vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201098 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ANGOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2022, la SASU Maya Bat, représentée par Me Angot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge les sommes de 18 250 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de d'éloignement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
3°) à titre subsidiaire, de ramener les sommes dues respectivement aux montant de 1 000 euros et de 0 euros et de la décharger du surplus ;
4°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la somme mise à sa charge au titre de l'article L. 8253-1 du code du travail est disproportionnée ;
- la contribution forfaitaire mise à sa charge au titre de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion de la réalisation d'un chantier, M. C B, employé de la société Maya Bat, a fait l'objet d'un contrôle d'identité le 10 novembre 2020 au cours duquel l'irrégularité de sa situation au titre du séjour comme du travail a été révélée. Un procès-verbal d'infraction a été transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 9 février 2021 et la société Maya Bat a été invitée le 29 septembre 2021 à présenter ses observations sur l'éventualité de mise à sa charge de la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution spéciale prévue par l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 9 novembre 2021, notifiée le 12 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis les sommes respectives de 18 250 euros et 2 124 euros à la charge de la société Maya Bat. Cette dernière a formé le 19 novembre 2021, un recours gracieux reçu le 29 novembre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, rejeté par une décision du 21 décembre 2021. La SASU Maya Bat demande l'annulation de la décision du 9 novembre 2021.
2. Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article R. 8253-2 du même code, dans sa rédaction applicable : " I.-Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 (). ".
3. S'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.
4. En premier lieu, Mme F D, qui bénéficiait, en l'absence de Mme E A, d'une délégation de signature en date du 19 décembre 2019, régulièrement publiée, à l'effet de signer notamment l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire, était bien compétente pour signer la décision du 9 novembre 2021, alors qu'il n'est si soutenu, ni allégué et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E A n'ait pas été absente ou empêchée.
5. En deuxième lieu, il ressort de la combinaison des dispositions citées au point 2 que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne disposait d'aucune capacité de modulation de la sanction infligée à la requérante, en raison de la pluralité d'infractions relevées à son encontre.
6. En troisième lieu, pour contester la proportionnalité de l'amende prononcée à son encontre, la société requérante ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel dans la commission du manquement qui lui est reproché ni, dès lors qu'elle ne soutient pas avoir respecté les obligations de vérification de l'existence du titre de travail de l'étranger employé découlant de l'article L. 5221-8 du code du travail, sa prétendue bonne foi. Si la société requérante fait état des difficultés financières dans lesquelles la placerait l'exécution de la sanction attaquée, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'existence ou de l'ampleur desdites difficultés.
7. Il résulte par ailleurs de l'instruction et ainsi que l'a relevé l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. C B se trouvait à la fois en infraction au regard de la législation relative aux travailleurs étrangers et en infraction au regard de la législation relative au séjour en France. Dans ces conditions, la seule circonstance, à la supposer même avérée, que la sanction en litige soit la première adressée à la requérante, n'est pas à elle seule d'une particularité telle qu'elle nécessiterait que la société Maya Bat soit, à titre exceptionnel, dispensée de la contribution spéciale.
8. En dernier lieu, aux termes du II de l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date des faits en litige, depuis repris à l'article R. 822-3 du même code, le montant de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement de l'étranger dans son pays d'origine prévue à l'article L. 626-1, devenu l'article L. 822-2, " est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé du budget, en fonction du coût moyen des opérations d'éloignement vers la zone géographique de réacheminement du salarié () ".
9. Si les dispositions antérieures de cet article prévoyaient que le montant de la contribution était fixé chaque année par un arrêté ministériel, elles ne disposaient pas, même implicitement, que cet arrêté devenait caduc à la fin de chaque année en l'absence d'un nouveau texte. Par suite, l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine, toujours en vigueur, constitue l'arrêté d'application prévu au II de l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article R. 822-3 du même code. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la contribution forfaitaire serait dépourvue de base réglementaire ne peut donc être accueilli.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 novembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, celles tendant à la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à la charge de la société requérante.
11. Pour les mêmes raisons qu'exposées au points 5 à 7 du présent jugement, les conclusions tendant à la réduction du montant des amendes infligées, présentées à titre subsidiaires, ne peuvent qu'être rejetées.
12. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la société Maya Bat demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Maya Bat est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Maya Bat et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. LEFEBVRE
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026