jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2108570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | NEKAA ALLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, M. C D, représenté par Me Allard, demande au tribunal :
1°) de déclarer sa requête recevable et avant dire droit d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui communiquer la décision référencée 48SI du 23 décembre 2010 ;
2°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux concernant la décision 48SI du 23 décembre 2010 ;
3°) d'annuler la décision 48SI du 23 décembre 2010 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retraits de points imputés à son permis de conduire ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points ;
5°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'effacer les données personnelles le concernant contenues depuis plus de 10 ans dans le système national des permis de conduire ;
6°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que:
- sa requête est recevable en application de :
* l'article R. 412-1 du code justice administrative dès lors qu'il ne peut produire la décision attaquée dont il n'a pas eu notification ;
* des articles L. 311-1 et L. 311-3 du code des relations entre le public et l'administration sur la communication des documents administratifs ;
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 211-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qui garantissent le droit d'être informé des motifs d'une décision défavorable et le droit de présenter ses observations contre cette décision ;
- la décision 48SI du 23 décembre 2010 méconnaît l'obligation d'information préalable obligatoire aux retraits de points en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- son permis de conduire belge est valide sur le territoire français en application de l'article 2 de la directive 2006/126/CE ;
- son permis de conduire français était valide en 2010 dès lors qu'il a obtenu son échange contre un permis belge en 2006 soit quatre ans auparavant ;
- la décision du 5 novembre 2021 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisqu'il n'a jamais eu notification de la décision 48SI en litige ;
- son droit d'accès aux données enregistrées dans le système national des permis de conduire n'a pas été respecté et méconnaît l'article 49 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ainsi que l'article 15 du règlement UE 2016/679 du 27 avril 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire au rejet de l'ensemble de ses conclusions.
Il soutient que :
- à titre principal la requête est irrecevable car tardive puisque la notification de la décision 48SI le 23 décembre 2010 est prouvée par le relevé d'information intégral et que cette décision comportait les voies et délais de recours ;
- à titre subsidiaire que :
* les retraits de points et la décision 48SI ont été notifiés au requérant ;
* le moyen tiré du défaut de motivation des retraits de points est inopérant et manque en fait ;
* les décisions de retraits de points ne relèvent pas de la procédure contradictoire en application de l'article L. 223-1 ;
* le paiement d'amendes forfaitaires implique que l'information obligatoire a été assurée pour les infractions concernées ; les autres infractions relevées par procès-verbal et ayant donné lieu à un titre exécutoire majorant l'amende forfaitaire ont été suivies de l'information requise avant retrait de points ;
* le permis belge du requérant ne peut exister en application de l'article 4.2 de l'arrêté du 8 février 1999 concernant les permis européens de conduire ;
* le requérant n'a pas été privé d'un droit d'accès à ses données personnelles et le relevé d'information intégral du permis de conduire français est produit à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont e´te´ entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de la magistrate désignée,
- les observations de Me Bouvier substituant Me Allard.
Le ministre de l'intérieur n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, né le 8 mai 1973 à Malines en Belgique, d'abord titulaire d'un titre de conduite français, a obtenu le 17 mai 2006 un permis de conduire des autorités belges en échange de son permis de conduire français. De retour en France en 2020, il a déposé le 6 octobre 2021 une demande d'échange de permis de conduire belge contre un permis de conduire français qui lui a été refusée le 22 novembre 2021 au motif que son permis de conduire français n'est plus valide suite au constat d'un solde nul de points par décision du ministre de l'intérieur, référencée 48SI du 23 décembre 2010. M. D demande l'annulation de la décision référencée 48SI du 23 décembre 2010 sans la produire au motif qu'il n'en aurait jamais eu notification.
Sur la fin de non recevoir opposée par l'administration à la requête :
2. Selon l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". L'administration fait valoir que les mentions probantes du relevé d'information intégral concernant le requérant indiquent : " Accusé de réception d'une lettre 48SI " et " accusé de réception n°2C 0404 5621 954 du 23/12/2010 (A/R ) ". Toutefois le requérant produit à l'instance un document, traduit en français, émanant des autorités de la ville belge de Aalst, attestant que M. D avait son adresse dans cette ville depuis le 5 avril 2006 et depuis le 14 octobre 2014 avait une adresse au Maroc. Le requérant produit en outre des extraits de son livret de famille qui indiquent la naissance de deux enfants à A en 2012 et à Livry-Gargan en 2013 ainsi qu'un acte de mariage en 2013 à Bruxelles. Enfin le requérant produit à l'instance sa demande du 15 juillet 2020 afin d'obtenir son relevé d'information intégral de conducteur et la réponse du 21 juillet 2020 refusant la transmission de son relevé par l'administration française, au motif qu'il a un permis de conduire belge.
3. L'administration, destinataire de ces informations issues de la requête, n'a cependant pas produit l'avis de réception rose qu'elle aurait reçu et qui comporterait le numéro d'AR cité au point 2, ni précisé à quelle adresse le pli de la décision 48SI a été expédié. Dans ces conditions la décision, datée du 5 novembre 2021 et réceptionnée au ministère de l'intérieur le 29 octobre 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur ne donne pas une suite favorable aux demandes de M. D concernant la décision 48SI qui lui aurait été notifiée le 23 décembre 2010, constitue une décision défavorable susceptible de recours. La requête enregistrée le 16 décembre 2021 contre cette décision est en conséquence recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI de 2010 :
4. Il ressort du relevé d'information intégral de M. D, daté du 10 janvier 2022 et produit par le ministre de l'intérieur au soutien de son mémoire en défense, qu'à la date d'obtention du permis belge le 17 mai 2006, le permis français du requérant avait perdu neuf points et présentait un solde de trois points. Ce relevé mentionne en outre, après obtention du permis de conduire belge, trois infractions commises en 2010 sur le territoire français qui ont donné lieu aux retraits de quatre points. C'est dans ces conditions que la décision référencée 48SI du 23 décembre 2010 est intervenue suite à l'infraction commise le 6 juillet 2010.
Sur le moyen tiré de l'absence d'information obligatoire et préalable aux retraits de points :
5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.
Concernant les infractions commises les 17 mars 2007, 5 mars 2010, 14 mars 2010 et 6 juillet 2010 :
6. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé les amendes forfaitaires relatives à ces quatre infractions. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu les avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite de ces infractions auraient été prises au terme de procédures irrégulières.
Concernant les infractions commises les 1er octobre 2003, 2 septembre 2003 et 9 mai 2005 :
7. Il résulte du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. D que ces trois infractions ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Si ces mentions établissent la réalité des infractions en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, elles ne permettent pas d'établir que le requérant ait reçu les avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route. Si le ministre fait valoir que l'intéressé a, pour ces infractions, était intercepté au volant d'un véhicule et a fait l'objet de procès-verbaux comportant les informations requises, il ne l'établit pas en se bornant à produire un spécimen d'imprimé CERFA. En conséquence, à défaut pour le ministre, à qui incombe la charge de la preuve, de produire les procès-verbaux afférents à ces infractions ou des attestations de situation du trésorier principal du contrôle automatisé permettant d'établir que le contrevenant se serait acquitté des amendes forfaitaires majorées et aurait en conséquence nécessairement eu connaissance de ces titres exécutoires, M. D doit être regardé comme ayant été privé d'une garantie, et est fondé à soutenir que les décisions de retrait d'un total de huit points consécutives à ces infractions sont intervenues au terme de procédures irrégulières.
8. Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il résulte de ce qui précède que les décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 1er octobre 2003, 2 septembre 2003 et 9 mai 2005 doivent être annulées et que par voie de conséquence, la décision 48SI du 23 décembre 2010 et la décision du 5 novembre 2021 rejetant le recours gracieux formé contre la décision 48SI, doivent être annulées aussi.
Sur les conclusions avant dire droit à fin d'injonction de communication de la décision 48SI :
9. La saisine pour avis de la commission d'accès aux documents administratifs, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. En tout état de cause, ces conclusions relevant d'un autre litige sont irrecevables et doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions concernant les données personnelles contenues dans le système national du permis de conduire :
10. M. D demande d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'effacer les données personnelles le concernant contenues depuis plus de 10 ans dans le système national des permis de conduire. Ces conclusions relevant d'un autre litige sont irrecevables et doivent par suite être rejetées.
Sur les autres conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard aux motifs des points 7 et 8 du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique nécessairement, la restitution au capital de points affectés au permis de conduire de M. D des huit points retirés à la suite des infractions citées au point 7. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces points dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de retrait de huit points sur le permis de conduire français de M. D pour les infractions des 1er octobre 2003, 2 septembre 2003 et 9 mai 2005 et la décision référencée 48SI du 23 décembre 2010 concernant le même permis de conduire, sont annulées.
Article 2 : La décision du ministère de l'intérieur en date du 5 novembre 2021 est annulée en ce qui concerne la décision 48SI.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir ces huit points dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et de réexaminer, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
La magistrate désignée,
D. BLe greffier,
V. Barnier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026