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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200484

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200484

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DELAGE - DAN - LARRIBEAU - RENAUDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2022 et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 février 2022, 13 juin 2022, 20 juin 2022, 13 juillet 2022 et 11 janvier 2023, M. et Mme G et AK M, Mme AN AP, M. et Mme C et AN AR, M. Y W, Mme Q AY, Mme P AI, M. et Mme AQ Lefebvre, M. et Mme O et AZ L, M. et Mme T et AM AD, M. AH V, M. et Mme AE et AV AG, M. et Mme AA et AO N, M. et Mme AU et X H, M. AS S, M. F R, M. AT AB, M. et Mme U et I K, M. A AC, M. et Mme D et J AF, M. et Mme B et BB AL E, représentés par Me Poulet-Mercier L'abbé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2021 par lequel le maire de la commune de Vinay a accordé à la société SCCV Erinée-Vinay un permis de construire un ensemble immobilier de vingt-quatre logements sur un terrain cadastré AI n°194 situé en zone UC du plan local d'urbanisme de la commune, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux datée du 22 novembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Vinay a accordé à la société SCCV Erinée-Vinay un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vinay la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-l'intervention volontaire de M. et Mme Z est recevable ;

-les requérants justifient de leur qualité de propriétaire, conformément aux dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

-ils ont intérêt pour agir ;

En ce qui concerne le permis de construire initial :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ; il ne comporte pas de permis de démolir ; le document graphique ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; la notice de présentation est insuffisante ; les pièces du dossier ne font pas état de l'insertion du projet de construction par rapport à la construction avoisinante et au paysage avoisinant ; aucune information n'est donnée concernant la hauteur des clôtures clôturant le terrain ; le dimensionnement de l'ouvrage permettant la collecte des eaux pluviales n'est pas précisé dans la notice de gestion des eaux pluviales produite en annexe du dossier de demande de permis de construire ;

-le projet méconnait les dispositions de l'article UC 4 du plan local d'urbanisme relatif aux positions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau, d'électricité et d'assainissement ;

-il méconnait les dispositions de l'article UC 11 du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagements de leurs abords ;

-l'article UC 10 du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur maximale des constructions du plan local d'urbanisme doit être annulé par voie d'exception d'illégalité ;

-le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

En ce qui concerne le permis de construire modificatif :

-les modifications issues du permis de construire modificatif nécessitaient le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire ;

-le dossier de permis de construire modificatif demeure incomplet s'agissant de l'insertion du projet dans l'environnement ; aucune précision n'est donnée sur la nouvelle implantation du bâtiment, ni quant à la nouvelle orientation retenue, ni quant aux raisons pour lesquelles celui-ci est déplacé ;

-le permis de construire modificatif n'a pas régularisé la méconnaissance du permis initial s'agissant des dispositions des articles UC 4 et UC 11 du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

-le projet de modification du plan local d'urbanisme, en cours d'adoption en 2022, a réduit la hauteur maximale autorisée des bâtiments situés en zone UC.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 avril 2022 et 24 octobre 2022, la commune de Vinay, représentée par la SCP Fessler Jorquera et associés, agissant par Me Fessler, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet au fond et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Vinay fait valoir que :

-à titre principal, M. AR et Mme AP ne justifient pas d'un titre de propriété et donc de leur qualité de propriétaire, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

-M. et Mme H, M. et Mme AX, M. et Mme BA et M. et Mme N n'ont pas intérêt pour agir au sens de l'article R. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

-la requête est irrecevable en raison de l'absence de preuve régulière de notification du recours contentieux à la société pétitionnaire sur le fondement de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

-à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la société SCCV Erinée-Vinay, représentée par Me Dan, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet au fond et demande que soit mise à la charge de chaque requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société SCCV Erinée-Vinay fait valoir que :

-à titre principal, M. AR et Mme AP ne justifient pas d'un titre de propriété et donc de leur qualité de propriétaire, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

-M. et Mme H, AX et N n'ont pas intérêt pour agir au sens de l'article R. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

-l'intervention volontaire de M. et Mme Z est irrecevable ;

-les conclusions dirigées contre le permis de construire modificatif sont tardives ;

-à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire en désistement présenté pour M. et Mme AF, M. AB, M. et Mme AL E, M. V et M. AC a été enregistré le 17 février 2022.

Un mémoire en intervention volontaire, présenté pour M. et Mme AJ Z, représentés par Me Poulet-Mercier L'abbé, a été enregistré le 28 juillet 2022.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 19 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Paillet-Augey,

-les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

-les observations de Me Poulet-Mercier L'abbé, représentant les requérants,

-les observations de Me Fessler, représentant la commune de Vinay.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 août 2021, le maire de la commune de Vinay a accordé à la société SCCV Erinée-Vinay un permis de construire un ensemble immobilier de vingt-quatre logements de type R+4, d'une hauteur de 15 mètres, sur une parcelle cadastrée AI n°194 d'une superficie de 2 561 mètres carrés, située rue du Champ Couvent, en zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Vinay. Le 12 octobre 2021, les requérants ont formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire, rejeté par une décision du 22 novembre 2021. En cours d'instance, la même autorité a délivré un permis de construire modificatif à la société SCCV Erinée-Vinay le 12 avril 2022, modifiant l'implantation du bâtiment, des clôtures et des plantations. Les requérants sollicitent, dans le dernier état de leurs écritures, l'annulation de ces deux arrêtés du 12 août 2021 et du 12 avril 2022, ainsi que l'annulation de la décision du 22 novembre 2021 rejetant leur recours gracieux.

Sur l'intervention de M. et Mme Z :

2. M. et Mme Z, voisins immédiats du projet, justifient d'un intérêt suffisant à l'annulation des deux arrêtés attaqués. Toutefois, leur intervention, qui tend au rejet de la requête, n'est pas motivée. Par suite, celle-ci n'est pas recevable.

Sur le désistement partiel :

3. Le désistement de M. et Mme AF, M. AB, M. et Mme AL E, M. V et M. AC étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne les moyens soulevés contre le permis de construire modificatif en tant qu'il modifie le permis de construire initial :

S'agissant de la nécessité de former une nouvelle demande de permis de construire :

5. L'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Ces changements ne doivent en outre pas avoir pour effet d'aggraver l'atteinte à la réglementation en vigueur résultant du permis initial.

6. En l'espèce, il ressort des pièces jointes au dossier de demande de permis modificatif que la construction autorisée par le permis de construire modificatif diminue de seulement quelques mètres carrés les surfaces d'emprise au sol, et de plancher. Le projet modifié comporte le même nombre de logements et modifie les clôtures et les plantations. Il comporte le même nombre de places de stationnement qu'il réorganise en extérieur et intérieur. Enfin, l'implantation et l'orientation du bâtiments ne sont décalées que de quelques mètres, afin de dégager la vue de la parcelle n°202 située au Nord, appartenant à M. et Mme M et de conserver les anciens murs de soutènement existants sur la parcelle tout en évitant les mouvements de terre. Ainsi, les modifications envisagées n'apportant pas au projet initial un bouleversement ayant pour effet de changer la nature du permis initial, la demande de modification présentée par la société pétitionnaire ne faisait pas obstacle à la délivrance d'un permis modificatif. Le moyen tiré de ce que la modification apportée emporte une modification de la conception générale du bâtiment nécessitant le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire doit dès lors être écarté.

S'agissant de la composition du dossier de demande de permis de construire :

7. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () d) Les matériaux et les couleurs des constructions (). ".

9. Conformément à ces dispositions, la notice descriptive du dossier, complétée au stade du dossier de permis de construire modificatif, est suffisamment détaillée s'agissant du parti architectural du bâtiment. Par suite, le moyen tiré de ce que cette notice ne comporte pas d'indication sur le type d'environnement dans lequel le projet de construction du bâtiment collectif vient s'implanter et ne permet pas de vérifier que le parti pris architectural est adapté aux lieux avoisinants, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

11. En l'espèce, si le document d'insertion PC 6 intitulé " perspective d'intégration ", produit à l'appui de la demande de permis de construire modificatif, représente partiellement les bâtiments situés autour du projet, les autres documents joints à la demande, et notamment le plan de situation, la notice architecturale, les photographies et les plans de façade permettent d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Cette insuffisance n'a ainsi pas été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur. La circonstance selon laquelle, à la suite d'une modification du plan local d'urbanisme, seuls peuvent désormais être construits dans la zone UC des bâtiments dont la hauteur est inférieure à 11 mètres, ne modifie pas le caractère de la zone UC, qui est d'accueillir un habitat pavillonnaire, si nécessaire sous la forme d'un habitat collectif.

12. En troisième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la notice descriptive du dossier de permis de construire modificatif mentionne les raisons du changement d'implantation retenues du bâtiment au stade du permis de construire modificatif. En outre, le plan de masse (PC 2) et les plans des façades (PC 5) indiquent ces modifications.

13. En quatrième lieu, ces mêmes documents, complétés par le document PC3 intitulé " coupe générale sur le terrain " produit au stade du dossier de permis de construire modificatif, font apparaitre la hauteur des façades du bâtiment projeté et les côtes du terrain naturel, qui est en pente en fond de parcelle.

14. En cinquième lieu, la notice descriptive, qui comporte une partie dédiée aux réseaux et mentionne que " pour ce qui concerne les eaux pluviales, un ouvrage de rétention-infiltration sera mis en place sous la circulation du parking " est complétée par une notice de de gestion des eaux pluviales qui comprend un point 3 intitulé " dimensionnement des installations ", lequel précise le dimensionnement de l'ouvrage permettant la collecte des eaux pluviales, c'est-à-dire le volume de l'ouvrage en tenant compte des hypothèses de pluie pour la commune de Vinay, contrairement à ce que soutiennent les requérants.

15. En sixième et dernier lieu, la notice de présentation mentionne expressément que les murs de soutènement existants sont conservés mais qu'une nouvelle clôture, neuve, composée de panneaux rigides en treillis soudé, sera mise en place en limite Est du projet, d'une hauteur de 1,60 mètres. Le défaut d'information invoqué par les requérants concernant le dossier de permis de construire initial relatif à la hauteur des clôtures a ainsi été régularisé par le permis de construire modificatif en litige. Par suite, eu égard à cette modification, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen mettant en cause la composition du dossier de permis de construire doit être écarté, dans toutes ses branches.

En ce qui concerne les moyens soulevés contre le permis de construire modificatif en tant qu'il n'a pas modifié le permis de construire initial :

S'agissant de l'absence de permis de démolir dans le dossier de demande de permis de construire :

17. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir. ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ".

18. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d'un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit, soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction. En outre, une décision statuant sur une demande de permis de construire ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de demande mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation, alors même que la demande de permis de construire implique la démolition de bâtiments existants.

19. En l'espèce, le projet s'implante sur un terrain où subsistent des dallages d'un ancien bâtiment industriel sur les deux tiers de la surface, ainsi que quelques murs de soutènement, qui ne seront pas tous conservés. Toutefois, le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vinay prévoit que les démolitions ne sont pas soumises à l'obtention d'un permis de démolir dans la zone UC, dans laquelle le projet prend place. Il en résulte que les requérants ne peuvent utilement soutenir que la société pétitionnaire aurait dû solliciter un permis de démolir.

S'agissant de l'exception d'illégalité de l'article UC 10 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Vinay :

20. Aux termes de l'article UC 10 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Vinay, dans sa version applicable à la date de l'édiction du permis de construire initial : " La hauteur des nouvelles constructions ne devra pas excéder 15m ".

21. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme ou des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.

22. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit, la construction autorisée par le permis de construire litigieux est de type R+4, présentant une hauteur de 15 mètres.

23. En se bornant à soutenir que le permis de construire du 12 août 2021 est illégal car fondé sur l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme lui-même illégal, dès lors que celui-ci fixe une hauteur maximale des constructions trop élevée dans la zone, dénaturant ainsi son caractère de zone pavillonnaire, les requérants n'indiquent pas par rapport à quelle règle précédemment en vigueur le permis de construire doit être apprécié. Il s'ensuit que le moyen, tel qu'il est formulé, est inopérant.

24. En tout état de cause, le règlement dont il s'agit a pu légalement prévoir une règle de hauteur maximale de quinze mètres pour les nouvelles constructions prévues dans la zone UC, qui peuvent être des habitations sous forme d'habitat collectif ou intermédiaire, selon les critères suffisamment définis dans le préambule du règlement applicable la zone UC. En l'espèce, la construction autorisée par le permis de construire litigieux, qui est un bâtiment collectif destiné à accueillir vingt-quatre logements, est au nombre des bâtiments visés par la zone UC du règlement et il ne résulte pas des pièces du dossier que le niveau du bâtiment projeté excèderait celui autorisé par les dispositions de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". L'article UC 11 du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, prévoit au titre de ses dispositions générales : " Le projet doit donner lieu à une recherche d'une conception de volumétrie simple et compacte avec une orientation permettant d'optimiser les caractéristiques bioclimatiques du terrain. La construction respectera et s'adaptera au mieux au terrain naturel et à la pente, en prenant en compte les écoulements naturels. Les enrochements sont interdits. ".

26. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'immeuble dont la construction a été autorisée, en lieu et place d'une ancienne friche industrielle laissée à l'abandon, se situe en zone UC du plan local d'urbanisme, qui recouvre " les quartiers de la ville qui se sont développés à partir du centre ancien ". Cette zone comprend " des habitations sous forme d'habitat collectif et intermédiaire, ainsi que les équipements, activités et services qui les accompagnent " selon le préambule du règlement de cette zone. Le permis de construire autorise la construction d'un immeuble collectif d'un seul tenant de forme rectangulaire, surmonté d'une toiture terrasse de vingt-quatre logements en R+4, de 15 mètres de hauteur, et 1 933,45 m² de surface de plancher. Les façades seront traitées par un enduit à la chaux. Le socle du bâtiment le sera en teinte ocre tandis que les étages intermédiaires le seront en teinte claire. La construction projetée s'insère dans un quartier résidentiel. S'il ressort des pièces du dossier que l'environnement bâti existant à proximité du terrain d'assiette du projet ne comprend que peu d'immeubles collectifs de grande taille et est constitué, dans sa quasi-intégralité, de pavillons individuels en R+1 ou R+2, au style architectural varié (toitures à deux ou à quatre pans ; tuiles rouges), et présentant un gabarit et une densité limités, le projet, en dépit de sa hauteur de quinze mètres et compte tenu de son traitement architectural et des aménagements extérieurs qu'il comporte (jeux d'enfants et plantations d'arbres), permet de préserver le caractère résidentiel de ce quartier. Il s'ensuit que celui-ci est conforme à la destination de la zone. En outre, l'environnement dans lequel s'insère le projet ne présente pas un intérêt particulier.

27. Par suite, eu regard de l'office du juge, qui est limitée au contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de ce que le projet méconnait les dispositions de cet article doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article UC 4 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme :

28. L'article UC 4 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme, relatif aux positions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau, d'électricité et d'assainissement, dispose, s'agissant des eaux pluviales, que : " Les aménagements réalisés sur tout terrain doivent être tels qu'ils garantissent l'écoulement direct des eaux pluviales. Le constructeur doit réaliser à sa charge exclusive les dispositifs appropriés à l'opération et au terrain. Tout aménagement nouveau ne devra pas aggraver les conditions d'écoulement et de concentration des eaux par rapport à l'état initial de chaque parcelle () NB : Infiltration interdite dans les zones de glissement de terrain. ".

29. D'une part, il ressort de la notice de gestion des eaux pluviales que le projet prévoit que le volume de rétention d'eau de 39,5 mètres cubes, avec une tranchée d'infiltration. Si les requérants soutiennent que ce volume est insuffisant, ils ne produisent aucun élément précis de nature à l'établir.

30. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du document graphique du plan local d'urbanisme produit en défense par la commune de Vinay, que le terrain d'assiette du projet ne se situe pas dans une zone de glissement de terrain. Si les requérants soutiennent que le projet ne tient pas compte des risques induits par la zone de glissement de terrain située à proximité de la parcelle, zone dans laquelle l'article UC 4 précité interdit une gestion des eaux pluviales par le mécanisme de l'infiltration, ils ne produisent aucun élément précis à établir la réalité d'un risque lié à l'existence de cette zone.

S'agissant de la méconnaissance de l'article UC 11 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme :

31. L'article UC 11 du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, prévoit au titre de ses dispositions générales : " Les constructions, par leur composition et leur accès, doivent s'adapter au terrain naturel. Les déblais et remblais qui ne sont pas liés à l'accès aux constructions sont limités à 1,30 mètres au-dessus ou au-dessous du terrain naturel avant travaux. Ils ne dépasseront pas 0,50 mètre dans une bande de 4 mètres le long des limites de propriété et se termineront au terrain naturel sur les limites. ".

32. Cet article impose aux constructions de s'adapter au terrain naturel et interdits les déblais et remblais de plus de 1,30 mètres au-dessus du terrain naturel, lorsqu'ils ne sont pas liés à l'accès aux constructions. Cette hauteur maximale de 1,30 mètres est ramenée à 50 centimètres dans une bande de 4 mètres le long des limites de propriété.

33. Il ressort des pièces jointes au dossier de demande de permis modificatif que le projet prévoit de conserver les talus existants, notamment celui existant entre le nouveau bâtiment et la Montée de l'Erinée mais en le reprofilant, et prend place en lieu et place de l'ancien dallage du bâtiment industriel démoli, dont la surface est plane, le terrain étant en pente seulement en fond de parcelle, sur la partie donnant sur le lotissement " Les jardins de l'Erinée ".

34. En premier lieu, à supposer que le projet prévoit des déblais et remblais concernant la façade Sud donnant sur la rue du Champ Couvent, ceux-ci sont en tout état de cause en lien avec l'accès à la construction, si bien qu'aucune règle de hauteur ne s'impose.

35. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet prévoit des déblais et remblais d'une hauteur supérieure à 0,50 mètres au-dessus du terrain naturel dans une bande de 4 mètres le long des limites de propriété.

36. En troisième lieu, si une mention manuscrite, portée sur la pièce intitulée " plan topographique " (PC 1.3), produite par la société pétitionnaire, mentionne une zone à terrasser en ce qui concerne la façade Est donnant sur la Montée de l'Erinée, la hauteur maximale de ce terrassement, indiquée sur ce même document, est de 1,23 mètres, ce qui respecte la hauteur de 1,30 mètres prescrite par les dispositions précitées. Dans ces conditions, l'allégation selon laquelle la construction donnera lieu à cet endroit à des déblais et remblais d'une hauteur supérieure à 1m30, n'est pas corroborée par les pièces du dossier.

37. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le projet prévoit des déblais et remblais d'une hauteur supérieure à 1m 30 pour les deux dernières façades du bâtiment, donnant d'une part sur l'impasse du Champ couvent (façade Ouest) et d'autre part sur le lotissement " Les jardins de l'Erinée " (façade Nord).

38. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UC 11 doit être écarté, en toutes ses branches.

S'agissant de la modification en cours du plan local d'urbanisme de la commune de Vinay :

39. La circonstance, à la supposer soulevée, que, concomitamment à l'édiction du permis de construire modificatif du 12 avril 2022 litigieux, une procédure de modification du plan local d'urbanisme était en cours pour réduire la hauteur maximale autorisée des bâtiments en zone UC, en l'abaissant à 11 mètres, laquelle a par la suite aboutie, est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué, qui autorise la construction d'un bâtiment d'une hauteur de 15 mètres, laquelle doit être appréciée au moment où il a été édicté.

40. Il résulte de tout de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des permis de construire attaqués, ni, par voie de conséquence, celle de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais non compris dans les dépens :

41. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vinay et de la SCCV Erinée-Vinay, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

42. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme à verser à la commune de Vinay et à la SCCV Erinée-Vinay, au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. et Mme Z n'est pas admise.

Article 2 :Il est donné acte du désistement de M. AB, M. V, M. AC, M. et Mme AF et M. et Mme AW.

Article 3 : La requête de M. et Mme M et autres est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme AK M, mandataire unique en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à M. et Mme Z, à la commune de Vinay et à la SCCV Erinée-Vinay.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22004842

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