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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201167

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201167

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantGAYET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2022, M. A C, représenté par Me Gayet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 31 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaitre sa demande d'hébergement comme urgente et prioritaire ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il vit dans la rue depuis plus d'un an malgré ses appels au 115 ;

- il met en œuvre d'importants efforts d'intégration ;

- il ne dispose d'aucune ressource.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Gayet, avocate de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité guinéenne, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, a saisi la commission de médiation du département de l'Isère, le 25 novembre 2021, d'un recours amiable tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente en application du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. Toutefois, si la commission préconise un accueil dans un logement de transition ou dans un logement-foyer, le délai est porté à trois mois. Passé le délai applicable, s'il n'a pas été accueilli dans l'une de ces structures, le demandeur peut exercer le recours contentieux défini au II de l'article L. 441-2-3-1. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé le 25 novembre 2021 devant la commission départementale de l'Isère une demande d'hébergement. Un accusé de réception lui a été adressé le 7 janvier 2022 et une décision implicite de rejet est née le 31 janvier suivant. Par lettre datée du 7 février 2022, dont les services de la préfecture ont accusé réception le 10 février 2022, le conseil de M. C a demandé la communication des motifs du refus. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait répondu à cette demande. Par suite, la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite par laquelle la commission de médiation a refusé de regarder comme prioritaire et urgente la demande d'hébergement de M. C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de procéder à un nouvel examen de la situation de l'intéressé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gayet, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gayet de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 31 janvier 2022 de la commission de médiation de l'Isère refusant de reconnaître la demande d'hébergement de M. C comme prioritaire et urgente est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de l'Isère de procéder à un nouvel examen de la situation de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 900 euros à Me Gayet, avocate de M. C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gayet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gayet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président,

J. P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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