jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, Mme C, représentée par Me Gillioen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision orale du 11 janvier 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 50 euros par jour de retard :
- à titre principal : de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et ce dans un délai de trente jours à compter du jugement,
- à titre subsidiaire : de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant .
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire.
Par courrier du 14 octobre 2022, le préfet de l'Isère a été mis en demeure, en application de l'article R.612-3 du code de justice administrative de produire ses observations en réponse à la requête dans un délai de trente jours.
Par une ordonnance du 27 mars 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Thierry, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante comorienne, née en 1986, est entrée sur le territoire français, à Mayotte, où elle a séjourné régulièrement à partir de 2011, année à partir de laquelle un titre de séjour, renouvelé depuis lors à plusieurs reprises, lui a été délivré en qualité de parent d'enfant français. Suite à son arrivée en métropole, en octobre 2018, le préfet de l'Isère lui a délivré le 4 février 2019 une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 3 février 2020. Consécutivement à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, des récépissés lui ont été régulièrement délivrés, le dernier expirant le 15 décembre 2021. S'étant présentée en préfecture le 11 janvier 2022 au rendez-vous qui lui avait été fixé, elle expose que son récépissé n'a pas été renouvelé et que l'agent qui l'a reçu lui a indiqué que sa demande de renouvellement de son titre de séjour était rejetée. Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". La requête de Mme A a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a produit aucune observation en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée à cette fin le 14 octobre 2022. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour inexactes les affirmations de Mme A selon lesquelles la décision de refus de renouveler son titre de séjour lui a été délivrée de façon orale par l'agent qui l'a reçue en préfecture le 11 janvier 2022.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la décision orale litigieuse lui a été communiquée avec l'indication des motifs de fait et de droit qui la fondent. Mme A est ainsi fondée à soutenir que cette décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2.
4. En troisième lieu, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dispose à son article L. 423-7 que " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " ; et à son article L. 423-8 que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".
5. En l'espèce, il n'est pas contesté par le préfet de l'Isère, que Mme A est mère de trois enfants français nés respectivement en 2006, 2009 et 2014 de deux pères différents. Le préfet, ne conteste pas davantage que Mme A a la charge de ses trois enfants, qui vivent avec elle, et qu'elle contribue effectivement à leur entretien et à leur éducation. Il n'est pas non plus contesté, que le père français des deux derniers enfants de Mme A contribue également à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. L'inexactitude de ces faits, auxquels est réputé acquiescer le préfet, ne ressort d'aucune pièce du dossier. Par suite, Mme A, qui remplit les conditions prévues par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée à soutenir que le préfet de l'Isère les a méconnues en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles (), L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Mme A remplissant les conditions d'obtention du titre prévues par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est également fondée à soutenir qu'en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour, le préfet de l'Isère, qui l'a ainsi privée d'une garantie, a entaché sa décision d'un vice de procédure.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse du 11 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
9. L'annulation de la décision litigieuse implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, le préfet de l'Isère lui délivrera une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification. Il n'y pas lieu, dans ces mêmes circonstances, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qu'il versera à Mme A, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 11 janvier 2022 du préfet de l'Isère est annulée.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, il lui délivrera une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification.
Article 3 :L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Hamdouch, premier conseiller,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le président,
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
S. Hamdouch
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22017742
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026