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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200585

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200585

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du 4 janvier 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, l'enregistrement d'une demande d'asile ne faisant pas obstacle au dépôt d'une demande de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de l'Isère demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer.

Il soutient que M. A a fait l'objet d'un arrêté de réadmission vers l'Allemagne le 5 janvier 2024 de sorte que la requête a perdu son objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Beytout a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né en 1975, est entré irrégulièrement en France le 5 mai 2021. Il a présenté une demande d'asile le 4 août 2021. Le 26 octobre 2021, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande. En parallèle, il a accompli des démarches en vue de présenter une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a demandé un rendez-vous à la préfecture le 4 novembre 2021. Aucun rendez-vous ne lui ayant été accordé pour déposer sa demande, il sollicite dans la présente instance l'annulation de la décision implicite de refus d'enregistrement de sa demande.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

5. En l'espèce, la décision implicite attaquée n'ayant été ni retirée, ni même abrogée, le litige conserve un objet. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

6. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférant, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Aucune disposition légale ou réglementaire n'autorise l'administration à refuser d'enregistrer une demande de titre de séjour et d'en délivrer le récépissé au motif que le demandeur a présenté une demande d'asile dont l'examen est susceptible de relever d'un autre Etat membre de l'Union européenne.

7. Il ressort des pièces du dossier que la préfecture a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A au seul motif qu'il avait présenté une demande d'asile susceptible de relever d'un autre Etat membre de l'Union européenne. La décision attaquée, entachée d'une erreur de droit, doit par suite être annulée.

Sur l'injonction :

8. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, que la demande de titre de séjour de M. A soit enregistrée, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'un arrêté de réadmission le 5 janvier 2024. Il y a lieu de prescrire au préfet de l'Isère de procéder à cet enregistrement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais de l'instance :

9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

10. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Mathis, avocate de M. A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision attaquée est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Mathis en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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