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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108629

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108629

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2021 et 14 décembre 2023, M. B, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle la société Orange a prononcé à son encontre une mesure d'exclusion temporaire de 12 mois assortie d'un sursis de 9 mois ;

2°) d'enjoindre à la société Orange de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux et de supprimer le dossier disciplinaire de son dossier administratif personnel ;

3°) de mettre à la charge de la société Orange une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus : il est fait état dans la procédure devant le conseil de discipline de courriers et entretiens anciens et décontextualisés, sans lien avec l'affaire en litige ;

- la décision est entachée d'une erreur de qualification des faits : aucun propos ou écrit humiliant, offensant ou intimidant ne peut lui être reproché et les faits de harcèlement évoqués ont tous été à l'initiative de Mme D, sur laquelle il n'avait aucun pouvoir hiérarchique ; même si le terme n'est pas cité, ce sont en réalité des faits de harcèlement sexuel qui lui sont reprochés, alors qu'il n'a jamais eu ni mot ni geste déplacé ;

- la sanction est disproportionnée : il est la victime d'une relation toxique, qu'il appartenait à Orange de gérer et il ne peut lui être reproché d'avoir voulu cacher la vraie personnalité de sa collègue pour la protéger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la société Orange conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. B une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et en particulier que :

- elle était en droit de faire référence à un courrier du 9 juillet 2018, qui fait partie du dossier administratif et disciplinaire de M. B même si ce précédent n'a pas donné lieu à une sanction, dès lors qu'il a été soumis au contradictoire et ne constitue pas le motif de la sanction ;

- la décision est assortie de faits précis et le contexte a bien été pris en compte, ce qu'établit la réduction de la durée de la sanction initialement prévue ;

- malgré la circonstance que le comportement de Mme D puisse également expliquer la dérive de leur relation, les faits reprochés à M. B sont établis et demeurent graves et fautifs ;

- la sanction est justifiée par la teneur des échanges et l'attitude de M. B.

Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2024.

Un mémoire présenté pour la société Orange a été enregistré le 8 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Callot, rapporteur,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Salmon, représentant M. B, et de Me Delay, représentant la société Orange.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur B, fonctionnaire depuis 1985 au sein de l'entreprise devenue Orange, exerce depuis 2008 les fonctions de pilote de flux et d'approvisionnement au sein de l'unité d'intervention Rhône Alpes Auvergne située à Chambéry. Le 19 octobre 2021, une sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée de 12 mois assortie de 9 mois de sursis a été prononcée à son encontre. M. B demande l'annulation de cette décision et la régularisation de sa situation administrative.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 19 de la loi n° 83-364 précitée alors en vigueur : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. "

3. M. B conteste la mention dans la décision de sanction d'un entretien et d'un courrier datant de 2018, relatifs à des faits qui n'ont pas fait l'objet d'une sanction à l'époque. Toutefois, ces faits sont uniquement mentionnés comme des éléments de contexte pour éclairer la personnalité de M. B et le processus ayant conduit aux faits qui lui sont reprochés et non comme une faute fondant la sanction. Par ailleurs, il est constant qu'il avait eu préalablement connaissance de l'ensemble des documents relatifs aux faits sanctionnés lors de l'examen de son dossier et pouvait donc contester leur utilisation devant le conseil de discipline. Le moyen tiré de l'atteinte aux droits de la défense doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, il est établi que M. B a, dans plusieurs courriels, envoyés depuis sa boîte professionnelle et pendant les horaires de travail, notamment les 1er octobre 2020, 29 décembre 2020, 21 janvier 2021 et 19 mars 2021, tenu des propos humiliants et offensants pour Mme D, comprenant notamment des allusions intrusives sur sa vie intime et une image à caractère pornographique. Face au refus de sa collègue de répondre à ses messages et à ses invitations à participer à des activités extra-professionnelles, le requérant s'est d'abord montré insistant puis a tenu des propos insultants remettant en cause les qualités professionnelles de Mme D, y compris après que celle-ci a fait part de son souhait que ces échanges cessent. Le fait que la plainte déposée par Mme D pour harcèlement sexuel a été classée sans suite ou que celle-ci a été mise en cause pour une dénonciation calomnieuse, ne remet pas en cause la matérialité des faits ainsi établie. Par suite, l'employeur a pu retenir sans erreur que ces propos répétés, qui ont dépassé le cadre professionnel et été de nature à créer un environnement hostile, caractérisaient une faute disciplinaire.

5. En dernier lieu, n'est pas de nature à justifier le comportement de M. B, le fait que le service a été très désorganisé à cette période ou que la hiérarchie aurait pu intervenir plus tôt. Par ailleurs, en assortissant la sanction prononcée d'un large sursis, Orange a dûment tenu compte, d'une part, du fait que les appréciations professionnelles du requérant ont toujours été élogieuses et, d'autre part, de ce que Mme D a également pu avoir initialement un comportement déplacé à l'égard M. B. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire serait disproportionnée.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés en cours d'instance par la société Orange et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la société Orange la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la société Orange.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Callot et M. A, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

A. Callot

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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