanisme dont (…) la révision (…) a été engagée avant le 1er janvier 2016. Toutefois, dans les cas (…) d'une révision prescrite sur le fondement du I de l'article L. 123-13 en vigueur avant le 31 décembre 2015, (…) le conseil municipal peut décider que sera applicable au document l'ensemble des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2016, par une délibération expresse qui intervient au plus tard lorsque le projet est arrêté (...) ». En l’espèce, aucune délibération du conseil municipal d’Hauteluce n’a formellement opté pour l’application des dispositions des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code.
En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10. que les dispositions de l’article L. 151-4 du code de l’urbanisme sont applicables à la présente procédure. En vertu du dernier alinéa de cet article, le rapport de présentation établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. Si M. H... fait valoir que l’inventaire des places de stationnement dressé dans le rapport de présentation ne précise pas que des bornes électriques étaient susceptibles d’être installées sur les parkings, alors au demeurant que la date de leur installation effective n’est pas donnée par le requérant, cette circonstance est strictement insusceptible d’avoir faussé l’appréciation portée par les conseillers amenés à se prononcer sur le plan local d’urbanisme ou avoir un quelconque impact sur le sens de la délibération contestée.
En second lieu, si Mme G... fait valoir que le rapport de présentation ne comporte aucune justification des choix opérés pour sélectionner les bâtiments susceptibles de changer de destination en vertu de l’article L. 151-11 du code de l’urbanisme, ce en méconnaissance de l’article R. 151-2 du code de l’urbanisme, il résulte de ce qui a été dit au point 11. que cet article n’est pas opposable à la procédure de révision du plan local d’urbanisme d’Hauteluce, faute d’option en ce sens du conseil municipal. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
Sur les moyens de légalité interne de la requête n°2107785 :
En premier lieu, l’article L. 101-2 du code de l’urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi 2021-1104 du 22 août 2021 et applicable à la délibération attaquée : « Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : (…) 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat (…) 6° bis La lutte contre l'artificialisation des sols, avec un objectif d'absence d'artificialisation nette à terme (…) ».
En application de la décision n° 2000-436 DC du Conseil constitutionnel du 7 décembre 2000, les dispositions de l’article L. 101-2 du code de l’urbanisme doivent être interprétées comme imposant seulement aux auteurs des documents d’urbanisme d’y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu’elles énoncent. En conséquence, il appartient au juge administratif d’exercer un simple contrôle de compatibilité entre les règles fixées par un plan local d’urbanisme et ces dispositions du code de l’urbanisme.
En se bornant à faire valoir que le classement de la parcelle cadastrée section C n°2244 serait contraire à l’objectif du 3° de l’article L. 101-2 du code de l’urbanisme, les requérants ne démontrent aucune incompatibilité du plan local d’urbanisme, appréciée sur la totalité du territoire couvert, avec l’ensemble des objectifs énoncés par l’article L. 101-2 du code de l’urbanisme.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 151-22 du code de l’urbanisme : « Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ». Une zone agricole, dite « zone A », du plan local d’urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d’aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
La parcelle cadastrée section C n°2244 a été classée en zone agricole par le plan local d’urbanisme en litige. Elle présente une superficie conséquente, est à l’état de pré, et ne supporte aucune construction. Elle s’insère dans un espace de prairie ou de bois, eux-mêmes classés en zone N, et est séparée des quelques constructions du hameau par une route. Ainsi, si cette parcelle est située à proximité d’une voie publique et de parcelles urbanisées, ces circonstances ne sont pas suffisantes, eu égard à la superficie et à la localisation de cette parcelle, pour entacher d’erreur manifeste d’appréciation son classement en zone A, comme les parcelles qui lui sont contiguës à l’est et à l’ouest. Le périmètre de l’orientation d’aménagement et de programmation n°1 dont les requérants font état n’est en tout état de cause pas situé à proximité de la parcelle concernée et porte sur des parcelles physiquement et géographiquement différentes de celle appartenant aux requérants. Le classement de cette parcelle répond par ailleurs parfaitement à la volonté des auteurs du plan local d’urbanisme d’éviter l’aggravation du mitage et de l’étalement urbain sur le territoire de leur commune, ainsi que le prévoit l’objectif B de l’orientation 3 du projet d'aménagement et de développement durables. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
En troisième lieu, dès lors que le classement en zone agricole de leur terrain ne répond pas à un but étranger à l’intérêt général et aux considérations d’urbanisme et d’aménagement du territoire communal, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
Sur les moyens de légalité interne de la requête n°2107998 :
En premier lieu, l’orientation d’aménagement et de programmation n°3 concerne, au sud-est de la station, huit parcelles, certaines classées en zone 1AU et d’autres en zone 2AU, pour la construction de minimum 7 logements. D’une part, si M. H... fait valoir qu’il n’existe pas de différence objective entre la desserte en réseaux des zones 1AU et 2AU, cette affirmation n’est corroborée par aucune pièce du dossier, pas plus que celle tirée de ce que la parcelle cadastrée section AD n°256 (devenue 359) ne serait en réalité pas constructible du fait de sa pente et de remblais instables. De même, rien n’établit que la compatibilité des futurs projets de construction avec l’orientation d’aménagement et de programmation soit rendue impossible par la construction en deux phases induite par le zonage 1AU et 2AU prévu pour le périmètre de l’orientation d’aménagement et de programmation. Dans cette mesure, les auteurs du plan local d’urbanisme n’ont commis aucune erreur manifeste d’appréciation en n’incluant pas au périmètre de cette orientation d’aménagement et de programmation la parcelle AD n°257 (devenue 360) dont il est propriétaire et le moyen tiré de l’illégalité de l’orientation d’aménagement et de programmation n°3 doit être écarté.
En second lieu, la parcelle cadastrée section AD n°360 a été maintenue en zone agricole par le plan local d’urbanisme en litige. Cette parcelle est à l’état de pré, ne supporte aucune construction et s’ouvre sur un vaste espace agricole au sud-est. La chambre d’agriculture avait, par ailleurs, noté dans son avis le potentiel agricole du secteur concerné par l’orientation d’aménagement et de programmation n°3. Ainsi, si cette parcelle est située à proximité d’une voie publique et du périmètre de l’orientation d’aménagement et de programmation n°3, ces circonstances ne sont pas suffisantes, eu égard à la localisation de cette parcelle, pour entacher d’erreur manifeste d’appréciation son classement en zone A, comme les parcelles qui lui sont contiguës au sud-est. Le classement de cette parcelle répond par ailleurs parfaitement à la volonté des auteurs du plan local d’urbanisme d’éviter l’aggravation de l’étalement urbain sur le territoire de leur commune, ainsi que le prévoit l’objectif B de l’orientation 3 du projet d'aménagement et de développement durables. A cet égard, le zonage du plan local d’urbanisme devant répondre aux réalités urbanistiques et physiques des terrains et des secteurs considérés et non à l’usage ou aux usages qu’entendraient en faire leurs propriétaires, la circonstance qu’un autre classement de sa parcelle permettrait à M. H... d’habiter à proximité de son restaurant et d’assurer un usage à titre de résidence principale de la construction qu’il pourrait y édifier est strictement sans influence sur le bien-fondé du classement. Il en est de même et pour les mêmes motifs de la circonstance qu’il ne soit pas exploitant agricole. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
Sur les moyens de légalité interne de la requête n°2108010 :
D’une part, les parcelles cadastrées section E n°314, 1764, 327, 329, 330 et 333 présentent quelques constructions à usage d’habitation mais sont situées dans un secteur éloigné du centre bourg concerné par quelques petites zones urbaines éparses et un mitage global très important. Ces parcelles s’insèrent dans une vaste zone à dominante agricole et naturelle. La limitation du zonage urbain dans ce secteur a pour but de limiter l’étalement urbain et le mitage particulièrement marqués sur le territoire de la commune, conformément à l’objectif B de l’orientation n°3 du projet d'aménagement et de développement durables ainsi que de protéger la vocation agricole du secteur. Par suite, les circonstances que ces parcelles soient construites et viabilisées et qu’elles étaient sous l’empire de l’ancien plan local d’urbanisme classées en zone urbaines ne suffisent pas à démontrer une quelconque erreur manifeste d’appréciation dans le classement de ces parcelles.
D’autre part, à supposer que la commune ait refusé plusieurs autorisations d’occupation des sols à la requérante et alors que le plan local d’urbanisme n’a pas vocation à régulariser une activité agricole non déclarée d’un de leur voisin, ces circonstances ne suffisent aucunement à démontrer que le classement en zone agricole des terrains en litige, qui ne répond pas à un but étranger à l’intérêt général et aux considérations d’urbanisme et d’aménagement du territoire communal, soit entaché de détournement de pouvoir.
Enfin, en se bornant à faire valoir que de trop nombreux bâtiments ont fait l’objet d’une identification au titre de l’article L. 151-11 du code de l’urbanisme, sans assortir cette affirmation du moindre commencement de démonstration, la requérante n’assortit pas son moyen des précisions permettant de venir à son soutien.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions d’annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense dans l’instance n°2107998.
Sur les frais de procès :
En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme F..., M. H... et Mme G... doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme F..., M. H... et Mme G... une somme de 1 500 euros chacun à verser à la commune de Hauteluce au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :
Les requêtes visées sont rejetées.
Article 2 :
M. et Mme F... verseront à la commune d’Hauteluce une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :
M. H... versera à la commune d’Hauteluce une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :
Mme G... versera à la commune d’Hauteluce une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C... et B... F..., à M. A... H..., à Mme E... G... et à la commune de Hauteluce.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme André, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.
La rapporteure,
J. Holzem
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.