lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201077 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 février 2022 et le 15 juin 2023, Mme F, représentée par Me Clement, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride de Mme F ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de reconnaitre la qualité d'apatride à Mme F ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 1er de la convention internationale de New-York du 28 septembre 1954 : elle a fait l'objet d'un refus de titre de séjour de la part de la fédération de Russie en 2010 et 2020 et elle justifie de démarches répétées et vaines auprès des ambassades de la Fédération de Russie, de la république d'Azerbaïdjan et de la république d'Arménie et apporte ainsi la preuve de son apatridie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- et les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, qui déclare être née le 22 mars 1960 à Dashkessan (République d'Azerbaïdjan), est entrée en France en décembre 2010 selon ses déclarations pour déposer une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 octobre 2011, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2012, laquelle a également rejeté ses nombreuses demandes de réexamen. Mme F a alors formé le 20 août 2021 une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Au terme d'une audition qui a eu lieu le 4 janvier 2022, l'Office a toutefois rejeté sa demande par une décision du 27 janvier 2022.
2. Pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'est fondé sur la circonstance, d'une part, que Mme F n'avait fourni aucun justificatif d'identité avec photographie permettant de rattacher indubitablement les actes d'état civil à sa personne. D'autre part, l'Office a estimé qu'elle n'avait pu inscrire dans un contexte cohérent ses allégations quant à l'absence de document d'identité délivré par les autorités de la république soviétique socialiste d'Arménie où elle soutient avoir vécu jusqu'en 1990. L'office a également relevé qu'elle n'avait fourni aucune indication sur les raisons de l'échec de ses démarches administratives en Russie entre 1990 et 2010 alors qu'elle rentrait, au vu de son parcours, dans le champ d'application de la loi russe du 28 novembre 1991 voir à celle de la loi russe sur la nationalité russe du 31 mai 2002. L'Office a estimé qu'elle ne témoignait pas d'actions sérieuses en matière de nationalité auprès des autorités consulaires russes. Enfin, l'Office a relevé qu'elle n'avait pas fourni tous les éléments permettant d'établir si elle aurait pu se prévaloir de la nationalité arménienne, alors que son époux, au parcours identique, avait obtenu la nationalité arménienne. Elle n'a pas davantage détaillé les modalités d'obtention par son époux de cette nationalité.
Sur les conclusions d'excès de pouvoir :
3. Il ressort des pièces du dossier que si Mme F est née en République d'Azerbaïdjan, elle a déménagé âgée de trois mois en République socialiste soviétique d'Arménie où elle a résidé jusqu'en 1990. Elle a ensuite résidé en Fédération de Russie jusqu'en 2010.
4. Aux termes du paragraphe 1er de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 812-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 812-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
5. En premier lieu, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides estime qu'eu égard à la législation de la République d'Azerbaïdjan en matière de nationalité, Mme F ne peut se prévaloir de la nationalité azerbaidjanaise et ne lui a pas été opposée. La requérante ne le conteste pas sérieusement. Par suite, il n'y a pas lieu de tenir compte des démarches de Mme F envers la république d'Azerbaïdjan.
6. En second lieu, s'agissant de ses démarches auprès de la Fédération de Russie, il résulte des pièces du dossier que par une décision du 7 avril 2010, le département de la région de Moscou du service fédéral de la migration de Russie a refusé à Mme F la délivrance d'un titre de séjour provisoire sur le territoire de la Fédération de Russie conformément à la loi fédérale n° 115-FZ du 25 juillet 2002 sur le séjour légal des étrangers en Fédération de Russie. Le ministère public du parquet du procureur de la ville de Dmitrov lui a enjoint le 4 mai 2010 de quitter le territoire de la Fédération de Russie dans un délai de 15 jours. Dès lors, la Fédération de Russie doit être regardée comme ayant implicitement mais nécessairement considéré Mme F comme n'étant pas citoyenne de la Fédération de Russie. De surcroit, cette dernière a ultérieurement demandé le 1er mars 2022 à l'ambassade de la Fédération de Russie en France la reconnaissance de la nationalité russe. A l'issue d'un rendez-vous du 15 décembre 2022 au consulat, Mme F s'est vue indiquer qu'elle ne pouvait prétendre à la nationalité russe, sans pouvoir toutefois obtenir une confirmation écrite de ce refus. Plusieurs correspondances adressées à l'ambassade pour avoir confirmation écrite de ce refus sont restées sans réponse. Par suite, la Fédération de Russie doit être regardée comme ne considérant pas Mme F comme une ressortissante de cet Etat par application de sa législation.
7. Enfin, s'agissant de ses démarches auprès de la république d'Arménie, il ressort des pièces du dossier que Mme F est née en République d'Azerbaïdjan de parents azéris, contrairement à l'époux de Mme F, qui est né en République d'Azerbaïdjan de parents arméniens. Dès lors, contrairement à ce que soutient l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, la situation de l'époux de Mme F au regard de la loi arménienne sur la nationalité est différente et la circonstance que son époux a pu obtenir la nationalité arménienne est sans incidence sur la situation de Mme F. Cette dernière établit avoir entrepris par courrier du 1er mars 2022 une demande de reconnaissance de la nationalité arménienne restée sans suite. Dès lors, la république d'Arménie doit être regardée comme ne considérant pas Mme F comme une ressortissante de cet Etat par application de sa législation.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de reconnaître à Mme F la qualité d'apatride.
Sur les conclusions d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
10. Eu égard au motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de reconnaitre à Mme F la qualité d'apatride.
Sur les frais de justice :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, partie perdante, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La décision du 27 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de reconnaitre à Mme F la qualité d'apatride dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : L'Office français de protection des réfugiés et apatrides versera à Me Clement une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à Me Clement et à l'Office français de protection des refugies et apatrides.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme C E, première-conseillère,
- Mme D B, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. E
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026