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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200945

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200945

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET MEROTTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 février 2022, le 13 juillet 2022 et le 27 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Oster, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le maire de la commune nouvelle de Fillière a délivré un permis de construire trois maisons individuelles, situées route des Diacquenords sur le territoire de la commune, à M. C D, ainsi que la décision du 21 décembre 2021 rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune nouvelle de Fillière et de M. D une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est illégal dès lors que la superficie de 1 200 m² déclarée du terrain d'assiette est frauduleuse ;

- le dossier de permis de construire est illégal en ce qu'il indique que la voie d'accès au projet litigieux sera réalisée en gravier et matériaux perméables alors qu'elle devait être effectuée en enrobé ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet en méconnaissance des articles R. 431-7, R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- les informations contenues dans le dossier de demande de permis de construire ne permettaient pas au service instructeur d'apprécier le respect des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- le projet litigieux méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- le projet attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;

- le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer sur la demande de permis de construire litigieuse en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 avril 2022 et le 8 septembre 2022, la commune nouvelle de Fillière, représentée par Me Philippe, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 31 mai 2022 et le 18 juillet 2022, M. C D, représenté par Me Merotto, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2022 par une ordonnance du même jour.

Une mesure d'instruction a été effectuée le 10 novembre 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, dans le but d'obtenir une pièce du dossier de demande de permis de construire mentionnant précisément l'emprise au sol du projet.

En réponse à cette mesure d'instruction, la commune a produit une lettre, enregistrée le 23 novembre 2022, mentionnant que l'emprise du projet n'est pas précisée dans le dossier de permis de construire dès lors que le permis de construire a été instruit sous l'empire du règlement national d'urbanisme.

En réponse à cette mesure d'instruction, M. D a produit une lettre, enregistrée le 28 novembre 2022, mentionnant que l'emprise du projet n'est pas précisée dans le dossier de permis de construire dès lors que le permis de construire a été instruit sous l'empire du règlement national d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Oster, représentant Mme A, de Me Debris, représentant la commune nouvelle de Fillière et de Me Tourt, substituant Me Merroto, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 mai 2021, M. C D a déposé une demande de permis de construire trois maisons individuelles, d'une surface de plancher créée de 336,78 m², sur un terrain, cadastré 245 section AS n° 183, situé route des Diacquenords au lieu-dit " Saint Martin Bellevue " sur le territoire de la commune nouvelle de Fillière. Le 8 juillet 2021, le préfet de la Haute-Savoie a émis un avis favorable sur le projet en application des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme. Par un arrêté du 24 août 2021, le maire de la commune nouvelle de Fillière a délivré le permis de construire sollicité. Le 19 octobre 2021, reçu le 21 octobre suivant par la commune, Mme B A a formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Ce recours a été rejeté par une décision implicite du 21 décembre 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Enfin, si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme.

4. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'il comportait l'attestation prévue par les dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle M. D avait qualité pour déposer une demande de permis. La requérante soutient que M. D a déclaré frauduleusement que la superficie de la parcelle d'assiette du projet litigieux, cadastrée 245 section AS n° 183, présentait une superficie de 1 200 m² alors qu'elle ne présentera en réalité que 1 000 m² dès lors que M. D a acheté à M. F cette parcelle à la condition essentielle et déterminante, selon l'acte de vente du 6 juillet 2012, de rétrocéder, au plus tard le 30 juin 2015, " la parcelle de terre de 200 m² à extraire de la parcelle vendue et figurant en jaune au plan ci-joint ". Toutefois, et alors que le permis de construire est délivré sous réserve du droit des tiers, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le maire de la commune nouvelle de Fillière aurait disposé, à la date à laquelle il a statué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande de M. D ou faisant apparaître que ce dernier n'était plus propriétaire de la totalité de parcelle d'une superficie de 1 200 m². Si une telle dissimulation pourrait être regardée comme une manœuvre de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme, les éléments dont le maire était en possession à la date de son arrêté mentionnaient seulement que la rétrocession au propriétaire initial, devait intervenir au plus tard le 30 juin 2015, date alors échue. Dans ces conditions, le maire de la commune nouvelle de Fillière ne pouvant refuser légalement le permis de construire sollicité, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". En outre, selon les dispositions de l'article A 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

6. En l'espèce, Mme A soutient que le dossier de permis de construire est illégal en ce qu'il indique que la voie d'accès au projet litigieux sera réalisée en gravier et matériaux perméables alors qu'elle devait être effectuée en enrobé. Elle indique que la servitude de passage dont elle est bénéficiaire sur la parcelle d'assiette du projet litigieux, cadastrée section As n° 183, en vertu de son titre de propriété indique que " le vendeur s'oblige à réaliser le chemin avec goudronnage ". Toutefois, et alors au demeurant qu'un enrobé peut être perméable, ce titre de propriété est un acte de droit privé qui ne fait pas partie de la réglementation d'urbanisme, seule opposable à un permis de construire, ainsi qu'en dispose l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme précité. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " En outre, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. " Enfin, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;/ d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale jointe au dossier de demande de permis de construire mentionne à tort que " le terrain à bâtir est actuellement à l'état de pré dépourvu de toute plantation ". Toutefois, cette inexactitude du dossier de demande de permis de construire était compensée par les autres pièces du dossier et notamment par le plan cadastral représentant une construction sur la parcelle d'assiette du projet, par la pièce " PC 32 " qui constitue un plan de division représentant la construction existante sur la parcelle et de l'étude des possibilités de gestion et d'évacuation des eaux pluviales représentant cette construction avec la mention " abris à supprimer ". Dès lors, cette branche du moyen tirée de ce que le dossier de demande de permis de construire était incomplet en ne mentionnant pas la présence d'une construction sur la parcelle d'assiette du projet doit être écarté.

10. Ensuite, si la notice architecturale jointe au dossier de demande de permis de construire mentionne seulement que " deux places de parking sont prévues à raison d'une couverte en garage, une autre en surface située au Nord et à proximité de la maison ", elle était complétée par les autres pièces du dossier et notamment le plan de masse représentant six places de stationnement et la rubrique 5.7 du formulaire Cerfa mentionnant six places de stationnement. En conséquence, cette branche du moyen tirée de ce que la notice architecturale jointe au dossier est insuffisante en ce qu'elle ne mentionnait pas les six places de stationnement prévues doit être écartée.

11. Par ailleurs, Mme A soutient que le plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire est erroné en ce qui concerne la représentation du muret qui borde la voie d'accès au projet qui se trouve à 1 m 09 et non pas à 1 m 19. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette inexactitude, à la supposer établie, aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, cette branche du moyen doit être écarté.

12. Enfin, si la notice architecturale mentionne dans la partie intitulée " 3 - Conclusion " que " nous avons conçu une maison de formes simples, aux volumes équilibrés avec des lignes sobres et épurées afin qu'elle s'intègre dans un environnement tant immédiat que lointain ", cette notice indique au préalable, dans la partie " 2.1 - Aménagement du terrain " que " le terrain va accueillir trois maisons individuelles en bande édifiée sur vide sanitaire afin de parfaire son adaptation par rapport au terrain naturel ". En outre, la notice était complétée par les autres pièces du dossier de demande de permis de construire et notamment le plan de masse et les plans de façade représentant bien trois maisons accolées. Par suite, la branche du moyen tirée de ce que la notice architecturale jointe au dossier est insuffisante en ce qu'elle mentionne à tort la construction d'une seule maison doit être écartée.

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire en méconnaissance des articles R. 431-7, R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. / () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " En outre, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. "

15. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort des pièces du dossier que l'enrochement que le projet prévoit de créer ne se situe pas en lieu et place de l'accès existant pour la maison située sur les parcelles n°s 173 et 174 mais se situe bien au-dessus. En outre, il ressort du dossier de demande de permis de construire et notamment du plan de masse que la voie d'accès au projet litigieux présente une pente de 9%, puis de 6% et enfin de 12%. Ces mentions permettaient ainsi au service instructeur d'apprécier le respect des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. D'autre part, Mme A affirme que le projet litigieux méconnaît les dispositions des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par une servitude de passage sur la parcelle n° 17 qui présente une largeur de 5 mètres, qui ne dessert actuellement que deux autres constructions et peut ainsi desservir trois logements supplémentaires dans des conditions satisfaisantes. Cette voie débouche sur la route des Diacquenods dans des conditions de visibilité suffisantes bien qu'elle se situe à l'entrée d'un virage. Dans ces conditions, et alors que Mme A n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations pour démontrer l'existence d'un risque, le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur. "

18. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

19. En l'espèce, la gestion des eaux pluviales du projet se fera par rétention avec un dispositif étanche et un rejet vers le " réseau EP Ø600 B aval " correspondant au schéma de principe de gestion des eaux pluviales de l'étude des possibilités de gestion et d'évacuation des eaux pluviales jointe au dossier de demande de permis de construire. En outre, la communauté d'agglomération Grand Annecy Agglomération a émis, le 20 août 2021, un avis favorable sous réserve de transmettre un plan de masse mis à jour avec les ouvrages de gestion des eaux pluviales retenus, leur dimensionnement, le débit de fuite de la rétention et le point de rejet ciblé Enfin, l'arrêté litigieux, qui vise cet avis, comporte une prescription, en son article 2, tirée de ce que " le raccordement aux réseaux sera effectué conformément aux prescriptions émises par les concessions dans les avis joints au présent permis de construire " et une prescription, en son article 4, tirée de ce que " le projet de construction doit être équipé d'un dispositif d'évacuation des eaux pluviales qui assure leur collecte, leur rétention, leur infiltration dans les sols, leur rejet dans le réseau d'eaux pluviales. L'ensemble du dispositif sera conçu de façon à ce que le débit de pointe généré soit inférieur ou égal au débit général par le terrain avant son aménagement ". Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le projet attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.

20. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation d'installations propres à assurer le stationnement hors des voies publiques des véhicules correspondant aux caractéristiques du projet. / Il ne peut être exigé la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement lors de la construction de logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat. / L'obligation de réaliser des aires de stationnement n'est pas applicable aux travaux de transformation ou d'amélioration de bâtiments affectés à des logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat, y compris dans le cas où ces travaux s'accompagnent de la création de surface de plancher, dans la limite d'un plafond de 50 % de la surface de plancher existant avant le commencement des travaux. "

21. En l'espèce, le projet litigieux portant sur la construction de trois maisons individuelles prévoit la création de six places de stationnement avec une place couverte et une place extérieure pour chaque maison. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces places ne seraient pas effectivement utilisables par les usagers. Par ailleurs, la place extérieure prévue en façade est du lot n°3 qui présente une largeur suffisante de 2,5 mètres et qui se trouve après le virage de la voie d'accès ne présente pas de dangerosité particulière. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que l'auteur du permis de construire en litige aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant d'imposer la réalisation d'installations supplémentaires propres à assurer le stationnement des véhicules en dehors des voies publiques et le moyen doit être écarté.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 153-11 dudit code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

23. Un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire, sur le fondement de ces dispositions, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable, qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.

24. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 20 décembre 2018, le conseil communautaire de Grand Annecy Agglomération a acté le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables du futur PLU. Le futur PLU était ainsi suffisamment avancé à la date de l'arrêté attaqué pour que le maire de la commune nouvelle de Fillière soit à même d'apprécier si, eu égard à ses caractéristiques, le projet litigieux était de nature à compromettre l'exécution du futur plan.

25. L'article 4-5 intitulé " emprise au sol " du règlement du plan local d'urbanisme prévoit que " 4-5-1 - Règle générale : / () / En secteur UC uniquement : le coefficient d'emprise au sol est limité à 0.15 ". En l'espèce, le projet autorisé d'une surface de plancher créée de 336,78 m² sur un terrain d'une superficie de 1 200 m² comporte une emprise au sol de 264,21 m² n'excédant pas largement l'emprise au sol de 180 m² autorisée par le futur PLU. Dès lors, le projet n'est pas de nature à compromettre l'exécution du futur plan ou à la rendre plus onéreuse. Il s'ensuit que le maire n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer à la demande de permis de construire de M. D.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le maire de la commune nouvelle de Fillière a délivré un permis de construire trois maisons individuelles à M. C D, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du 21 décembre 2021 rejetant implicitement son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune nouvelle de Fillière et de M. D, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme que demandent la commune nouvelle de Fillière et M. D au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la commune nouvelle de Fillière présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. C D et à la commune nouvelle de Fillière.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

P. E

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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