vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 novembre 2021, 25 mai 2023 et 22 décembre 2023, Mmes B AD, Isabelle Pascal, Zuina Sahiri et MM. Pierre-Georges Crozet, Philippe Paliard et Jean-Marc Assorin, représentés par Me Frigière, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° 20210520-20 du 20 mai 2021 par laquelle le conseil municipal d'Eybens a accepté l'offre de la société d'habitation des Alpes - Pluralis concernant la ZAC des Ruires pour un montant de 2 760 000 euros et autorisé le maire à signer les actes de vente ;
2°) d'enjoindre au maire d'Eybens de saisir le tribunal judiciaire compétent aux fins d'annulation de la vente des immeubles à la société Pluralis, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner la commune d'Eybens à leur verser une somme globale de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Ils soutiennent que :
- la délibération attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales ;
- le droit à l'information des conseillers municipaux a été méconnu ;
- la vente est opérée en deçà de la valeur réelle des biens et est dépourvue d'intérêt général ;
- elle constitue une aide déguisée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2022, 9 janvier 2024 et 30 janvier 2024, la commune d'Eybens, représentée par la SCP Flesser Jorquera et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,
- les observations de Me Frigière, représentant Mme C et autres, et de Me Fessler, représentant la commune d'Eybens.
Des notes en délibéré, présentées pour la commune d'Eybens et Mme C et autres, ont été enregistrées respectivement le 8 novembre et le 11 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion de la réalisation de la zone d'aménagement concerté (ZAC) des Ruires, située sur le territoire de la commune d'Eybens, le concessionnaire avait conclu plusieurs baux à construction avec un bailleur social, en vue de réaliser plusieurs îlots de logements locatifs sociaux. A l'expiration de la concession le 31 décembre 2017, l'ensemble des biens immobiliers concédés ont fait retour à la commune d'Eybens, tout en demeurant soumis aux différents baux à construction dont la durée de validité n'était pas arrivée à expiration. La société d'habitation des Alpes - Pluralis, locataire de ces baux, a alors informé la commune d'Eybens de son souhait d'acquérir les biens immobiliers loués. Après avoir accepté le principe de cette vente, le conseil municipal d'Eybens a, par la délibération attaquée en date du 20 mai 2021, accepté l'offre de la société d'habitation des Alpes - Pluralis, pour un montant de 2 760 000 euros. Il s'agit de la délibération dont les requérants sollicitent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de la construction et de l'habitation : " Constitue un bail à construction le bail par lequel le preneur s'engage, à titre principal, à édifier des constructions sur le terrain du bailleur et à les conserver en bon état d'entretien pendant toute la durée du bail. () ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Les parties conviennent de leurs droits respectifs de propriété sur les constructions existantes et sur les constructions édifiées. A défaut d'une telle convention, le bailleur en devient propriétaire en fin de bail et profite des améliorations. ". Au cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier que les baux à construction liant la commune d'Eybens à son preneur à bail, la société d'habitation des Alpes - Pluralis, ne prévoient aucune dérogation. En outre, la délibération attaquée indique qu'au terme de ces baux, les constructions édifiées par le preneur reviennent au bailleur, sans indemnité.
4. Pour obtenir l'annulation de la délibération en litige, les requérants lui font notamment grief de ne pas mentionner clairement les caractéristiques essentielles de la cession des biens immobiliers qu'elle autorise et notamment la teneur réelle des biens cédés.
5. Aux termes de la délibération attaquée, le conseil municipal décide " d'accepter l'offre de la Société d'Habitation des Alpes - Pluralis, à la commune, pour la résiliation des baux avec indemnités de résiliation emportant la cession des terrains d'assiette de l'Ex ZAC des Ruires, sur les parcelles susvisées dans la délibération, d'un montant global de 2'760'000 €, conformément à l'évaluation à dire d'expert, jointe à la présente délibération ". D'un côté, la délibération attaquée indique, dans ses motifs, que la commune ne souhaite pas devenir propriétaire des logements locatifs sociaux édifiés sur les terrains lui appartenant. D'un autre côté, la même délibération prononce la résiliation des baux, laquelle, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 251-2 du code de la construction et de l'habitation, emporte en principe et immédiatement l'entrée des constructions en cause dans le patrimoine communal. Ainsi, cette délibération ne permet pas de déterminer avec certitude si la commune a entendu uniquement céder à la société d'habitation des Alpes - Pluralis les terrains d'assiette des immeubles, comme elle le soutient dans ses dernières écritures et ainsi qu'elle l'a d'ailleurs affirmé lors de l'audience publique, ou à la fois céder à cette société les terrains d'assiette et lui rétrocéder les constructions normalement devenues sa propriété par l'effet de la résiliation des baux. Partant, la portée et les conditions exactes de la cession approuvée par le conseil municipal demeurant indéterminées, il n'est pas possible d'apprécier si le prix convenu de 2 760 000 euros comprend uniquement la valeur des terrains d'assiette ou inclut celle des immeubles. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la motivation de la délibération du 20 mai 2021 ne permettait pas d'identifier les caractéristiques essentielles de la vente, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales.
6. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la délibération du 20 mai 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. A la suite de l'annulation, par le juge de l'excès de pouvoir, de l'acte détachable de la passation d'un contrat, il appartient à la personne publique de déterminer, sous le contrôle du juge, les conséquences à tirer de cette annulation, compte tenu de la nature de l'illégalité affectant cet acte. S'il s'agit notamment d'un vice de forme ou de procédure propre à l'acte détachable et affectant seulement les modalités selon lesquelles la personne publique a donné son consentement, celle-ci peut procéder à sa régularisation, indépendamment des conséquences de l'annulation sur le contrat lui-même. Elle peut ainsi adopter, eu égard au motif d'annulation, un nouvel acte d'approbation avec effet rétroactif, dépourvu du vice ayant entaché l'acte annulé.
8. La délibération du 20 mai 2021 étant annulée pour un vice de forme régularisable par l'intervention d'une nouvelle délibération présentant un effet rétroactif, un tel motif d'annulation n'implique pas qu'il soit enjoint à la commune d'Eybens de saisir le juge du contrat afin d'obtenir l'annulation de la vente. Les conclusions à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Eybens une somme totale de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et autres et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que Mme C et autres, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune d'Eybens la somme que celle-ci réclame au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du conseil municipal d'Eybens du 20 mai 2021 est annulée.
Article 2 : La commune d'Eybens versera à Mme C et autres une somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mmes B AD, représentante unique, à la société d'habitation des Alpes - Pluralis et à la commune d'Eybens.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. LEFEBVRE
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
E. BEROT-GAY
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026