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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107854

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107854

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAILLARD OSTER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021 et un mémoire enregistré 16 avril 2024, M. B E, représenté par Me Gaillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- l'arrêté du 30 juin 2020 par lequel le maire de Champagneux a accordé à M. A un permis en vue de la construction d'un garage ouvert sur la parcelle cadastrée B 1322 ;

- l'arrêté du 29 avril 2021 portant non-opposition à déclaration préalable de travaux déposée par M. A et portant sur la fermeture partielle de ce garage et la création d'une dalle ;

- le refus implicite que le maire de Champagneux a opposé le 23 septembre 2021 à sa demande tendant au retrait de ces deux arrêtés ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Champagneux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir en qualité de voisin immédiat du terrain d'assiette de la construction en litige ;

- le permis de construire et la décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux ayant été obtenus par fraude, les conclusions qu'il dirige contre ces deux actes ne sont pas tardives ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet ;

- le permis de construire méconnaît l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- ce permis méconnaît l'article 3 du règlement du PLU ;

- ce permis méconnaît l'article A7 du règlement du PLU ;

- ce permis méconnaît l'article A 11 du règlement du PLU ;

- l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable a été obtenu à la suite de manœuvres frauduleuses ;

- le projet concerné par cet arrêté aurait dû faire l'objet d'un permis de construire ;

- l'illégalité du permis de construire du 30 juin 2020 prive l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable de base légale ;

- cet arrêté méconnaît l'article A11 du règlement du PLU.

M. F A, représenté par Me Parny, a présenté deux mémoires en défense enregistrés le 29 janvier 2024 et le 10 mai 2024, par lesquels il conclut au rejet de la requête et demande la mise à la charge du requérant d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par le requérant sont irrecevables car tardives ;

- les moyens qu'il invoque ne sont pas fondés.

La commune de Champagneux, représentée par Me Le Gulludec, a présenté un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024 par lequel elle conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par M. E sont irrecevables car tardives ;

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- subsidiairement, les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir du refus implicite que le maire de Champagneux a opposé, le 23 septembre 2021, à la demande de M. E tendant à ce qu'il retire les deux arrêtés du 30 juin 2020 et du 29 avril 2021 faute pour le requérant de développer des moyens contre ce refus (article R. 411-1 du code de justice administrative).

M. E a répondu à ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Le Gulludec, représentant la commune de Champagneux.

Considérant ce qui suit :

1. M. E est propriétaire de plusieurs parcelles cadastrées B n°1323, 1324, 1327, 1328, 1331 et 1455 situées sur le territoire de la commune de Champagneux (Savoie). Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir, d'une part, du permis que le maire de cette commune a délivré le 30 juin 2020 à l'un de ses voisins, M. A, pour la construction d'un garage ouvert, d'autre part, de l'arrêté du 29 avril 2021 portant non-opposition à déclaration préalable déposée par ce même voisin pour la fermeture partielle de ce garage et enfin, du refus implicite que le maire de Champagneux a opposé, le 23 septembre 2021, à sa demande tendant au retrait de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées contre l'arrêté du 30 juin 2020 portant permis de construire :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".

3. Il ressort des pièces produites par M. A, non contestées par M. E, que le permis de construire qui lui a été délivré le 30 juin 2020 a été affiché du 20 octobre 2020 au 20 décembre 2020. Par suite, le délai de recours contentieux dont M. E disposait pour en demander l'annulation pour excès de pouvoir a, conformément aux dispositions citées au point 2, débuté le 20 octobre 2020 pour s'achever le 21 décembre suivant. La circonstance, à la supposer même établie, que ce permis aurait été obtenu par fraude, n'est pas de nature à proroger ce délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions présentées par M. E contre ce permis, enregistrées le 18 novembre 2021, sont tardives. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir correspondante invoquée en défense et de les rejeter comme telles.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées contre l'arrêté du 29 avril 2021 portant non-opposition à déclaration préalable de travaux :

4. En se bornant à soutenir que l'arrêté de non-opposition en litige aurait été obtenu par fraude motif pris de la fraude qui entacherait le permis de construire obtenu par M. A le 30 juin 2020, M. E n'invoque pas un moyen assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé.

5. Il ressort de la déclaration d'achèvement des travaux produite par M. A que les travaux objets du permis qu'il a obtenu le 30 juin 2020 étaient achevés depuis deux mois à la date de délivrance de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable contesté. Par suite, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de l'inachèvement de ces premiers travaux pour soutenir que les seconds auraient dû faire l'objet d'un permis de construire. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

6. Le permis de construire du 30 juin 2020 ne constitue pas la base légale de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable contesté et cet arrêté de non-opposition n'a pas été pris en conséquence de ce permis de construire. Par suite, l'exception d'illégalité excipée par M. E doit être rejetée comme irrecevable.

7. Aux termes de l'article A 11 du règlement du PLU de la commune de Champagneux : " L'ensemble des occupations du sol, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages agricoles. () ".

8. Les travaux autorisés par l'arrêté du 29 avril 2021 consistent simplement en la réalisation d'une dalle sous le hangar agricole que M. A a été autorisé à construire par arrêté du 30 juin 2020 et en sa fermeture partielle par des murs en moellon de 2 mètres de hauteur surmontés de tôles en bac acier d'une hauteur de 1 mètre. D'après les photographies produites par M. A en défense, ce type de construction est commun dans le hameau de Leschaux. Elle est par ailleurs implantée en bordure est de ce hameau, en lisière d'une vaste zone agricole et la parcelle qui lui est limitrophe au nord-est est utilisée par le requérant pour les besoins de son exploitation forestière. Compte tenu de cette configuration des lieux, M. E n'est pas fondé à soutenir que les travaux autorisés par l'arrêté en litige méconnaissent les dispositions citées au point 7.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. E contre l'arrêté du 29 avril 2021 doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite du 23 septembre 2021 portant refus de retrait des deux arrêtés précédents :

10. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

11. M. E ne développe aucun moyen contre la décision du 23 septembre 2021. Par suite et par application des dispositions précitées, les conclusions qu'il forme contre cet acte doivent être rejetées comme irrecevables.

12. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de Champagneux et par M. A sur le même fondement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Champagneux et par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à M. D A et à la commune de Champagneux.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107854

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