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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108798

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108798

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 décembre 2021, le 4 janvier 2022 et le 22 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Savoie a rejeté son recours en vue d'une offre de logement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas signée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne prouve pas la composition régulière de la commission de médiation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commission de médiation ne pouvait rejeter sa demande sur le motif tiré de l'existence d'un suivi de sa situation par le SIAO74 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car elle est dans une situation de grande précarité.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Martin, représentant Mme A.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 juillet 2021, Mme A a présenté un recours devant la commission de médiation de la Haute-Savoie en vue de faire reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Par une décision du 21 octobre 2021, la commission de médiation a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour rejeter le recours de Mme A, la commission de médiation se fonde sur trois motifs. Elle expose que Mme A " n'apporte pas la preuve d'évènements indépendants de sa volonté pouvant expliquer la situation qui motive son recours ", qu'elle " n'apporte pas toutes les garanties quant à sa capacité à accéder et à se maintenir dans un logement autonome " et que " le service intégré d'accueil et d'orientation de la Haute-Savoie préconise la nécessité de mener à terme l'accompagnement actuellement en cours avec le service logement " la Passerelle " afin de définir le projet du parcours résidentiel et les besoins en matière d'accompagnement ".

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () ".

4. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire.

6. Il résulte également de ces dispositions que l'absence de capacité du demandeur d'accéder et de se maintenir dans un logement n'est pas au nombre des critères justifiant le refus de la commission de médiation. Il appartient dans cette hypothèse à la commission de faire procéder à une évaluation sociale du demandeur, puis, le cas échéant, de l'orienter vers un hébergement. Ainsi, la commission de médiation de la Haute-Savoie ne pouvait rejeter la demande de Mme A au motif qu'elle n'apportait pas suffisamment de garanties quant à sa capacité à accéder à se maintenir dans un logement. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

7. En deuxième lieu, la commission révèle que Mme A réside depuis dix-huit mois en résidence ADOMA. Elle remplit donc l'un des critères fixés par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation précité. La circonstance que le SIAO 74 préconise de mener à terme l'accompagnement actuel dont bénéficie Mme A, n'est pas au nombre des motifs de rejet permettant à la commission d'écarter le caractère prioritaire et urgent d'une demande de logement dès lors que la situation du demandeur répond à l'un des critères énoncés par la loi. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

8. En dernier lieu, en rejetant la demande de Mme A au motif qu'elle n'apporte pas la preuve d'éléments indépendants de sa volonté permettant d'expliquer la situation qui motive son recours, la commission doit être regardée comme ayant rejeté la demande de l'intéressée pour le motif tiré de sa mauvaise foi dès lors qu'elle considère qu'elle s'est mise délibérément dans cette situation. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si Mme A a contracté une dette auprès de son ancien bailleur situé à Nice pour ne pas avoir pris en charge des travaux, l'intéressée a été reconnue prioritaire par la commission de médiation de l'Ain mais n'a pu bénéficier d'un logement car elle n'a pas pu obtenir de nouvelle assurance. Elle a alors été contrainte de solliciter un hébergement dans une résidence sociale. Afin de pallier à cette situation et de lui permettre de retrouver un logement et de bénéficier d'une assurance, Mme A suit depuis juillet 2021 un processus d'accompagnement vers le logement et suit un parcours de formation auprès de Pôle emploi depuis juin 2021. Ainsi, ces démarches démontrent la volonté de Mme A de sortir de sa situation de précarité et, dès lors, elle ne peut être regardée comme étant de mauvaise foi. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

9. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 21 octobre 2021 doit être annulée.

Sur l'injonction :

10. Eu égard aux motifs de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer la demande de logement présentée par Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 21 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Haute-Savoie de réexaminer la demande de logement de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Martin une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Martin et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le président,

J-P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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