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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200897

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200897

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant albanais, qui demandait l'annulation de la décision implicite du préfet de la Savoie refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le tribunal a jugé la requête irrecevable, car M. B ne justifiait pas résider hors de France à la date de sa saisine, condition posée par l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a écarté le moyen tiré de l'inconventionnalité de cette disposition au regard de l'article 11 de la directive 2008/115/CE, estimant que cette directive ne définit pas les conditions de recevabilité d'un recours contre un refus d'abrogation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février et le 3 mai 2022, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Savoie a implicitement refusé d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie d'abroger cette interdiction de retour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'article L.613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme contraire à l'article 11 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale au regard de l'évolution des circonstances de droit et de fait qui avaient présidé à l'édiction d'une interdiction de retour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, qu'elle n'est pas fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle non datée.

Par une ordonnance du 6 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2011-631 DC du 9 juin 2011 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Aubert a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant albanais, né le 3 décembre 1988. Par un arrêté du 29 mai 2020, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an à compter de l'exécution de la décision. Par un courrier reçu à la préfecture le 26 octobre 2021, M. B a demandé au préfet de la Savoie l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français. Le silence de l'administration a fait naître, le 26 décembre 2021, la décision implicite de rejet de sa demande dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle versée aux débats, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. /Cette condition ne s'applique pas: / 1o Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme; / 2o Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3. " Il résulte de ces dispositions qu'un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif.

4. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 11 de la directive 2008/115/CE : " 1. Les décisions de retour sont assorties d'une interdiction d'entrée : a) si aucun délai n'a été accordé pour le départ volontaire, ou b) si l'obligation de retour n'a pas été respectée. / Dans les autres cas, les décisions de retour peuvent être assorties d'une interdiction d'entrée. ". En vertu du paragraphe 3 de cet article : " Les Etats membres examinent la possibilité de lever ou de suspendre une interdiction d'entrée lorsqu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet d'une telle interdiction décidée conformément au paragraphe 1, deuxième alinéa, peut démontrer qu'il a quitté le territoire d'un Etat membre en totale conformité avec une décision de retour. / () / Les États membres peuvent s'abstenir d'imposer, peuvent lever ou peuvent suspendre une interdiction d'entrée, dans des cas particuliers, pour des raisons humanitaires. / Les États membres peuvent lever ou suspendre une interdiction d'entrée, dans des cas particuliers ou certaines catégories de cas, pour d'autres raisons. ".

5. Les stipulations de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil n'ont pas pour objet de définir les conditions dans lesquelles une demande d'abrogation d'une interdiction de retour sur le territoire français peut être examinée ni celles dans lesquelles un refus d'abrogation d'une telle mesure peut être contesté en justice. Au surplus, le premier alinéa du paragraphe 3 de l'article 11 règlemente les conditions de recevabilité d'une demande d'abrogation pour les interdictions de retour décidées dans les situations autres que celles où l'étranger fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire ou n'a pas respecté une mesure d'éloignement, en imposant une condition similaire à celle prévue par l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la démonstration qu'il a quitté le territoire de l'Etat membre conformément à la décision de retour. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la condition de résidence hors de France imposée par l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est incompatible avec les stipulations précitées de l'article 11 de la directive du 16 décembre 2008.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait sur le territoire français à la date d'enregistrement de sa requête. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Savoie a refusé d'abroger la décision portant interdiction de retour prononcée à son encontre le 29 mai 2020 ne sont pas recevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles de son conseil tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mmes Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200897

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