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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200211

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200211

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCAYUELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier et 16 novembre 2022, M. B, représenté par Me Cayuela, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Vienne l'a placé en disponibilité d'office du 1er avril 2020 jusqu'à son admission à la retraite ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la commune a commis des fautes suite à ses différents accidents de travail et ne l'a pas affecté sur un poste aménagé à son état de santé ;

- il est inapte à ses fonctions mais avec une possibilité de reclassement et sa demande de reclassement est restée sans réponse ;

- la commune ne l'a pas invité à présenter une demande de reclassement avant de le placer en disponibilité d'office pour raison de santé ;

- la commune ne justifie pas avoir loyalement et sérieusement tenté de le reclasser sur un autre poste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, la commune de Vienne, représentée par Me Verne, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que la requête est tardive et conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 27 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 17 novembre 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 18 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2021.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Benyahia, représentant la commune de Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique employé par la commune de Vienne, a été victime le 24 janvier 2018 d'un accident reconnu imputable au service et pris en charge à ce titre jusqu'au 17 mai 2018. A compter du 18 mai 2018, il a été placé en congé de maladie ordinaire. A l'expiration de ses droits statutaires à congé maladie, il a été placé en disponibilité d'office pour une durée de 6 mois, du 18 mai au 17 novembre 2019, par un arrêté du 22 août 2019. Son placement en disponibilité d'office a été prolongé pour 6 mois, du 18 novembre 2019 au 31 mars 2020, par un arrêté du 24 janvier 2020. Par un jugement rendu le 12 avril 2022, devenu définitif, les arrêtés des 22 août 2019 et 24 février 2020 ont été annulés au motif que la commune ne rapportait pas la preuve de ce qu'elle aurait accompli les diligences nécessaires en vue du reclassement de M. B.

2. L'arrêté contesté du 30 juin 2021, constitue la 2e prolongation de la disponibilité d'office de l'intéressé et porte sur la période du 1er avril 2020 à la date de son admission à la retraite.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

4. Aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 susvisé : " Lorsqu'une action en justice doit être intentée devant la juridiction du premier degré avant l'expiration d'un délai, l'action est réputée avoir été intentée dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant son expiration et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée à compter de la notification de la décision d'admission provisoire, ou de la date à laquelle la décision d'admission ou de rejet est devenue définitive ou, lorsqu'un auxiliaire de justice a été désigné, à compter de la date de sa désignation ".

5. Si la commune ne justifie pas de la date exacte de notification de l'arrêté du 30 juin, 2021, M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle en vue de la contestation de cet arrêté le 2 septembre 2021. Par une décision du 12 novembre 2021, notifiée le 16 novembre 2021 aux termes des écritures du requérant, le bureau d'aide juridictionnelle lui a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la requête, enregistrée le 13 janvier 2022, n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposés en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

6. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 susvisé : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. () ".

7. Il résulte de ces dispositions combinées, d'une part, que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement mais qu'il n'est pas définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

8. Par un avis du comité médical du 6 décembre 2019 M. B, qui a présenté une demande de reclassement, a été reconnu totalement et définitivement inapte aux fonctions correspondant aux emplois de son grade, mais pas à toute activité.

9. Si la commune affirme ne pas avoir été en mesure de proposer un poste de reclassement à l'intéressé, elle ne produit aucun élément, tel qu'un tableau des effectifs ou toute autre indication détaillée quant aux emplois communaux dont elle disposait, de nature à justifier son impossibilité de reclasser le requérant. Dans ces conditions, la commune de Vienne ne rapporte pas plus la preuve, que pour les arrêtés précédents des 22 août 2019 et 24 janvier 2020, de ce qu'elle aurait accompli les diligences nécessaires en vue du reclassement de M. B. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué du 30 juin 2021 a été pris en méconnaissance de l'obligation de reclassement prévue par l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'arrêté du 30 juin 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Vienne une somme de 1 500 euros à verser à Me Cayuela sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

12. Les conclusions présentées par la commune de Vienne, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 juin 2021 plaçant M. B est disponibilité d'office est annulé.

Article 2 : La commune de Vienne versera à Me Cayuela une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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