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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200477

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200477

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET URBAN CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier 2022 et 31 octobre 2022, M. B A et la SCI Bruyère, représentés par Me Le Gulludec, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le maire de la commune d'Estrablin a délivré à M. D C un permis de construire portant sur la surélévation d'un étage d'une maison existante et la construction de deux bâtiments de huit logements pour une surface de plancher de 301 m² sur les parcelles cadastrées section AH n° 1 097 et 481 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Estrablin une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive dès lors que l'affichage n'était pas régulier, le panneau ne comportait pas la mention des voies et délais de recours et au surplus le permis a été obtenu par fraude ;

- l'arrêté méconnaît l'article UB 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la commune d'Estrablin, représentée par Me Bourillon, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 1 200 chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- M. A n'a pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, la SCI Grand M' et M. D C, représentés par Me Moutte, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Basset, avocate des requérants, de Me Manzoni, avocate de la commune d'Estrablin, et de Me Buffet, avocate de la SCI Grand M' et de M. C.

Deux notes en délibéré, présentées pour les requérants, ont été enregistrées les 17 et 21 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 avril 2021, le maire de la commune d'Estrablin a délivré à M. D C un permis de construire portant sur la surélévation d'un étage d'une maison existante et la construction de deux bâtiments de huit logements pour une surface de plancher de 301 m² sur les parcelles cadastrées section AH n° 1 097 et 481. M. A et la SCI Bruyère ont formé un premier recours gracieux contre cet arrêté le 8 novembre 2021 puis un second, le 7 décembre 2021, que la commune a rejeté par une décision du 10 décembre 2021. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ;

2. En premier lieu, aux termes de l'article Ub 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " 7.1 Champ d'application / Les dispositions suivantes s'appliquent aux limites séparatives (limites de fond de parcelle et limites latérales). Elles s'appliquent en tout point de la construction : les passées de toiture sont prises en compte. () / 7.2 Dispositions générales / A moins que la construction à édifier ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de cette construction au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. / 7.3 Dispositions particulières / () Lorsque par son gabarit ou son implantation, une construction existante n'est pas conforme aux prescriptions du présent article, l'autorisation d'urbanisme ne peut être accordée que pour des travaux ayant pour objet d'améliorer la conformité de l'implantation ou du gabarit de la construction avec les prescriptions, ou pour des travaux sans effet sur l'implantation ou le gabarit de la construction ".

3. Si le bâtiment existant présente une dépassée de toiture qui surplombe la propriété des requérants, il ressort du dossier de demande de permis de construire, et notamment du plan de masse et du plan de toiture, que le projet autorisé sera implanté à l'aplomb de la limite séparative, y compris les débords de toiture. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ub 7 du règlement du plan local d'urbanisme doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article Ub 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Estrablin relatif à la réhabilitation du bâti ancien (avant 1940) : " Dans un objectif de préservation du patrimoine rural, il convient de respecter les prescriptions suivantes : / - Les travaux doivent respecter les caractéristiques initiales de la construction : volume de la construction, proportion des ouvertures, matériaux/ - la préservation de certains éléments de décoration pourra être imposée (bandeau, moulure, corniche, encadrement, élément d'angle, volets, débords de toiture) ". Il résulte du rapport de présentation du plan local d'urbanisme que ces dispositions ont pour objet la préservation du bâti rural ancien présentant encore ses caractéristiques architecturales d'origine.

5. En l'espèce, les requérants soutiennent que la construction date d'avant 1940, de sorte que le projet, qui en modifie le volume par l'adjonction d'un étage, ne pouvait être autorisé. Les défendeurs font toutefois valoir sans être sérieusement contestés que s'il existait un bâtiment agricole avant 1940, celui-ci a été détruit par un incendie en 1941, avant d'être reconstruit et remanié à plusieurs reprises. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que la construction existante, à usage d'habitation, présente encore des caractéristiques architecturales du bâti rural ancien à préserver. En outre, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet autorisé ne porte pas atteinte au bâtiment situé derrière sur la parcelle cadastrée section AH n° 498, laquelle ne fait pas partie du terrain d'assiette du projet. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ub 11.3 doit donc être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A et la SCI Bruyère doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Estrablin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

9. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme de 1 000 euros à la commune d'Estrablin, et le versement de la même somme à M. C et la SCI Grand M', en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de la SCI Bruyère est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront 1 000 euros à la commune d'Estrablin et 1 000 euros à la SCI Grand M' et M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune d'Estrablin, à la SCI Grand M' et à M. D C.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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