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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108402

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108402

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 février 2024, la société On Tower France (OTF) et la société Free mobile, représentées par Me Martin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Grenoble s'est opposé aux travaux déclarés par la société OTF le 18 août 2020 en vue de l'installation de trois antennes relais supplémentaires de téléphonie mobile et leurs équipements publics sur le toit terrasse d'un bâtiment sis 1, rue Montorge à Grenoble ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Grenoble de délivrer à la société OTF une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Grenoble une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

-l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

-il méconnait l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 en ce qu'il conduit au retrait illégal d'une décision tacite de non-opposition à travaux ;

-le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme en s'opposant au projet pour des considérations relatives à la salubrité et à la sécurité publiques en ce qui concerne les effets des ondes électro-magnétiques ;

-les dispositions de l'article UC.5.2. du règlement de la zone UA1 du PLUi ont fait l'objet d'une appréciation erronée car le projet est parfaitement intégré au paysage ;

- la substitution de motifs opposée en défense sur le fondement de l'article 4.2.14 du règlement de l'AVAP de Grenoble doit être écartée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 janvier 2024 et 18 mars 2024, la commune de Grenoble, représentée par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés OTF et Free mobile la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle demande au tribunal de procéder au besoin à une substitution de motifs.

Elle soutient que :

-les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés ;

- la décision peut être fondée sur un nouveau motif : l'article 4.2.14 du règlement de l'AVAP de Grenoble qui interdit les relais de radiotéléphonie visibles depuis les voies et espaces publics.

Par ordonnance du 20 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 août 2021, la société On Tower France (OTF), ayant pour domaine d'activité la gestion et l'exploitation de réseaux de télécommunications, a déposé une déclaration de travaux en vue de l'installation de trois nouvelles antennes-relais fixées sur bras rétractables en déport aux angles Nord-Est et Sud-Est de l'édicule à proximité de deux antennes existantes, sur le toit terrasse d'un bâtiment situé 1, rue Montorge à Grenoble. L'immeuble concerné par ce projet étant intégré au sein d'un site patrimonial remarquable, l'architecte des Bâtiments de France a rendu un avis favorable le 10 septembre 2021. Par un arrêté du 13 octobre 2021, la commune de Grenoble a fait opposition à cette déclaration préalable. La société OTF et la société Free mobile, cette dernière ayant signé un contrat de partenariat avec la société OTF afin de déployer son réseau mobile et prévoyant notamment la réalisation d'actes par la société OTF pour son compte, demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la naissance d'une autorisation tacite :

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Aux termes de l'article R. 423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ () ". L'article R. 424-1 du même code dispose : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de non-opposition à déclaration préalable naît au terme du délai imparti, qui n'est pas un délai franc, à l'administration pour l'instruction de la demande en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration dans ce délai ou d'une demande de pièces complémentaires prorogeant le délai d'instruction, sauf à ce que l'administration apporte la preuve soit qu'elle a effectivement posté le pli en temps utile avant l'expiration du délai d'un mois, soit que le délai postal d'acheminement du courrier, recommandé avec accusé de réception, de notification de cette décision, a été anormalement long.

4. La société OTF a déposé un dossier de déclaration préalable le 18 août 2021. Le délai d'instruction d'un mois ayant été majoré d'un mois en application de l'article R. 423-24 précité du code de l'urbanisme, pour permettre la consultation de l'architecte des Bâtiments de France, le maire de la commune de Grenoble disposait d'un délai de deux mois pour notifier une décision expresse d'opposition à déclaration de travaux à la société OTF, soit jusqu'au lundi 18 octobre 2021 à minuit.

5. En l'espèce, l'arrêté d'opposition à déclaration préalable litigieux, signé le mercredi 13 octobre 2021, n'a été notifié à son destinataire que le 22 octobre 2021, soit après l'expiration du délai de deux mois précité. Toutefois, la commune de Grenoble établit en défense que le pli contenant son arrêté a été pris en charge par les services postaux dès le lendemain de l'édiction de ce dernier, le jeudi 14 octobre 2021, soit en temps utile pour parvenir, dans des conditions normales d'acheminement du courrier, à son destinataire avant l'expiration du délai d'instruction de deux mois. En l'espèce, celle-ci est fondée à soutenir que le délai de neuf jours observé par les services postaux pour distribuer son courrier recommandé est anormalement long. Par suite, la société OTF ne pouvant être regardée comme titulaire d'une autorisation tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 18 octobre 2021, le moyen, tiré de la méconnaissance de l'article 222 de loi du 23 novembre 2018 doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les motifs de refus opposés :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

7. Contrairement à ce que les sociétés requérantes soutiennent, le maire est compétent pour appliquer les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en matière d'antennes-relais de téléphonie mobile, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il existe une police spéciale en matière de communications électroniques confiée à l'Etat.

8. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que la commune de Grenoble a fait application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dans l'attente des conclusions de l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSE). Or, la commune de Grenoble ne pouvait légalement se fonder sur l'impossibilité en découlant de porter une appréciation sur les risques d'exposition aux champs électromagnétiques du projet, pour s'opposer à la déclaration préalable. Par ailleurs, la commune de Grenoble ne verse au dossier aucune pièce permettant d'établir l'existence de risques sur la santé humaine résultant des effets des champs électromagnétiques provoqués par la pose d'antennes-relais de téléphonie mobile devant servir au déploiement du réseau 5G. Par suite, en l'absence de risque avéré pour la salubrité ou la sécurité publique, la commune de Grenoble ne pouvait ainsi se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour s'opposer à la déclaration préalable.

9. En second lieu, aux termes de l'article 5.2 du règlement de la zone UA1 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Grenoble Alpes Métropole : " () L'implantation des antennes d'émission ou de réception, de leurs accessoires d'exploitation et de maintenance et de leurs équipements techniques doit être assurée en recherchant la meilleure intégration possible au regard de l'architecture du bâtiment et des vues depuis l'espace public. Lorsqu'ils sont implantés en partie supérieure des bâtiments, ils doivent être situées en retrait des façades ".

10. En l'espèce, si le quartier où se situe le projet est intégré au sein d'un site patrimonial remarquable, il s'agit d'un immeuble particulièrement haut, de sorte que les trois nouvelles antennes, implantées légèrement en retrait des façades, seront peu visibles depuis l'espace public. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que ce second motif est illégal.

11. Ainsi, aucun des deux motifs de l'arrêté attaqué ne pouvait légalement justifier l'arrêté d'opposition préalable en litige.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, le moyen tiré du vice d'incompétence présenté à l'appui de leur requête par la société OTF et la société Free mobile n'est pas de nature à fonder l'annulation de l'arrêté qu'elles contestent.

En ce qui concerne la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Grenoble :

13. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

14. Aux termes de l'article 4.2.14 du règlement du site patrimonial remarquable dont fait partie l'immeuble sur le toit duquel les antennes doivent être implantées : " Dans le périmètre du SPR, les relais de radiotéléphonie mobile sont soumis, selon leurs dimensions, soit à autorisation spéciale de travaux, en cas de travaux sur le domaine public, soit à déclaration préalable. / Ces dispositifs seront intégrés à l'intérieur des volumes et s'inséreront dans les plans de façades ou de toitures, sans saillie prononcée par rapport à ces plans, en imitant les couleurs et la matière du support. / Les relais de radiotéléphonie et leurs alimentations, visibles depuis les voies et les espaces publics sont interdits, à plus forte raison quand leur présence risque d'impacter des perspectives (vues sur massifs, percées visuelles sur des axes, sur des compositions urbaines, sur des édifices de qualité, ) ".

15. Il ressort des pièces du dossier que les antennes relais en litige, non dissimulées à l'intérieur du volume de l'immeuble, seront visibles depuis les voies et espaces publics. Ainsi, le motif tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 4.2.14 du règlement du site patrimonial remarquable était de nature à fonder légalement un refus et il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Grenoble aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Dès lors que les sociétés requérantes n'ont pas été privées d'une garantie procédurale, il y a lieu de faire droit à la substitution de motifs demandée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les sociétés OTF et Free mobile doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions accessoires à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais de l'instance :

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les sociétés OTF et Free mobile doivent dès lors être rejetées.

18. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, de mettre à leur charge le versement à la commune de Grenoble d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés OTF et Free mobile est rejetée.

Article 2 :Les sociétés OTF et Free mobile verseront 1 500 euros à la commune de Grenoble en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société On Tower France (OTF) en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey

Le président,

P. Thierry La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21084022

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