vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GERNEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 février 2022 et 24 février 2024, M. C B, représenté par Me Gernez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a retiré le bénéfice de la prime de restructuration de service, ensemble le rejet implicite du recours gracieux formé le 18 octobre 2021 contre cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de lui accorder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement intervenir le bénéfice de la prime de restructuration de service, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'est pas motivée et méconnait les 4° et 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de retrait de la prime a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation : il remplit toutes les conditions pour bénéficier de cette prime ; il n'a pas candidaté au mouvement de mutation pour l'année 2020 ; la réorganisation intervenue en 2020 a fait l'objet d'un arrêté du 14 août indiquant qu'elle s'appliquait aux mutations et déplacements intervenant à ce titre entre le 1er juin 2019 et le 30 juin 2021, son ancien poste a été supprimé et sa résidence administrative a été transférée de Gaillard à Thonon-Les-Bains ; en soutenant que sa mutation serait intervenue dans l'intérêt du service et l'exclurait ainsi du bénéfice de la prime, alors qu'elle est également ouverte aux agents mutés, l'administration a ajouté une condition au texte.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire d'une décision implicite de rejet est inopérant ;
- le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté : des courriels des 23 juillet 2021 et 10 septembre 2021 ont informé le requérant des motifs du retrait de la prime et il n'a jamais sollicité les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande ;
- la mutation n'est pas intervenue dans le cadre de la restructuration du service, mais sur une demande de M. B intervenue huit mois avant l'arrêté de restructuration, ce qui n'ouvrait pas droit à prime conformément à l'article 5 du décret n°2008-366 ; dès 2016, il avait sollicité une mutation et celle-ci est justifiée par les difficultés rencontrées au sein des services localisés à Gaillard.
Par ordonnance du 5 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 modifié fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ;
- le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 instituant une prime de restructuration de service et une allocation d'aide à la mobilité du conjoint ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Callot, rapporteur,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, commandant de police, exerçait en tant que directeur interdépartemental adjoint de la police aux frontières de Prévessin. Par courrier du 20 décembre 2019, il a sollicité une mutation au sein de la direction départementale de sécurité publique de Haute-Savoie à compter du 1er février 2020 ou du 1er mars 2020. Par un arrêté du 27 mars 2020, il a été muté au sein de la circonscription de sécurité publique (CSP) de Léman à compter du 1er avril 2020. Par un arrêté du 14 août 2020, le ministre de l'intérieur a désigné la réorganisation de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) de Prévessin, transférée à Annemasse, comme constituant une opération de restructuration ouvrant droit au bénéfice de la prime de restructuration de service et de l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint. Le 2 novembre 2020, M. B a envoyé un dossier de demande d'attribution de la prime, qui lui a été versée avec son traitement de février 2021 pour un montant de 7 500 euros. Par courriel du 23 juillet 2021, la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) Sud-Est l'a informé qu'il avait perçu à tort cette prime et qu'une régularisation devait être opérée, au motif que sa mutation avait été prononcée dans l'intérêt du service et non dans le cadre de la restructuration. Cette régularisation a été effectuée sur les traitements d'octobre à décembre 2021. Par courriel du 6 septembre 2021, M. B a contesté le retrait de cette prime auprès de la DZPAF sud-est et du SGAMI sud-est, demande rejetée par courriel du 7 octobre 2021. Par courrier du 18 octobre 2021 notifié le 28 octobre 2021, M. B a exercé un recours hiérarchique auprès de la section corps de commandement de la direction centrale de la police aux frontières, auquel aucune réponse n'a été apportée, faisant naître une décision implicite de rejet de sa demande.
Sur la fin de non recevoir opposée par le ministre :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Sauf le cas où des dispositions législatives ou réglementaires ont organisé des procédures particulières, toute décision peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision par laquelle le ministre a décidé de retirer à M. B le bénéfice de la prime de restructuration lui a été notifiée par un courriel du 23 juillet 2021 ne mentionnant pas les voies et délais de recours. Après avoir sollicité par un courriel du 6 septembre 2021 le retrait de cette décision, M. B a été informé par un courriel du 15 septembre 2021 qu'il devait former une demande écrite à transmettre par la voie hiérarchique, ce dont il s'est acquitté par un recours gracieux en date du 18 octobre 2021, dans le délai de recours contentieux ouvert contre cette décision, qui n'a été rejeté que par une décision implicite acquise le 18 décembre 2021. La requête enregistrée au greffe du tribunal administratif le 18 février 2022 soit dans le délai de deux mois à compter du rejet du recours gracieux formé contre la décision du 23 juillet 2021 n'était, dès lors, pas tardive. Par suite, la fin de non recevoir opposée à cette requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'article 1er du décret du 17 avril 2008 cité ci-dessus dispose : " En cas de restructuration d'une administration de l'Etat (), une prime de restructuration de service peut être versée aux () fonctionnaires et agents non titulaires de l'Etat de droit public recrutés pour une durée indéterminée. Les opérations de restructuration de service ouvrant droit à la prime sont fixées par arrêté ministériel ". Selon son article 2, la prime de restructuration de service peut être attribuée aux agents mutés ou déplacés dans le cadre de la restructuration du service dans lequel ils exercent leurs fonctions. L'article 5 de ce décret précise, enfin, que les mutations prononcées par l'administration sur demande des fonctionnaires n'ouvrent pas droit à la prime. Il résulte de ces dispositions que les opérations qui sont mentionnées par l'arrêté prévu par l'article 1er du décret du 17 avril 2008 ouvrent droit aux primes de restructuration, sans que le fait, pour un agent concerné par une opération de restructuration, de faire valoir des vœux pour sa nouvelle affectation ne puisse être analysée comme une demande de mutation à son initiative, même lorsque la décision prise par l'administration répond au souhait formulé.
5. En l'espèce, par courrier du 20 décembre 2019, M. B, qui n'avait pas fait de demande de mutation au titre du mouvement annuel intervenant en septembre 2019, a sollicité sa nomination au sein de la direction départementale de sécurité publique de Haute-Savoie à compter du 1er février 2020 ou du 1er mars 2020, en faisant explicitement référence à la restructuration en cours du service dans lequel il exerçait. Il doit dès lors être regardé, non comme ayant sollicité une mutation, mais comme ayant émis un vœu dans le cadre d'une opération de restructuration. Par un courrier du 2 mars 2020, le directeur central de la police aux frontières a donné un avis favorable à ce mouvement, en faisant également référence à la restructuration en cours. Si l'arrêté du ministre de l'intérieur désignant la réorganisation de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) de Prévessin comme constituant une opération de restructuration ouvrant droit au bénéfice de la prime de restructuration n'a été pris que le 14 août 2020, il précise dans son article 5 que " les primes et allocations sont ouvertes pour les mutations et déplacements intervenant à ce titre entre le 1er juin 2019 et le 30 juin 2021 ". Par suite, M. B est fondé à soutenir que sa mutation, décidée par un arrêté du 27 mars 2020, est intervenue dans le cadre d'une opération de restructuration ouvrant droit au bénéfice de la prime de restructuration de service et de l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la décision retirant à M. B le bénéfice de la prime de restructuration doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation, par le présent jugement, de la décision en litige et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y fasse obstacle, cette annulation implique nécessairement que le ministre accorde à M. B le bénéfice de la prime de restructuration sollicitée.
Sur les frais du litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision retirant à M. B le bénéfice de la prime de restructuration est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur d'accorder à M. B le bénéfice de la prime de restructuration au titre de sa mutation intervenue le 1er avril 2020.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
M. Callot et M. A, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le rapporteur,
A. Callot
Le président,
J.P. Wyss
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026