mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration, sous astreinte journalière de 100 euros à compter de la notification du jugement, de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil ;
4°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de son classement en fuite ;
- l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard de son classement en fuite ;
- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par des mémoires enregistrés le 14 avril 2023 et le 17 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office par le tribunal et tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dans le temps par la décision attaquée du 12 janvier 2022, qui est fondée sur les dispositions des articles L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n°428530, dès lors que les décisions relatives à la suspension, au retrait et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
-la décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat statuant au contentieux ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 le rapport de Mme Frapolli,
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité nigérienne, a présenté une demande d'asile enregistrée le 23 janvier 2018 et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'OFII. Par arrêté du 14 juin 2018 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif, le préfet de l'Isère a ordonné son transfert vers l'Italie en vue de l'examen par les autorités de cet Etat de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence pour une durée initiale de 45 jours qui a été prorogée. Le transfert du requérant vers l'Italie aurait dû avoir lieu le 7 novembre 2018, mais M. B ne s'est pas présenté à l'embarquement. L'intéressé a été déclaré en fuite le 8 novembre 2018 et les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues. Le 15 novembre 2019, à l'expiration du délai de transfert, M. B s'est à nouveau présenté en préfecture en faisant valoir que la France était devenue responsable de sa demande d'asile. Il a à la suite, à compter du 15 novembre 2019, bénéficié d'une attestation de demande d'asile en procédure accélérée (" Première demande "). Toutefois, par une décision du 14 février 2020, l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles. Parallèlement, la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 4 juin 2021, qui a fait l'objet d'un recours devant la CNDA le 21 juillet 2021. Le 2 décembre 2021, la CNDA décidait de l'entendre en procédure normale, raison pour laquelle M. B a déposé une nouvelle demande de rétablissement de ses droits aux conditions matérielles d'accueil le 21 décembre 2021. Dans la présente instance, il demande au tribunal d'annuler la décision susvisée du 12 janvier 2022 par laquelle l'OFII lui a opposé un nouveau refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision susvisée du 16 mars 2022. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.
Sur les textes applicables :
3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. En l'espèce, M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 23 janvier 2018. Sa situation reste donc régie par les dispositions précitées dans leurs versions antérieures à la loi du 10 septembre 2018 susvisée en ce qui concerne les refus de " rétablissement des conditions matérielles d'accueil " qui lui ont été opposés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
5. En deuxième lieu, la circonstance que l'OFII n'ait pas répondu à tous les arguments exposés par l'intéressé dans sa demande, notamment le passage en procédure normale de l'examen de sa demande d'asile devant la CNDA, ne révèle pas, à elle seule, un défaut d'examen particulier de sa situation, l'OFII n'étant pas tenue d'énoncer dans sa décision tous les éléments que les demandeurs estiment leur être favorables.
6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Le refus en litige de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. B n'a pas été pris en application de la décision du préfet constatant qu'il était en fuite le 8 novembre 2019. Cette décision n'en constitue pas plus la base légale. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer l'illégalité de cette décision à l'appui de la contestation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
7. En quatrième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que la Directrice territoriale de l'OFII a pris sa décision au regard de l'insuffisance des motifs avancés par M. B pour justifier le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de sa demande d'asile. Par suite, il ne résulte pas des termes de la décision que la directrice de l'OFII se serait estimée en situation de compétence liée vis-à-vis de la déclaration de fuite pour prendre la décision en litige.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive susvisée : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur:/ a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou/ b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national; ou/ c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE./ En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile créé par l'ordonnance susvisé : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ;/ 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ;/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ;/ 4° Il a dissimulé ses ressources financières ;/ 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ;/ 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. ()/ Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi du 10 septembre 2018 susvisée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :/ 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".
9. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas la codification à droit constant des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi du 10 septembre 2018, seules applicables à M. B, en application de ce qui a été dit au point 3. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, quand bien même cet article fonde la décision en litige.
10. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'un étranger dont les conditions matérielles d'accueil sont suspendues se présente à nouveau aux autorités d'un Etat membre n'ouvre pas automatiquement droit à l'intéressé au rétablissement de ses conditions matérielles en vertu l'article 20 de la directive susvisée du 26 juin 2013. M. B ne saurait au demeurant utilement se prévaloir des dispositions de cette directive qui ont été transposées en droit interne.
11. En sixième lieu, si M. B soutient que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil le maintient dans une grande précarité, il ne l'établit pas par le seul certificat médical produit, relatif à une pathologie au genou. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2200361
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026