vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, sous le n° 2200533, Mme D B épouse A, représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé avec droit au travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le motif tiré de ce que sa demande présente un caractère dilatoire est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-9, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le litige a perdu son objet dès lors qu'une attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour a été délivrée à la requérante ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.
II. - Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, sous le n° 2200534, M. C A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé avec droit au travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le motif tiré de ce que sa demande présente un caractère dilatoire est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-9, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le litige a perdu son objet dès lors qu'une attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour a été délivrée au requérant ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants kosovares, nés respectivement le 31 décembre 1980 et le 5 novembre 1981, déclarent être entrés en France le 29 octobre 2018. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 juin 2019, cette décision ayant été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 novembre 2019. Le préfet de l'Ain a prononcé une obligation de quitter le territoire français à leur égard le 17 septembre 2019. Leurs demandes de réexamen au titre de l'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 décembre 2020 et le 3 décembre 2020, ces décisions ayant été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 23 février 2021. Par un courriel du 18 juillet 2021, le conseil de M. et Mme A a saisi les services de la préfecture de la Haute-Savoie afin d'obtenir un rendez-vous en vue de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le 21 juillet 2021, le préfet de la Haute-Savoie a pris une obligation de quitter le territoire français à leur encontre. Par un courriel du 22 juillet 2021, les services de la préfecture de la Haute-Savoie ont transmis aux intéressés un formulaire de demande de rendez-vous pour transmission par courrier. Par un courrier du 26 juillet 2021, le conseil de M. et Mme A a sollicité un rendez-vous afin de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un courrier du 24 septembre 2021, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de faire droit aux demandes de rendez-vous et d'enregistrer les demandes au motif qu'elles présentaient un caractère dilatoire. Par les présentes requêtes, M. et Mme A demandent, chacun en ce qui le concerne, l'annulation de cette décision.
2. Les requêtes sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a alors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Le préfet de la Haute-Savoie fait valoir que les requêtes auraient perdu leur objet dès lors qu'une attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour a été délivrée aux requérants consécutivement au dépôt d'une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour du 4 décembre 2023. Toutefois, la délivrance de cette attestation, qui ne préjudicie pas du caractère complet du dossier mais se borne à constater sa réception par les services de la préfecture, ne vaut pas enregistrement de la demande, n'emporte pas délivrance du récépissé de cette demande et ne vaut pas par elle-même autorisation de séjour, ainsi qu'elle le précise. Il suit de là que les requêtes n'ont pas perdu leur objet. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.
Sur la légalité des décisions :
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. La seule circonstance que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.
6. En l'espèce, la décision attaquée, prise à la suite de la demande d'admission exceptionnelle au séjour formulée le 21 août 2021, est fondée sur le seul motif tiré de que les requérants avaient fait l'objet, le 21 juillet 2021, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et que leurs demandes présentaient de ce fait un caractère dilatoire. Au regard de ce qui est relevé au point précédent, cette seule circonstance est insuffisante à caractériser la nature dilatoire des demandes en cause alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme A aient déjà présenté une demande de titre de séjour. Au surplus, comme il a été dit au point 1, la préfecture a envoyé aux intéressés un courriel leur adressant un formulaire de demande de rendez-vous le 22 juillet 2021, soit le lendemain de l'édiction des mesures d'éloignement, et quatre jours avant leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, ils sont fondés, chacun en ce qui le concerne, à soutenir que le motif opposé est erroné et que la décision du 24 septembre 2021 doit être annulée.
Sur l'injonction :
7. Le présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de recevoir M. et Mme A en préfecture et, si leur dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de leur demande d'admission exceptionnelle au séjour et de leur délivrer un récépissé, si ce n'est déjà fait. Le récépissé de la demande de titre de séjour présentée par les requérants n'étant pas au nombre des cas limitativement énumérés par les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut être enjoint au préfet de l'assortir d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
8. M. et Mme A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Petit, avocat des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Petit de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet de la Haute-Savoie du 24 septembre 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de fixer un rendez-vous à M. et Mme A et, si leurs dossiers sont complets, de procéder à leur enregistrement, puis de délivrer aux intéressés un récépissé de leurs demandes.
Article 3 : L'Etat versera à Me Petit une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A, à M. C A, à Me Petit et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le rapporteur,
T. RUOCCO-NARDO
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2200534
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026