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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200408

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200408

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDERRIENNIC & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a été saisi par la société Viamédis, agissant en qualité de tiers payeur pour des organismes complémentaires, d’un recours en excès de pouvoir contre un titre de recettes émis par le centre hospitalier Albertville-Moûtiers, relatif à des frais de SMUR. La société soutenait que ces frais ne pouvaient être mis à la charge des tiers payeurs et que l’autre titre de recettes avait déjà été payé. Le tribunal a rejeté la requête en se fondant sur les articles L. 162-23-15, D. 162-6, D. 162-8, L. 160-13 et R. 160-16 du code de la sécurité sociale, ainsi que sur les arrêtés des 28 juin 2016 et 4 mai 2017. Il a jugé que les frais de transport SMUR sont financés par la dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation (MIGAC), à l'exclusion de la part incombant à d'autres financeurs, et que la participation forfaitaire et la franchise laissées à la charge de l'assuré pour les transports sanitaires ne s'appliquent pas aux transports d'urgence. Par conséquent, le titre de recettes

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, la société Viamédis, représentée par Me Bensoussan, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler les titres de recettes visés par la saisie à tiers détenteurs tels que listés dans le tableau et d’ordonner en conséquence la décharge du paiement des sommes correspondant à ces titres de recettes ;

2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Albertville Moûtiers et de sa trésorerie la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, augmentée des intérêts au taux légal.

La société Viamédis soutient qu’un titre de recettes n’est pas fondé car les frais SMUR n’ont pas à être pris en charge par les tiers payeurs et que l’autre titre de recette a été mis en paiement.

Les parties ont été informées, le 25 novembre 2025, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité de la requête faute de production des titres de recettes attaqués.

La société Viamédis a produit, le 28 novembre 2025, les titres de recettes attaqués.


Vu :
les autres pièces du dossier ;
le code de la santé publique ;
le code de la sécurité sociale ;
le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme A....

Considérant ce qui suit :

La société Viamédis, qui assure pour le compte d’organismes d’assurance maladie complémentaires le bénéfice du tiers payant pour la part des dépenses non couvertes par la sécurité sociale, s’est vu notifier une saisie administrative à tiers détenteur. Elle doit être regardée comme demandant l’annulation du titre de recettes concerné par cette saisie et la décharge de l’obligation de payer correspondante.

Sur le titre de recettes n° 571220 :

D’une part, aux termes de l’article L. 162-23-15 du code de la sécurité sociale : « I. Les établissements de santé exerçant les activités mentionnées aux 1°, 2° et 4° de l'article L. 162-22 bénéficient d'une dotation complémentaire lorsqu'ils atteignent des résultats évalués à l'aide d'indicateurs liés à la qualité et la sécurité des soins, mesurés tous les ans par établissement (…) III. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de détermination et de mise en œuvre de la dotation complémentaire et de la pénalité financière (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article D. 162-6 du même code : « Peuvent être financées par la dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation mentionnée à l'article L. 162-22-13 les dépenses correspondant aux missions d'intérêt général suivantes : (…) 2° La participation aux missions de santé publique mentionnées ci-dessous : (…) j) L'aide médicale urgente constituée des missions des services d'aide médicale urgente mentionnées aux articles R. 6311-2 et R. 6311-3 du code de la santé publique et de l'ensemble des interventions des structures mobiles d'urgence et de réanimation mentionnées au 2° de l'article R. 6123-1 du même code, quel que soit le lieu de prise en charge du patient (…) ». A ce titre, l’arrêté du 28 juin 2016, puis l’arrêté du 4 mai 2017, fixant la liste des structures, des programmes, des actions, des actes et des produits financés au titre des missions d’intérêt général mentionnées aux articles D. 162-6 et D. 162-7 du code de la sécurité sociale, prévoient que l’aide médicale d’urgence, et notamment les transports assurés par le service mobile d’urgence et de réanimation, sont pris en charge au titre des missions mentionnées au 2° de l’article D. 162-6.

En outre, aux termes du deuxième alinéa de l’article D. 162-8 du code de la sécurité sociale : « Ces dotations participent au financement de ces missions dans la limite des dépenses y afférentes à l'exclusion de la part incombant à d'autres financeurs en application de dispositions législatives ou réglementaires et de celle déjà supportée par l'assurance maladie en application des dispositions législatives ou réglementaires relatives à la prise en charge des soins. ».

D’autre part, selon le I et le II de l’article L. 160-13 du code de la sécurité sociale, l’assuré acquitte une participation forfaitaire pour chacun des actes ou consultations prise en charge par l’assurance maladie, dont le montant sert de base au calcul des prestations qui lui sont servies. Par ailleurs, selon le III de ce même article, « en sus de la participation mentionnée au premier alinéa du I, une franchise annuelle est laissée à la charge de l'assuré pour les frais relatifs à chaque prestation et produit de santé suivants, pris en charge par l'assurance maladie : (…) 3° Transports mentionnés au 2° de l'article L. 160-8 du présent code effectués en véhicule sanitaire terrestre ou en taxi, à l'exception des transports d'urgence. » En outre, aux termes du II de l’article R. 160-16, pris pour l’application de l’article L. 160-14 qui fixe les hypothèses dans lesquelles la participation prévue au I de l’article L. 160-13 peut être intégralement supprimée : « II.- La participation de l'assuré est supprimée : (…) 2. Pour les frais de transport d'urgence entre le lieu de prise en charge de la personne et l'établissement de santé, en cas d'hospitalisation mentionnée au 2 du I ainsi que, en cas d'hospitalisation mentionnée au 3, pour les frais de transport entre les deux établissements ou entre l'établissement et le domicile en cas d'hospitalisation à domicile. ».

Il résulte de la combinaison de l’ensemble de ces dispositions qu’aucune participation et, a fortiori, aucune franchise, ne peut être mise à la charge de l’assuré à raison du transport médical d’urgence. En outre, si, en application de l’article D. 162-8 précité, la dotation est susceptible de financer les missions d’intérêt général pour la part qui n’est prise en charge ni par l’assurance maladie ni par aucun autre financeur, de telles dispositions ne sauraient avoir pour objet ni pour effet de faire supporter à l’assuré des frais pour lesquels sa participation a été intégralement supprimée par le code de la sécurité sociale. Il s’ensuit qu’en l’absence de dispositions prévoyant un autre mode de financement et notamment une prise en charge par les organismes subrogeant le patient dans ses droits, les frais liés au transport médical urgent sont réputés être financés par la dotation instituée par l’article L. 162-23-15 du code de la sécurité sociale.

Ainsi, c’est à tort que la somme de 136,50 euros correspondant à un transport d’urgence effectué par le SMUR a été réclamée à la société Viamedis par le titre de recette n°571220 émis par le centre hospitalier Albertville Moûtiers. Celle-ci doit donc être déchargée de l’obligation de la payer et le titre de recettes correspondant doit être annulé.

Sur le titre de recettes n°601319 :

En vertu des articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales, l’ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l’exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. La circonstance que la société Viamédis ait mis en paiement le titre de recettes contesté est sans incidence sur le bien-fondé de la créance correspondante et le moyen ne peut qu’être écarté comme inopérant.

Sur les frais de procès :

Il n’y a pas lieu dans les circonstances de l’espèce de faire droit aux conclusions de la société Viamédis présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er :
Le titre de recettes n°571220 est annulé.

Article 2 :
La société Viamédis est déchargée de l’obligation de payer la somme de 136,50 euros.

Article 3 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à la société Viamédis, au centre hospitalier Albertville Moûtiers et à la trésorerie des établissements hospitaliers de Chambéry.



Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Tocut, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2026.

La rapporteure,

J. Holzem
La présidente,

A. Bedelet






Le greffier,





P. Muller


La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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