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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201726

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201726

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LACHAT MOURONVALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022 et un mémoire enregistré le 1er septembre 2022, Mme A B, représentée par la SCP Lachat - Mouronvalle, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir le permis de construire que le maire de Saint Clair de la Tour a délivré à la société civile immobilière (SCI) TS par arrêté du 25 janvier 2022 pour la construction d'un bâtiment comprenant 7 logements sur l'emprise d'un bâtiment existant demeuré inachevé ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint Clair de la Tour et de la SCI TS la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché de vices de procédure dans la mesure où le dossier de demande de permis de construire est incomplet et incohérent ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- cet arrêté méconnaît l'arrêté préfectoral n°2009-06236 ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) qui renvoient à l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme ainsi que cet article ;

- cet arrêté méconnaît l'article 2-1-2 du PLUi ;

- cet arrêté méconnaît le plan de prévention des risques naturels prévisibles inondation de la Bourbre moyenne.

La SCI TS, représentée par Me Barichard, a présenté un mémoire, enregistré le 24 juin 2022 par lequel elle conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce que le tribunal fasse application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par la SCI TS, désormais représentée par Me Aldeguer, enregistré le 12 mars 2024 après clôture de l'instruction intervenue le 19 septembre 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Villard pour larequérante et de Me Aldeguer pour la SCI TS.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI TS est propriétaire de trois parcelles cadastrées n°AC 207, 208 et 209 situées sur le territoire de la commune de Saint Clair de la Tour. Initialement, ce terrain supportait deux constructions dont un bâtiment à usage mixte d'habitation et atelier. Le 1er février 2016, la SCI TS a obtenu un permis en vue de la création dans ce bâtiment, sans changement de volume, de 4 logements. Après toutefois démolition dudit bâtiment, elle a entrepris une nouvelle construction d'un volume supérieur. Par arrêté du 12 octobre 2018, le maire de Saint Clair de la Tour lui a ordonné l'interruption immédiate de ces travaux. Ultérieurement et afin de régulariser cette situation, la SCI TS a présenté une demande de permis de construire le 31 décembre 2020, rejetée par arrêté du 3 juin 2021. Le 19 octobre 2021, elle a présenté une nouvelle demande pour la réalisation d'un projet prenant " fondation sur l'emprise d'un bâtiment existant non achevé à ce jour " consistant en la réalisation de 6 logements. Sa demande a été acceptée par arrêté du 25 janvier 2022 mais l'exécution de cet acte a été suspendue par le juge des référés du tribunal de céans par ordonnance du 13 juillet 2022. Dans la présente instance, Mme B, voisine du terrain d'assiette de ce projet, demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 25 janvier 2022.

2. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté préfectoral n°2009-06236 du 1er juillet 2009 : " Il est établi des périmètres de protection () rapprochés () autour du puits de Passeron. / () / Périmètre de protection rapprochée : commune de Saint Clair de la Tour - section AC - parcelles () 207 à 209 () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " () A l'intérieur du périmètre de protection rapproché sont interdits : 1. toute nouvelle construction, superficielle ou souterraine, ainsi que l'extension et le changement de destination des bâtiments existants. / Peuvent néanmoins être autorisés () : () le changement de destination des bâtiments existants (4 murs, 1 toit) dans les volumes existants, en bâtiment d'habitation () ".

3. En l'espèce, le projet autorisé par l'arrêté en litige se trouve dans le périmètre de protection rapproché autour du puits de Passeron institué par arrêté préfectoral du 1er juillet 2009. Il se présente comme prenant fondation sur l'emprise d'un bâtiment existant demeuré inachevé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ce bâtiment, implanté sur les parcelles 207, 208 et 209, a été construit après démolition de l'ancien immeuble à vocation mixte d'habitation et atelier pour la rénovation de laquelle la SCI TS avait obtenu un permis de construire le 1er février 2016. Dans ces circonstances, cet immeuble ne peut être regardé comme un " bâtiment existant " au sens des dispositions précitées de l'article 7 de l'arrêté du 1er juillet 2009 mais correspond à une " nouvelle construction " au sens de ce même article. En conséquence, en autorisant l'achèvement d'une telle construction pourtant prohibée par l'article 7 de l'arrêté préfectoral du 1er juillet 2009, le permis en litige a méconnu cet arrêté. Le moyen correspondant de la requête doit donc être accueilli.

4. Aux termes de l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels, en cas de réalisation d'un programme de logements, un pourcentage de ce programme est affecté à des catégories de logements qu'il définit dans le respect des objectifs de mixité sociale ". Aux termes du 1 du paragraphe U1 du titre 2 du règlement du PLUi des vallons de la Tour et de la vallée de l'Hien : " Mixité sociale / () / Les secteurs 1, 2, 3, 4 des zones U des communes de () Saint Clair de la Tour () sont soumis dans leur intégralité à l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme. A ce titre dans tout programme à partir de 10 logements construits ou de 500 m2 de surface de plancher de logement créée, 20 % au minimum du nombre de logements et représentant au moins 20 % de la surface de plancher de logement crée, devront être affectés à des logements tels que décrits à l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation en vigueur () ".

5. Selon les indications figurant sur l'arrêté en litige, la surface de plancher construite autorisée par le permis en litige est de 732 m2 de surface de plancher construite et de 980 m2 de surface de plancher totale et non des 400, 1 m2 évoqués par la pétitionnaire dans la notice de présentation produite à l'appui de sa demande, cette dernière surface correspondant à la seule emprise au sol du bâtiment existant. Ce projet excède ainsi le seuil de 500 m2 prévu par les dispositions citées au point précédent. Par suite, il est soumis à l'obligation de création de logements sociaux instituée par ces mêmes dispositions. En l'espèce, cette obligation n'a pas été respectée. Il en résulte que Mme B est fondée à invoquer la méconnaissance, par le permis délivré à la SCI TS, du 1 du paragraphe U1 du titre 2 du règlement du PLUi des vallons de la Tour et de la vallée de l'Hien. Le moyen correspondant doit donc être accueilli.

6. L'article 2-1-2 du paragraphe U2 du titre 2 du PLUi des vallons de la Tour et de la vallée de l'Hien impose en secteur C le respect d'une distance minimale de 12 mètres entre deux constructions non contiguës implantées sur une même parcelle lorsque la plus haute est de niveau R+2.

7. En l'absence de définition différente du terme " niveau " par le règlement du PLU, ce dernier doit s'entendre selon le sens commun d' " étage ", à savoir comme l'espace compris entre deux planchers successifs d'un édifice. En l'espèce, il résulte des photographies figurant dans la demande présentée par la SCI TS que le bâtiment que le projet en litige se propose d'achever comporte trois niveaux de planchers. Il s'agit donc d'une construction R+2. De fait, même si le projet contesté prévoit la suppression de la volée de marches extérieure conduisant au second étage de ce bâtiment ainsi que l'occultation des fenêtres dont ce niveau était pourvu, de tels travaux ne sont de nature à faire disparaître ce second étage. Il s'ensuit que, par application des dispositions décrites au point 6, une distance minimale de 12 mètres aurait dû être respectée entre cet immeuble et la maison d'habitation implantée sur le même terrain. Tel n'est pas le cas en l'espèce. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté en litige, de l'article 2-1-2 du paragraphe U2 du titre 2 du PLUi des vallons de la Tour et de la vallée de l'Hien doit être accueilli.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête doivent être écartés.

9. Comme exposé au point 3, le permis en litige autorise l'achèvement d'un type de construction prohibé par l'arrêté préfectoral n°2009-06236 du 1er juillet 2009. La régularisation d'une pareille illégalité n'est pas possible. Par suite, les conclusions subsidiaires, présentées par la SCI TS, tendant à ce que le tribunal fasse applications de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Saint Clair de la Tour et de la SCI TS la somme de 1 500 euros à verser, à parts égales, à Mme B. En revanche, les conclusions présentées sur le même fondement par la SCI TS, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le permis de construire que le maire de Saint Clair de la Tour a délivré à la société civile immobilière (SCI) TS par arrêté du 25 janvier 2022 pour la construction d'un bâtiment comprenant 7 logements sur l'emprise d'un bâtiment existant demeuré inachevé est annulé.

Article 2 : La commune de Saint Clair de la Tour et la SCI TS verseront à Mme B, à parts égales, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Saint Clair de la Tour et à la société civile immobilière TS.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller ;

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201726

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