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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201756

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201756

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LEVANTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars 2022 et 8 novembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Vailly a délivré à M. B un permis de construire portant sur la réalisation d'une maison individuelle, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

-l'arrêté méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme en ce que la construction autorisée ne peut être regardée comme rattachée à l'ensemble construit existant ;

-le classement en zone construction par la carte communale méconnait les dispositions des articles L. 151-9, L. 151-11, L. 151-12 et R. 151-25 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le maire était tenu de surseoir à statuer sur la demande de M. B au regard du contenu du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) intercommunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, M. B, représenté par Me Levanti, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il fait valoir que les moyens du déféré du préfet ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 15 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Levanti représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 avril 2021, le maire de Vailly a délivré à M. B un permis de construire une maison d'habitation de 80 m² sur un tènement situé rue des Charges au lieudit " Les Plagnes " et cadastré section E n°644, 645 et 646 sur la commune de Vailly. Le préfet de la Haute-Savoie a formé le 24 novembre 2021 un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par une ordonnance du 13 avril 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'exécution du permis de construire délivré à M. B au motif que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du maire à ne pas avoir opposé un sursis à statuer étaient de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par une ordonnance du 8 juin 2022, le juge des référés de la Cour administrative d'appel de Lyon a rejeté l'appel de M. B en retenant toutefois que seul le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme était propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. " Ces dispositions régissent entièrement la situation des communes classées en zone de montagne pour l'application de la règle de constructibilité limitée, qu'elles soient ou non dotées d'un document d'urbanisme. L'article L. 122-5-1 du même code dispose : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ".

3. Par " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants ", au sens des dispositions du III de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, il convient d'entendre un groupe de plusieurs bâtiments qui, bien que ne constituant pas un hameau, se perçoivent, compte tenu de leur implantation les uns par rapport aux autres, notamment de la distance qui les sépare, de leurs caractéristiques et de la configuration particulière des lieux, comme appartenant à un même ensemble.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des plans cadastraux et des photographies aériennes, mais également du site internet " Géoportail ", accessible tant au juge qu'aux parties, que le bâtiment le plus proche se situe à environ 40 mètres du terrain d'assiette du projet mais de l'autre côté de la route des Charges et du même côté de cette même route, le bâtiment le plus proche se trouve à environ 50 mètres, de sorte que le projet litigieux ne peut être regardé comme étant en continuité d'urbanisation avec les habitations. De surcroit, s'il existe quelques maisons resserrées au sud de la parcelle concernée par le projet à l'endroit où la route des Charges forme un coude, il n'existe ensuite qu'une seule maison du même côté de cette parcelle le long de la route des Charges. Ainsi compte tenu de leur faible nombre, de leur implantation espacée et de leur caractéristique, ces constructions ne constituent pas un groupe de constructions en continuité duquel l'urbanisation est permise. Dans ces conditions, le projet litigieux ne peut être regardé comme situé en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations au sens des dispositions précitées. Ainsi, l'arrêté en litige, qui permet une urbanisation sans continuité avec un groupe de constructions existantes, méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être accueilli.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Savoie est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le maire de Vailly a délivré à M. B un permis de construire ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.

7. L'Etat n'étant partie perdante à l'instance, les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 2 avril 2021 du maire de la commune de Vailly est annulé ainsi que la décision de rejet du recours gracieux.

Article 2 :Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à M. A B et à la commune de Vailly.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

Le président,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201756

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