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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108169

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108169

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence d'un an, sur le fondement des stipulations du 5) ou du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

3°) subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet a manqué à son obligation de communiquer les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande, en méconnaissance de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il remplit les conditions prévues par les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer, sur ce fondement, un certificat de résidence ;

- le refus de lui délivrer le titre qu'il a sollicité viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2023, le préfet de l'Isère conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête et, subsidiairement, à son rejet.

Il soutient que :

- il a édicté à l'encontre de M. A le 31 août 2023 une décision explicite portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Heintz, premier conseiller.

Une note en délibéré pour M. A a été enregistrée le 20 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 21 août 1975, est entré en France le 5 février 2013 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 10 juin 2020, il a déposé auprès des services préfectoraux de l'Isère une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Une décision implicite de rejet de sa demande est née le 11 octobre 2020. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Isère a pris le 31 août 2023 un arrêté de rejet de la demande de titre de séjour de M. A. Cette décision, qui a implicitement mais nécessairement retiré la décision implicite initiale, a eu pour effet de se substituer à celle du 11octobre 2020. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre l'arrêté du 31 août 2023 et ne sont, dès lors, pas dépourvues d'objet. Il suit de là que l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de l'Isère doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, M. A ne peut utilement soutenir que préfet aurait manqué à son obligation de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande, dès lors que, ainsi qu'il a été dit, cette décision a été retirée par l'arrêté du 31 août 2023. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ()

5. Si M. A soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne conteste pas, ainsi que le mentionne l'arrêté du 31 août 2023, qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie, vers lequel il peut voyager sans risque. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. M. A se prévaut de sa présence en France depuis huit ans à la date de la décision attaquée, de celle de son épouse et de leurs deux enfants âgées de six et treize ans, ainsi que de son état de santé. Il fait également valoir que l'un de ses enfants est suivi auprès d'un centre médico-psychologique en raison de troubles anxieux. Cependant, le requérant, hormis une lettre de soutien du maire de Vienne, ne se prévaut d'aucune insertion sociale, amicale ou professionnelle qui serait de nature à établir que le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouverait en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A, qui est également ressortissante algérienne, est en situation irrégulière et il n'est pas allégué que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Algérie, pays d'origine de M. A et de son épouse. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8.En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9.La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer M. A de ses deux enfants mineurs. Par ailleurs, il n'est pas allégué que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Algérie, pays d'origine de M. A et de son épouse. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête, ainsi que celles à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Fréry, la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fréry et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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