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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200164

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200164

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPERDRIX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté les recours en excès de pouvoir visant à annuler un permis de construire initial et un permis modificatif délivrés à une SCI. Le tribunal a jugé que le requérant justifiait d'un intérêt à agir et que sa requête était recevable, mais a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à une prétendue fraude et au non-respect du règlement du PLU, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2200164 les 12 janvier 2022, 4 juillet 2022 et 22 mars 2024, M. A... B..., représenté par Me Perdrix, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 18 août 2021 par lequel le maire de la commune de Villarembert a délivré un permis de construire à la SCI Chalet l’Orra ainsi que la décision du 15 novembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Villarembert et de la SCI Chalet l’Orra la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
il justifie d’un intérêt à agir au regard des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
il justifie avoir notifié la requête conformément aux dispositions de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
le permis de construire a été obtenu au moyen de manœuvres frauduleuses dès lors que le plan de masse indique une fausse implantation de la borne incendie afin d’augmenter la largeur de l’accès au projet et qu’une partie des parcelles identifiées comme constituant le terrain d’assiette du projet ne sont pas identifiées dans les plans de situation et cadastral ;
le dossier de demande de permis est insuffisant au regard des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l’urbanisme ;
le permis attaqué méconnaît les dispositions de l’article U3 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Villarembert ;
il méconnaît les dispositions de l’article U7 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article U10 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article U12 du même règlement.

Par des mémoires enregistrés les 22 mars 2022, 27 juillet 2023 et 24 avril 2024, la SCI Chalet l’Orra, représentée par Me Sénégas, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que soit fait application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 mars 2022, 10 août 2022 et 14 novembre 2023, la commune de Villarembert, représentée par Me Delzanno, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que soit fait application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
le requérant ne justifie pas d’un intérêt à agir au regard des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
la requête est irrecevable dès lors qu’il n’est pas justifié de l’accomplissement de la formalité prévue à l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
aucun des moyens soulevés n’est fondé.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2303687 les 9 juin 2023 et 25 mars 2024, M. A... B..., représenté par Me Perdrix, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Villarembert a délivré un permis de construire modificatif à la SCI Chalet l’Orra ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Villarembert et de la SCI Chalet l’Orra la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
il justifie d’un intérêt à agir au regard des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
le permis de construire initial a été obtenu au moyen de manœuvres frauduleuses qui ne pouvait pas être régularisées par un permis de construire modificatif ; une partie des parcelles identifiées comme constituant le terrain d’assiette du projet ne sont pas identifiées dans les plans de situation et cadastral ;
le dossier de demande de permis est insuffisant au regard des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l’urbanisme ;
le permis attaqué méconnaît les dispositions de l’article U3 du règlement du plan local d’urbanisme ;
il méconnaît les dispositions de l’article U7 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article U10 du même règlement ;
il méconnaît les dispositions de l’article U12 du même règlement.

Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2023, la SCI Chalet l’Orra, représentée par Me Sénégas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 600 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, la commune de Villarembert, représentée par Me Delzanno, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que soit fait application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme André,
les conclusions de Mme D...,
les observations de Me Delzanno pour la commune de Villarembert et celles de Me Lenne-Lacombe pour la SCI Chalet l’Orra.

Considérant ce qui suit :

Par arrêté du 18 août 2021, le maire de la commune de Villarembert a délivré à la SCI Chalet l’Orra un permis de construire portant sur l’édification d’un chalet d’une surface de plancher de 270 m² avec garage. M. B... a formé un recours gracieux à l’encontre de cet arrêté, qui a été rejeté le 15 novembre 2021. La société pétitionnaire a obtenu un permis de construire modificatif le 15 mars 2023 pour rectifier une erreur relative à l’emplacement d’une borne incendie, clarifier le nombre de places de stationnement, supprimer les aménagements paysagers incluant l’enrochement et diminuer la longueur de l’escalier d’accès en façade nord. Le requérant sollicite l’annulation de ces trois décisions.

Les requêtes n° 2200164 et n° 2303687 sont dirigées contre un permis de construire et son modificatif. Elles ont fait une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la fraude :

La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l’administration sur la réalité du projet dans le but d’échapper à l’application d’une règle d’urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s’étant livré à l’occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l’administration.

En premier lieu, si le plan de masse de la demande de permis de construire initial indique une implantation erronée de la borne incendie en limite du terrain d’assiette du projet, le plan de division de bornage et l’insertion en trois dimensions matérialisent sa position correcte, qui n’est pas de nature à gêner la circulation et l’accès à la construction projetée. Dans ces conditions, la SCI Chalet l’Orra ne peut être regardée comme s’étant intentionnellement livrée à une manœuvre visant à tromper l’administration. En outre, le plan de masse contenu dans le dossier de demande du permis de construire modificatif a rectifié l’erreur matérielle commise.

En second lieu, le requérant affirme que les parcelles cadastrées section B n° 2523, 2524, 2527 et 2528, mentionnées dans le formulaire CERFA de demande de permis comme constituant le terrain d’assiette du projet, n’existent pas. S’il produit, au soutien de ses allégations, un plan cadastral ne mentionnant pas les numéros de parcelles indiqués par la SCI pétitionnaire, le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de division et de bornage qui explicite que les parcelles litigieuses ont été renumérotées. En outre, si le plan de situation contenu dans les dossiers de demande de permis n’indique pas les numéros de l’ensemble des parcelles constituant le terrain d’assiette du projet, il identifie leur périmètre précisément. Dans ces conditions, la SCI Chalet l’Orra ne peut être regardée comme s’étant livrée à une manœuvre pour tromper les services instructeurs quant au périmètre du terrain d’assiette du projet.

Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que les permis de construire initial et modificatif ont été obtenus par fraude.

En ce qui concerne la complétude des dossiers de demandes de permis :

La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l’ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l’urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n’est susceptible d’entacher d’illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l’appréciation portée par l’autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

La notice architecturale et les documents graphiques, complétés par les différents plans composant les dossiers de demandes de permis de construire initial et modificatif, localisent le terrain d’assiette du projet et décrivent son état actuel et, notamment, l’absence de construction et d’arbres, ainsi que son environnement bâti et paysager. Contrairement à ce que soutient le requérant, les points et angles de prises de vue sont bien indiqués sur les documents graphiques. Ces mêmes documents précisent la configuration du projet. Ils permettent d’apprécier les volumes et les matériaux retenus ainsi que les teintes utilisées. Ils identifient et matérialisent l’accès au terrain d’assiette du projet et à la construction. Ils explicitent le traitement paysager des abords de la construction en précisant qu’en dehors des accès et de la construction, ils resteront enherbés. Enfin, ils permettent d’apprécier l’insertion du projet contesté dans son environnement. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l’urbanisme doivent être écartés.

En ce qui concerne l’accès et la desserte :

Aux termes de l’article U3 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert : « Accès (…) 3. Les accès doivent être adaptés à l’opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. Toute opération doit prendre le minimum d’accès sur la voie publique. Ils doivent permettre de satisfaire aux exigences de sécurité, de la défense contre l’incendie et du déneigement. Voiries nouvelles / 1. Les voies privées et publiques doivent avoir des caractéristiques adaptées à l’approche du matériel de lutte contre l’incendie et du déneigement ».

Les voies privées ou publiques auxquelles s’appliquent ces dispositions sont les voies d’accès au terrain d’assiette du projet et non les voies internes. Le requérant ne peut ainsi utilement invoquer l’étroitesse de la voie interne du projet. En tout état de cause, il ressort du plan de masse du permis de construire modificatif, que la voie interne du projet, qui présente une largeur comprise entre 2,90 mètres et 5,10 mètres, permet le passage des véhicules, y compris de secours et de lutte contre l’incendie. En outre, le terrain d’assiette du projet est desservi par la rue du Saut qui dessert déjà plusieurs constructions et permet la circulation des véhicules, y compris de secours et de lutte contre l’incendie. Enfin, l’accès, d’une largeur de 5,1 mètres, présente une vue dégagée et permet une insertion sécurisée dans la circulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article U3 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert doit être écarté.

En ce qui concerne les règles de prospect :

Aux termes de l’article U7 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert : « (…) Dans les secteurs Ub et Uc : 1. Les constructions principales s’implanteront à 3 mètres au minimum de la limite séparative (…). Une tolérance de 1 mètre est admise pour les débords de toiture, les balcons… (…) / 3. Dans la zone de prospect, la construction est possible sous réserve : - que la hauteur maximale de la construction dans le prospect soit inférieure ou égale (…) à 4,50 mètres en zone Uc. Dans le cas d’une toiture terrasse, le garde-corps n’est pas pris en compte dans les (…) 4,50 mètres et - que la longueur de chaque façade (y compris débords de toiture de part et d’autre) bordant la limite soit inférieure ou égale à 10 mètres. (…) ».

En premier lieu, la partie du garage projetée à moins de trois mètres de la limite séparative sud, présente une hauteur limitée à 2,30 mètres et une longueur de 6,30 mètres, conformément au troisième alinéa des dispositions citées au point précédent.

En deuxième lieu, si la partie de la construction projetée à moins de trois mètres de la limite séparative nord présente, en tout point, une hauteur inférieure à 4,50 mètres, elle présentait initialement une longueur supérieure à 10 mètres. Toutefois, l’implantation de l’escalier extérieur a été décalée par le permis de construire modificatif pour réduire la longueur de la façade à 9,5 mètres. Ainsi, le vice affectant le permis initial a été régularisé.

En dernier lieu, la partie du garage semi-enterré et surmonté d’une terrasse, projetée à moins de trois mètres de la limite séparative ouest, présente une hauteur, calculée par rapport au terrain naturel, inférieure à 4,5 mètres. En outre, elle ne peut être regardée comme présentant une quelconque façade. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’elle méconnaît les dispositions de l’article U7 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert.

En ce qui concerne la hauteur :

Aux termes de l’article U10 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert : « 1. Dispositions générales / La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel existant avant travaux en cas de remblais et à partir du sol après travaux en cas de déblais. / Dans le cas d’une construction présentant plusieurs volumes étagés dans la pente, la hauteur se mesure pour chaque volume. / (…) En secteur Uc : La hauteur au faîtage ou au point le plus haut de la construction ne doit pas excéder 9 mètres (…) ».

Contrairement à ce que soutient le requérant, la hauteur au faîtage de la construction litigieuse ne dépasse pas les 9 mètres autorisés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article U10 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert doit être écarté.

En ce qui concerne les stationnements :

Aux termes de l’article U12 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert : « (…) 2. Il est exigé : - pour les constructions à usage d’habitation, (…) au minimum 1 place par tranche commencée de 50 m² de surface de plancher, avec un minimum de deux places par logement, dans tous les [secteurs autres que Ux]. (…) ».

Le projet litigieux, qui crée une surface de plancher de 270,20 m², nécessite six places de stationnement. Le dossier de demande de permis de construire modificatif prévoit la réalisation de ces six places de stationnement. La seule circonstance que deux places soient commandées n’est pas de nature à empêcher leur utilisation effective dès lors qu’elles sont affectées au même logement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article U12 du règlement du plan local d’urbanisme de Villarembert doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir, que les conclusions présentées par M. B... tendant à l’annulation de l’arrêté du 18 août 2021, de la décision du 15 novembre 2021 et de l’arrêté du 15 mars 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villarembert et de la SCI Chalet l’Orra, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du requérant une quelconque somme au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er :
Les requêtes de M. B... sont rejetées.

Article 2 :
Les conclusions présentées par la commune de Villarembert et la SCI Chalet l’Orra au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la commune de Villarembert et à la SCI Chalet l’Orra.



Délibéré après l’audience du 10 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme André, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


La rapporteure,

V. André
La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

M. C...




La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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