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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108537

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108537

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 du maire de la commune de Voiron portant retrait de l'autorisation de réaliser une division de son terrain accordée tacitement le 28 juillet 2021 et opposant un sursis à statuer d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Voiron de lui délivrer un certificat de non-opposition à son projet de division, en application de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Voiron une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- à titre principal :

o l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

o la décision de non-opposition à déclaration préalable a été retirée selon une procédure dont le caractère contradictoire a été méconnu ;

- à titre subsidiaire :

o la décision implicite d'acceptation née le 28 septembre 2021 n'est pas illégale dans la mesure où la division de son terrain n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreux l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;

o les orientations générales du PADD du PLU de la commune en cours de révision, débattues en conseil municipal le 21 juillet 2021, ne sont pas suffisamment précises pour fonder légalement un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, la commune de Voiron, représentée par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

La commune de Voiron fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Lamouille, représentant la commune de Voiron.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité, le 28 juin 2021, une autorisation de réaliser une division de son terrain, d'une superficie totale de 525 mètres carrés, composé des parcelles cadastrées BI 0080 et BI 0313, situé 13, boulevard du Guillon sur le territoire de la commune de Voiron. L'absence de réponse à sa demande dans le délai d'instruction d'un mois a fait naître une décision implicite d'acceptation le 28 juillet 2021. Après engagement d'une procédure contradictoire et dans le délai de trois mois suivant cette décision, le maire de la commune de Voiron a retiré l'autorisation implicite dont M. B était bénéficiaire et a opposé un sursis à statuer d'une durée de deux ans à compter de la date d'autorisation tacite par un arrêté signé le 21 octobre 2021. Le 29 octobre 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté du 21 octobre 2021. Le maire de la commune de Voiron a rejeté son recours gracieux par un courrier du 26 novembre 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la procédure contradictoire préalable au retrait :

2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation, conformément à l'article L. 103-3. () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables. ".

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ". L'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationale ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". En vertu de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. " La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire.

4. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire de la décision de non-opposition à déclaration préalable que l'autorité administrative entend retirer. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre cette décision de manière à éviter que le bénéficiaire de la décision de non-opposition à déclaration préalable ne soit privé de cette garantie.

5. Par un courrier signé le 28 septembre 2021, le maire de la commune de Voiron a informé M. B qu'il envisageait de retirer la décision tacite de non-opposition née le 28 juillet 2021 et lui a laissé un délai de quinze jours, à compter de la réception de cette lettre, pour présenter ses observations. Ce courrier a été remis aux services postaux le 7 octobre 2021, puis notifié à M. B le 11 octobre 2021. M. B pouvait ainsi présenter ses observations jusqu'au 25 octobre 2021. Pour autant, le maire a retiré sa décision le 21 octobre 2021 sans attendre l'expiration du délai de quinze jours et son arrêté a été notifié à l'intéressé le 25 octobre 2021.

6. M. B, n'a ainsi pas disposé du délai de quinze jours prévu pour présenter ses observations à compter de la réception du courrier du 28 septembre 2021, ce qui a été de nature à le priver d'une garantie. Dans ces circonstances, il est fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure du fait de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 précité du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête soulevés à titre subsidiaire, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 21 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

9. Le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Voiron délivre à M. B le certificat mentionné par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante, le versement à la commune de Voiron de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Voiron le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune du Voiron du 21 octobre 2021 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune de Voiron de délivrer à M. B le certificat mentionné par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Article 3 La commune de Voiron versera la somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Voiron.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey Le président,

P. Thierry

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21085372

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