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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107853

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107853

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDRACHE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021 sous le n°2107853 et deux mémoires enregistrés le 28 février 2022 et le 21 septembre 2023, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) Belmaraîcher, le groupement foncier agricole (GFA) Belmaraicher, Mme I A épouse E, M. R E, Mme K A épouse F, Mme Q A, M. H F et M. D E, représentés par Me Falconnet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Sciez a accordé à M. L G un permis de construire sur les parcelles cadastrées section A n°1501 et 1502 situées chemin de la forêt ;

2°) de mettre à la charge de M. G et de la commune de Sciez une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard de l'article R.431-10 d) du code de l'urbanisme relatif aux photographies situant le terrain dans son environnement proche et dans le paysage lointain ;

- le projet autorisé méconnait les articles AI1a, AIII1a et b, AII1b, AII3 et AII3c du règlement du plan local d'urbanisme de Sciez ;

- il méconnait les articles L.121-22 et R.151-23 du code de l'urbanisme dès lors qu'il se situe dans une coupure d'urbanisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, la commune de Sciez, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants in solidum en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et à titre subsidiaire que ses moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2023, M. L G, représenté par Me Drache, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants solidairement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et que ses moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée à la date du 19 janvier 2024.

II. Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021 sous le n°2108217 et un mémoire enregistré le 14 novembre 2023, M. P O, Mme J S, M. N M et Mme B C, représentés par Me Levanti, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Sciez a accordé à M. L G un permis de construire sur les parcelles cadastrées section A n°1501 et 1502 situées chemin de la forêt ;

2°) de mettre à la charge de M. G et de la commune de Sciez une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- le projet autorisé méconnait l'article AI1a du règlement du plan local d'urbanisme de Sciez ;

- il méconnait l'article L.121-22 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article R.151-23 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, la commune de Sciez, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise in solidum à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et pour manquement à l'obligation de notification du recours et à titre subsidiaire que ses moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2023, M. L G, représenté par Me Drache, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants solidairement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et que ses moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée à la date du 19 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Falconnat, représentant le GAEC Belmaraîcher et autres, de Me Levanti, représentant M. et Mme O et autres, les observations de Me Amet représentant la commune de Sciez et les observations de Me Drache, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par un arrêté du 4 octobre 2021, le maire de Sciez a délivré à M. G un permis de construire un bâtiment de stockage de matériels agricoles et de culture de spiruline et une serre sur un terrain situé 405 chemin de la forêt et cadastré section A n°1501 et 1502.

Sur les fins de non-recevoir :

3. En premier lieu, s'agissant de M. et Mme O et de M. et Mme M, leurs propriétés, situées à une distance comprise entre 60 et 70 mètres du projet, en sont séparées par des parcelles agricoles plates non bâties. Dans ces conditions, ils justifient que la construction autorisée, d'une hauteur de 6, 20 mètres sur 30 mètres de long, leur porte une atteinte susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs biens. Le GAEC Belmaraicher est propriétaire de la parcelle 1503 limitrophe du terrain d'assiette du projet et la maison d'habitation de la famille A est située juste en face de la construction projetée, dont elle est séparée uniquement par le chemin de la forêt. Ils sont par suite des voisins immédiats du projet et ils font état de ce que la construction litigieuse, au regard de son gabarit, est de nature à réduire l'ensoleillement de leur exploitation maraichère mais également la vue et l'ensoleillement dont bénéficient actuellement leurs logements. Dès lors, ils ont intérêt à agir et la fin de non-recevoir doit être écartée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les auteurs de la requête n°2108217 l'ont notifiée le 7 décembre 2021 par lettre recommandée avec accusé de réception à la commune de Sciez et à M. G, soit moins de 15 jours francs après l'enregistrement de leur recours le 3 décembre 2021. La condition de recevabilité posée par l'article R. 600-1 est ainsi satisfaite et cette seconde fin de non-recevoir doit être également écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L.121-22 du code de l'urbanisme : " Les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation. " L'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que les espaces de coupures d'urbanisation sont inconstructibles à l'exception notamment de : " l'évolution des exploitations agricoles existantes sous réserve de regrouper au maximum les nouvelles constructions/installations et de ne pas remettre en cause le caractère général de coupure d'urbanisation. L'implantation d'une nouvelle exploitation agricole est interdite. "

6. Le terrain d'assiette du projet autorisé est classé par le plan local d'urbanisme comme un espace naturel présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation. Dans ses écritures, M. G expose que le permis de construire ne vise pas l'implantation d'un nouveau bâtiment annexe de l'exploitation existante mais la délocalisation d'un siège d'exploitation existant, constitué d'un ancien corps de ferme qui est destiné à être abandonné. La construction autorisée, qui vise à substituer le bâtiment agricole actuellement exploité par M. G pour créer une nouvelle activité de culture de spiruline ne peut être regardée comme l'évolution d'une exploitation existante mais comme une nouvelle exploitation. De surcroît et en tout état de cause, elle ne répond pas à la condition d'un regroupement des constructions nouvelles alors que la construction autorisée est distante du siège actuel d'exploitation de plus de 500 mètres sans qu'il soit établi qu'elle ne pourrait en être plus proche. Enfin, le champ de l'arrêté rendu le 29 juin 2021 par le préfet de la Haute-Savoie, qui permet de déroger au principe de l'extension de l'urbanisation en continuité des zones urbanisées conformément à l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme, est étranger aux règles relatives aux coupures d'urbanisation. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté contesté a méconnu l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sciez.

7. En second lieu, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation du permis de construire du 4 octobre 2021.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

9. Compte tenu de sa nature, le vice invoqué au point 6 n'est pas susceptible d'être régularisé au sens de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les défendeurs demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sciez une somme de 1000 euros à verser aux requérants de la requête n° 2107853 et la somme de 1000 euros aux requérants de la requête n° 2108217 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Sciez a délivré un permis de construire à M. G est annulé.

Article 2 :La commune de Sciez versera une somme de 1000 euros aux requérants de la requête n° 2107853 et la somme de 1000 euros aux requérants de la requête n° 2108217 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des demandes formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au GAEC Belmaraîcher et à M. O en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à M. G et à la commune de Sciez.

Copie en sera adressée au procureur de la République du tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains en application de l'article R.751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2108217

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