vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021, M. B C, représenté par la SCP Themis et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2021 par laquelle la chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Aiton a refusé de délivrer un permis de visite à M. A D ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire d'Aiton de délivrer le permis de visite sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle repose sur un motif qui n'est pas au nombre de ceux qui justifient un refus.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- et les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande l'annulation de la décision du 19 juillet 2021 par laquelle la chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Aiton a refusé de délivrer à M. A D un permis de visite en sa faveur.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 35 de la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 alors en vigueur : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l'autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires. Les prévenus peuvent être visités par les membres de leur famille ou d'autres personnes, au moins trois fois par semaine, et les condamnés au moins une fois par semaine. / L'autorité administrative ne peut refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d'un condamné, suspendre ou retirer ce permis que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / L'autorité administrative peut également, pour les mêmes motifs ou s'il apparaît que les visites font obstacle à la réinsertion du condamné, refuser de délivrer un permis de visite à d'autres personnes que les membres de la famille, suspendre ce permis ou le retirer. / Les permis de visite des prévenus sont délivrés par l'autorité judiciaire. / Les décisions de refus de délivrer un permis de visite sont motivées. ".
3. La décision attaquée se borne à indiquer que le permis de visite est refusé " au vu des renseignements portés à la connaissance de l'autorité pénitentiaire, des mentions et observations notées sur l'enquête menée par la préfecture de la Savoie ", sans préciser la nature des éléments qui ressortent de cette enquête. Dans ces circonstances, elle ne comporte pas l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement et ne satisfait pas, dès lors, à l'exigence de motivation posée par les dispositions précitées de l'article 35 de la loi du 24 novembre 2009. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 juillet 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Les motifs du présent jugement impliquent seulement que l'administration pénitentiaire réexamine la demande de M. A D. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ciaudo, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Aiton du 19 juillet 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Aiton de réexaminer la demande de M. A D tendant à la délivrance d'un permis de visite en faveur de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ciaudo une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
Le président rapporteur,
V. L'HÔTE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
G. LEFEBVRELa greffière,
E. BEROT-GAY
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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