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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107939

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107939

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LEVANTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2021, Mme D C, représentée par Me Levanti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains a accordé un permis de construire à la société Mixcité Savoie Léman sous le n° PC 074119 21 B0008 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Evian-Les-Bains une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'arrêté du lotissement du 23 novembre 2020 concernant l'accès au terrain ;

- il méconnaît l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux accès ;

- il méconnaît l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux réseaux ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet se situe dans les espaces proches du rivage et sa densité est excessive au regard des dispositions de l'article L. 121-12 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la commune d'Evian-les-Bains représentée Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, la SAS Mixcité Savoie Léman représentée Me Briec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B ;

-les conclusions de Mme A ;

-et les observations de Me Mathieu, représentant la commune d'Evian-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 mars 2021, la SAS Mixcité Savoie Léman a déposé un permis de construire pour un ensemble immobilier comportant 12 logements répartis dans deux bâtiments d'une surface de plancher créée de 1 023,14 m2 sur les parcelles cadastrées section AB n° 356, 355pc et 144pc situées au lieudit " Malcommun " sur la commune d'Evian-les-Bains. Par un arrêté du 24 septembre 2021, le maire de la commune d'Evian-les-Bains a délivré le permis de construire sollicité. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la méconnaissance de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 23 novembre 2020 :

2. Par un arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 23 novembre 2000, le maire de la commune d'Evian-les-Bains a autorisé une " Division en vue de construire : Détachement d'un lot pour la construction de bâtiments à usage d'habitation ". Il ressort du plan de masse du dossier de permis de construire litigieux que le projet est desservi par un accès existant sur le boulevard de Publier. Il mentionne également un nouvel accès à créer notamment pour la parcelle n° 285 constituant la partie restante du tènement. Ces deux accès sont identiques à ceux prévus par le plan de masse du dossier de déclaration préalable ayant fait l'objet d'un arrêté de non opposition le 23 novembre 2020. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'arrêté du 23 novembre 2020 s'agissant de l'accès au terrain doit être écarté.

En ce qui concerne le périmètre d'application des règles du plan local d'urbanisme :

3. Aux termes de l'article R. 442-1 du code de l'urbanisme : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : a) Les divisions en propriété ou en jouissance effectuées par un propriétaire au profit de personnes qui ont obtenu un permis de construire ou d'aménager portant sur la création d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation ().

4. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune division en propriété ou en jouissance de la propriété foncière n'est prévue dans la demande d'autorisation en litige. La division de l'unité foncière a été réalisée précédemment par l'arrêté de non opposition à déclaration préalable du 23 novembre 2020. Or, compte tenu de la division opérée par cet arrêté, la régularité du permis de construire contesté doit être appréciée au regard des règles d'urbanisme applicable à la fraction de l'unité foncière formé uniquement des parcelles cadastrées AB n° 356, 355pc et 144 pc, et non au regard de la totalité de l'unité foncière existante avant division. Dès lors, le moyen selon lequel le permis de construire litigieux serait une division primaire relevant de l'article R. 442-1 a) du code de l'urbanisme et que l'appréciation de la légalité du permis de construire doit s'apprécier au regard de l'ensemble du tènement initial doit être écarté.

En ce qui concerne les accès :

5. Aux termes de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Pour être constructible, un terrain doit être accessible d'une voie carrossable publique ou privée, éventuellement d'une servitude de passage, en bon état de viabilité et présentant des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie ".

6. Il ressort du plan de masse du permis de construire contesté que les parcelles cadastrées section AB n° 356, 355 pc et 144 pc, terrain d'assiette du projet, possèdent un accès direct sur la voie publique conformément à l'arrêté de non opposition à déclaration préalable. Les parcelles cadastrées section AB n° 145, 355 Pr et 144 Pr, reliquat après division du tènement initial, qui ne sont pas le terrain d'assiette du projet contesté, sont accessibles par la voie privée au Nord-Est. La circonstance qu'aucune servitude n'a été délivrée pour ces parcelles est sans incidence sur la légalité du permis de construire contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'évacuation des eaux pluviales :

7. Aux termes de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Dans les secteurs desservis, toute construction doit être raccordée au réseau d'évacuation d'eaux pluviales, après qu'aient éventuellement été mises en œuvre, sur la parcelle privée, toutes les solutions susceptibles de limiter et d'étaler les apports pluviaux, et si les contraintes d'exploitation du réseau le permettent. () / Au-delà de 200 m² de surfaces imperméabilisées, un bassin de rétention des eaux pluviales doit être prévu, dont les dimensions seront déterminées par les services techniques compétents. En cas de lotissement, doit être prise en compte la surface totale du lotissement, voirie incluse ".

8. Les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, ces dispositions n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux pétitionnaires de justifier, dans leurs demandes d'autorisations d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer le raccordement aux réseaux publics des ouvrages projetés.

9. Le plan de masse (PC 02.3) du dossier de permis de construire matérialise l'emplacement d'un bassin de rétention des eaux pluviales doté d'un débit de 3 l/s et une canalisation avec la mention d'une servitude de réseaux à créer. L'article 2 du permis de construire délivré indique que les prescriptions émises par les services techniques de la ville seront strictement respectées à savoir notamment un ouvrage de rétention de 23,50 m3 avec un débit de pointe maximal de 3,9 l/s. L'avis des services techniques de la ville d'Evian-les-Bains du 22 septembre 2021 précise que les documents suivants devront être adressés aux services techniques municipaux pour accord technique préalable avant tout travaux : la note de calcul des surfaces imperméabilisées du projet, le plan détaillé représentant le tracé du branchement projeté d'eaux pluviales et les caractéristiques de l'ouvrage de rétention, son implantation et le dispositif limiteur de débit. Cet avis rappelle enfin que l'obtention des servitudes de passage de l'ensemble des réseaux est à la charge et de la responsabilité du pétitionnaire. Mme C n'est pas fondée à soutenir que le pétitionnaire aurait dû justifier, d'une servitude de droit privé lui permettant de raccorder sa construction aux réseaux d'eaux pluviales en empruntant un terrain privé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article UD 6 du règlement relatif au retrait par rapport à la voie publique :

10. L'article UD 6 du règlement prévoit que les constructions doivent respecter un recul minimum de 5 mètres par rapport notamment à l'alignement existant ou à créer et que des implantations différentes peuvent toutefois être admises pour l'adaptation de garage, quand la topographie rend nécessaire une adaptation de leur accès.

11. Il ne ressort pas du plan en coupe (PC03) du dossier de permis de construire qu'une construction est implantée à une distance inférieure à 5 mètres par rapport à la limite de la voie publique. En effet, le mur de soutènement de la rampe d'accès au garage se situe en dessous du terrain naturel et le garde-corps, qui se situe au-dessus de la rampe n'est pas une construction. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 6 du règlement doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme :

12. Mme C doit être regardée comme invoquant la méconnaissance de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme et non l'article L. 121-12 du code de l'urbanisme qui ne concerne pas les espaces proches du rivage.

13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau ". Une opération qu'il est projeté de réaliser en agglomération ou, de manière générale, dans des espaces déjà urbanisés ne peut être regardée comme une " extension de l'urbanisation " au sens de cet article que si elle conduit à étendre ou à renforcer de manière significative l'urbanisation de quartiers périphériques ou si elle modifie de manière importante les caractéristiques d'un quartier, notamment en augmentant sensiblement la densité des constructions. En revanche, la seule réalisation dans un quartier urbain d'un ou plusieurs bâtiments qui est une simple opération de construction ne peut être regardée comme constituant une extension au sens de la loi.

14. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe à environ 900 mètres du lac Léman et est séparé du rivage par des espaces construits et urbanisés. Il n'est pas établi par la seule présence d'un golf que le terrain d'assiette serait en covisibilité avec le littoral. Par suite, le terrain d'assiette du projet ne peut être regardé comme un espace proche du rivage au sens des dispositions citées ci-dessus. En tout état de cause, le projet porte sur la construction de deux bâtiments comportant au total douze logements pour une surface de plancher de 1 023 m2. Le tènement est classé en zone UDc du plan local d'urbanisme prévoyant des règles incitatives à l'habitat intermédiaire (individuel groupé ou petit collectif). Il ressort du plan de situation versé au dossier de permis de construire et de la vue aérienne issue du site Geoportail que le projet se situe dans un espace urbanisé. Compte tenu de cette localisation au sein d'un espace urbanisé et du projet de construction consistant en deux petits collectifs de 12 logements, le projet litigieux, qui n'emporte pas de densification significative doit être regardé comme une simple construction, et ne saurait constituer une extension de l'urbanisation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté 24 septembre 2021.

Sur les frais de justice :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Evian-Les-Bains, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par la requérante sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante les sommes demandées par la commune d'Evian-Les-Bains et par la SAS Mixcité Savoie Léman.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Evian-les-Bains sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la SAS Mixcité Savoie Léman sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la commune d'Evian-les-Bains et à la SAS Mixcité Savoie Léman.

Délibéré après l'audience du 27 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, première conseillère, faisant fonction de présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

E. B

La première conseillère, faisant fonction de présidente,

A. BEDELET

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107939

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