mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 février et 6 mai 2022, sous le numéro 2200780, M. A C, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la Préfecture de l'Isère née le 22 juillet 2020 sur sa demande de titre de séjour ;
2°) D'enjoindre au préfet de l'Isère :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- en cas d'annulation de la décision de refus de titre de séjour pour un motif de légalité externe, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à la réinstruction de sa demande dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- de fixer le délai du réexamen de sa situation à deux mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
- la décision implicite de refus de séjour n'est pas motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-10 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.
II. Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, sous le numéro 2202576, M. A C, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 28 février 2022 par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) D'enjoindre au préfet de l'Isère :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de titre de séjour, pour un motif de légalité externe, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir jusqu'à la réinstruction de sa demande, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- de fixer le délai du réexamen de sa situation à deux mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- à titre infiniment subsidiaire, en cas d'annulation de la décision fixant le pays de destination, de lui délivrer une assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
Concernant la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;
- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard de ces dispositions ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet du l'Isère n'a pas saisi pour avis la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination :
- elle sont illégales, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Checchi, substituant Me Hassid, représentant M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant pakistanais, né le 12 juillet 1980, déclare être entré en France, pour la première fois le 10 septembre 2002 et pour la dernière fois le 20 septembre 2019 sous couvert d'une carte de résidence UE longue durée, délivrée par les autorités italiennes le 28 octobre 2014. M. A C, a sollicité l'asile en France. Le 7 avril 2004, la Cour Nationale du Droit d'Asile a confirmé la décision de l'Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides en date du 30 juillet 2003 rejetant sa demande. Le 26 mars 2019, M. A C a fait l'objet d'un refus de séjour suivi d'une reconduite à la frontière. Le 9 décembre 2019, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1, et de de l'article L.313-10 3° du même code, devenu l'article L. 421-5. Une décision implicite de rejet est née le 22 juillet 2020. M. A C a sollicité, le 15 juin 2021, la communication des motifs de cette décision. M. A C demande au tribunal d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Isère sur sa demande de titre de séjour en date du 9 décembre 2020, ainsi que de l'arrêté en date du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul jugement.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite :
3. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et qu'une décision expresse de rejet intervient postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.
4. En l'espèce, il résulte du principe énoncé au point précédent que la requête tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de carte de séjour formée par le requérant le 9 décembre 2019, doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite de rejet intervenue le 28 février 2022 et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne lui communiquant pas les motifs de sa décision implicite.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour du 28 février 2022 :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
5. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A C et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée du requérant ne constitue pas un défaut de motivation. Ainsi, il satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ressort de la rédaction de la décision attaquée, que, contrairement à ce que soutient le requérant, ses demandes de délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1, et de de l'article L.313-10 3° du même code, devenu l'article L. 421-5 ont, toutes les deux, été examinées et ont fait l'objet d'un examen particulier.
6. En deuxième lieu, M. A C ne peut se prévaloir utilement des orientations générales de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, que le ministre de l'intérieur a adressée aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette circulaire doit être écarté.
Sur la légalité de l'arrêté au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
7. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/profession libérale" d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 426-11 du même code : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; / () ".
8. Il résulte des dispositions citées au point 7 que, lorsqu'il bénéficie d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par un autre État membre, un ressortissant étranger qui demande, en France, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " doit non seulement remplir les conditions propres à l'attribution de ce titre de séjour mais aussi détenir un visa de longue durée sauf s'il justifie avoir fait sa demande dans les trois mois suivant son entrée en France.
9. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée sur ce fondement, le préfet s'est fondé sur les circonstances que : " si M. A C affirme avoir exercer une activité professionnelle et crée trois entreprises sur le territoire français, il ne dispose pas d'un visa valable pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois, tel qu'exigé par l'ancien article L. 311-1 devenu L 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 et que si l'intéressé est titulaire d'une carte de résidence UE longue durée délivrée par les autorités italiennes le 28/10/2014 qui le dispenserait de visa longue durée il ne justifie pas avoir présenté sa demande de titre de séjour dans les délais impartis après son entrée en France, comme l'exige l'ancien article L.313-4-1 devenu l'article L 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 ".
10. Le 26 mars 2019, M. A C a fait l'objet d'un refus de séjour suivi d'une reconduite à la frontière. L'intéressé déclare être, de nouveau, entré en France pour la dernière fois le 20 septembre 2019 et avoir le 9 décembre 2019 sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur ce fondement de l'article L.313-10 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 421-5 du même code. S'il est constant que M. A C est muni d'une carte de résident de longue durée " UE " délivrée par les autorités italiennes, il n'apporte pas la preuve de son entrée sur le territoire national le 20 septembre 2019 par la simple production de deux pages de son passeport ne comportant aucun visa et alors qu'il produit des extraits de son compte CCP français faisant état, pour chacun des mois, de nombreux achats entre avril et septembre 2019 et que ses bulletins de salaire pour la période comprise entre avril et fin août 2019 font état d'une résidence au 11 rue professeur B D à Lyon. Par suite, dès lors qu'il n'a pas demandé de titre de séjour dans les trois mois qui ont suivi son entrée en France, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions des articles L. 421-5 et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité de l'arrêté au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
12. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
13. Si l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, aucune disposition, contrairement à ce qu'il soutient, ne prévoit que dans le cadre de son pouvoir de régularisation discrétionnaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de saisir pour avis la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS). Le moyen tiré du vice de procédure pour défaut de saisine de la DREETS doit être écarté.
14. Pour rejeter la demande de M. A C tendant à son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, l'arrêté attaqué s'est, notamment, fondé sur la circonstance que si l'intéressé affirme avoir exercé une activité professionnelle et crée trois entreprises sur le territoire français, il ne dispose pas d'un visa valable pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois, tel qu'exigé par l'ancien article L. 311-1 devenu L 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que si l'intéressé est titulaire d'une carte de résidence UE longue durée délivrée par les autorités italiennes le 28 octobre 2014 qui le dispenserait de visa longue durée, il ne justifie pas avoir présenté sa demande dans les délais impartis après son entrée en France. De tels motifs ne sont pas au nombre de ceux pouvant être pris en compte pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 12, le préfet peut prendre en compte tout élément de la situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, pour retenir des motifs exceptionnels d'admission au séjour. La décision attaquée est, également, fondée sur les motifs qu'il : " ressort de l'examen particulier de la situation de l'intéressé sur le fondement l'ancien article L 313-14 devenu I'article L. 435-1 que s'il déclaré être entré en France le 10 septembre 2022 et avoir résidé sur le territoire français durant les cinq dernières années, il n'établit pas la continuité de son séjour, que compte-tenu des allers-retours de l'intéressé entre la France, l'Italie et son pays d'origine, cela ne saurait être considéré comme une constante présence sur le territoire français () après analyse complète de sa situation personnelle et familiale, au vu de l'ensemble des éléments et de ses déclarations lors du dépôt de sa demande : que l'intéressé s'est marié en 2010 au Pakistan avec Madame G et qu'il a 3 enfants mineurs nés en 2010, 2013 et 2018 ; qu'il a passé la majeure partie de son existence en dehors du territoire français tout en réalisant des allers et retours entre l'Italie et son pays d'origine ; que l'intéressé ne saurait être regardé comme ayant, sur le territoire français une vie privée et familiale ancrée dans sa durée ; qu'à contrario, il possède de fortes attaches familiales dans son pays d'origine : que la présente mesure n'empêche pas la reconstitution de sa cellule familiale en dehors de France () ". De tels motifs étaient de nature à fonder légalement l'arrêté et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ces motifs.
16. Le requérant soutient que sa vie s'est reconstituée sur le territoire français car Il est séparé de son épouse depuis plus de 10 ans, ainsi que de ses enfants, que ses brefs séjours dans son pays d'origine n'ont été que des séjours de courtes durées, que pendant ses congés, ses enfants ont été conçus à cette occasion, que son maintien en France pendant presque 10 ans et en Europe depuis plus longtemps démontre que sa vie privée est constituée en dehors de son pays d'origine bien que son épouse et ses trois enfants y résident. Toutefois, M. A C n'établit pas résider de manière continue sur le territoire français depuis le 10 septembre 2002. En outre, le 26 mars 2019, M. A C a fait l'objet d'un refus de séjour suivi d'une reconduite à la frontière. Il ne soutient pas s'être soustrait à cette mesure. Depuis son retour en septembre 2019, il ne justifie pas, pour les années 2021 et 2022 sa présence continue sur te territoire français alors, qu'au surplus, le préfet de l'Isère soutient, sans être utilement contredit, que des pièces complémentaires ont été demandées au requérant dans le cadre de l'instruction de sa demande par un courrier en date 3 septembre 2021 et que le pli n'a pas été réclamé. D'autre part, la seule présence continue en France depuis septembre 2019, même à la supposer établie, ne constitue pas à elle seule un motif exceptionnel. En outre, il est constant que M. A C est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Pakistan. Dans ces conditions, il ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale.
17. Si le requérant soutient qu'il a créé trois sociétés sur le territoire français, d'abord, la SARL SAM le 28 avril 2010, qu'il a également créé la SARL ZARA le 27 juillet 2010 et qu'il a participé, le 13 février 2018, à la création de la SARL ETT, ces éléments sont antérieurs à la mesure d'éloignement 26 mars 2019. D'autre part, et alors même qu'il serait toujours actionnaire de ces sociétés, ces éléments ne suffisent à caractériser des motifs exceptionnels pour une admission au séjour en qualité de salarié dont M. A C pourrait se prévaloir. Par suite le préfet de l'Isère n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'application qu'il a faite des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
18. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
19. M. A C soutient que sa vie s'est reconstituée sur le territoire français car Il est séparé de son épouse depuis plus de 10 ans, ainsi que de ses enfants, que ses brefs séjours dans son pays d'origine n'ont été que des séjours de courtes durées, que pendant ses congés, ses enfants ont été conçus à cette occasion, que son maintien en France pendant presque 10 ans et en Europe depuis plus longtemps démontre que sa vie privée est constituée en dehors de son pays d'origine bien que son épouse et ses trois enfants y résident. Toutefois, d'une part, en dehors de ses contacts professionnels, M. A C ne se prévaut pas d'attaches particulières construites sur le territoire français. D'autre part, M. A C n'établit pas pour autant être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, ou en Italie, pays lui ayant délivré une carte de " résident longue durée - Union européenne ". Par suite, eu égard à son entrée en France récente à la date de l'arrêté en litige, et en dépit de sa volonté d'intégration professionnelle, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, cet arrêté n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
21. En second lieu, pour les motifs évoqués précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. A C à quitter le territoire français, le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. Les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tirée de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
23. En second lieu, pour les motifs évoqués précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant le pays de destination, le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. Les conclusions à fin d'annulation de M. A C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hassid et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
C. F
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
PH. D'ARGENSON Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2200780 et 2202576
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026