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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201708

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201708

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSECHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022 et un mémoire du 22 décembre 2023, non communiqué, Mme E, représentée par Me Séchaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'Agence nationale de l'habitat du 18 octobre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 18 janvier 2022 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'Agence nationale de l'habitat de verser la subvention à Mme E à hauteur de 4 000 euros, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sur le fondement L. 911-1 du code de justice administrative, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Agence nationale de l'habitat de prendre une nouvelle décision sur la demande de subvention tenant compte du fait que cette dernière n'avait pas entamé de travaux au jour de sa demande, et ce dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat à verser une somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de l'avocate de la requérante, laquelle s'engage à renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en raison du non-respect du principe du contradictoire ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait.

Un mémoire en défense a été enregistré le 29 novembre 2023, présenté par l'Agence nationale de l'habitat, qui conclut au rejet de la requête.

L'agence nationale de l'habitat soutient que les moyens de la requête de Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 29 décembre 2022 modifiant l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié et l'arrêté du 7 avril 2022 relatifs à la prime de transition énergétique, et l'arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Séchaud, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a demandé à bénéficier de la prime de transition énergétique pour des travaux à réaliser sur le logement situé à Vif et dont elle est propriétaire. Par une décision du 28 juillet 2021, l'Agence nationale de l'habitat lui a attribué, sous condition, une subvention de 4 000 euros pour les travaux déclarés et à réaliser. Par une décision du 18 octobre 2021, la directrice générale de l'agence nationale de l'habitat a retiré cette décision et refusé de lui attribuer la subvention initialement accordée. Le même jour, Mme E a déposé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, dont l'agence a accusé réception le 11 novembre 2021. Une décision implicite de rejet est née le 18 janvier 2022 du silence gardé par l'agence sur ce recours, et dont Mme E demande l'annulation.

Sur la légalité externe :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a reçu un courriel d'information préalable au retrait de sa prime le 30 septembre 2021 pour lui permettre de présenter ses observations. Par un premier courriel du 30 septembre 2021 Mme E a présenté ses observations. Par un second courriel du 1er octobre 2021 Mme E a complété ses observations en indiquant qu'elle avait fait effectuer ses travaux postérieurement à l'autorisation de travaux figurant dans le courriel d'accusé de réception. Par suite, la requérante a été en mesure de présenter ses observations. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur la légalité interne :

3. Pour refuser à Mme E, le bénéfice de la prime de transition énergétique pour les travaux à réaliser sur son logement, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat s'est fondée sur le motif que la date de la facture était antérieure à la date du dépôt de la demande de subvention.

4. Aux termes du 1er alinéa du II de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique modifié, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision implicite rejetant le recours de la requérante : " Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime "

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a déposé une demande de prime de transition énergétique le 14 janvier 2021. La facture du 6 décembre 2020 d'un montant de 4 800 euros HT (5 064 euros TTC) mentionne qu'il s'agit d'un acompte sur devis. La facture du 8 décembre 2020 d'un montant de 8 409,05 euros TTC mentionne une date de livraison des travaux le même jour, soit antérieurement à la date de la demande de prime. De surcroit, les mentions de cette facture, qui font état d'un acompte déjà versé de 5 000 euros et non de 4 800 euros, ne sont pas cohérentes avec la facture d'acompte. Si Mme E a versé ultérieurement une nouvelle facture datée du 19 janvier 2021, qui fait état d'une date de livraison ce même jour, cette facture ne porte pas le mention " facture rectificative ". L'attestation de l'artisan ayant assuré les travaux, ne permet pas davantage d'expliquer pourquoi une nouvelle facture a été éditée le 19 janvier 2021 avec une date d'exécution des travaux différente de la facture initiale. De surcroit, Mme E n'explique les raisons de ces discordances et incohérences entre les factures. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a retiré la décision du 28 juillet 2021 et refusé de lui attribuer la subvention demandée et Mme E n'est pas fondée à en demander l'annulation. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de Me Séchaud tendant à l'application de l'article 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Séchaud tendant à l'application de l'article 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Séchaud et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B D, première-conseillère,

- Mme B A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

E. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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