vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | KUMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Kummer, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de trente jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
* La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
* La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît le droit d'être entendu ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Dakar le 1er août 1995 et publiée par le décret n° 2002-337 du 5 mars 2002 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil,
- et les observations de Me Kummer, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1985, est entrée en France le 26 août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 5 août 2019 au 25 août 2020 afin de poursuivre ses études en France. Le 13 août 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2022. Dès lors, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". L'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, à partir de l'ensemble des pièces du dossier, la réalité et le sérieux des études poursuivies.
4. Pour refuser à Mme B le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que Mme B s'est réorientée dans de nouvelles études sans lien avec celles qu'elle a précédemment poursuivies, sans démontrer être dans l'impossibilité de poursuivre ses études et de mener à terme son projet professionnel hors de France.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu en 2019 un diplôme de philologie en Russie. La même année, elle est arrivée en France dans le but de poursuivre un master 1 en langue russe à l'université Grenoble Alpes, qu'elle a obtenu. Elle a poursuivi cette formation dans la même université au cours de l'année universitaire 2020-2021, à l'issue de laquelle elle a obtenu son master 2. Au titre de l'année 2021-2022, elle a été admise en master 1 en sciences sociales, mention " Vieillissement, Handicap, Santé, Sociétés " au sein de l'université Grenoble Alpes, et a ainsi entamé un nouveau cursus. Si ce changement de parcours est sans lien avec ses études en langue russe, il ressort des pièces du dossier que Mme B a suivi dans son pays, entre 2007 et 2013, des études d'infirmière, démontrant ainsi, par son expérience précédente au Sénégal, avoir déjà manifesté un intérêt pour le domaine du soin à la personne. En outre, depuis juillet 2020, elle a travaillé en contrat à durée indéterminée en parallèle de ses études, à raison de quelques heures par semaine, auprès de l'agence d'aide à domicile France Présence en qualité d'assistante de vie auprès de personnes âgées et handicapées, notamment pendant la période d'état d'urgence sanitaire. Ainsi, elle a poursuivi un engagement dans ce domaine en parallèle de ses études. Dans le cadre de son master 1 en sciences sociales, mention " Vieillissement, Handicap, Santé, Sociétés ", elle a signé le 22 février 2022 une convention de stage entre son employeur France Présence et l'université Grenoble Alpes. Elle produit de nombreuses attestations des professeurs de ce master 1 qui témoignent de son sérieux, ainsi que de la cohérence de son parcours au regard de ses études d'infirmière et de son expérience d'auxiliaire de vie, raisons qui ont justifié son admission dans cette formation sélective. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que dès le mois de juin 2020, elle a envisagé de poursuivre une formation en tant qu'aide-soignante, en se présentant à des épreuves de sélection dans deux centres de formation. Ainsi, et compte tenu des acquis théoriques et professionnels de la requérante ainsi que des circonstances particulières de l'espèce liées à son engagement auprès de personnes âgées et handicapées dans un contexte de crise sanitaire, son unique changement de cursus ne remet pas en cause la cohérence de son parcours de formation au regard de son projet professionnel. La circonstance que Mme B ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études supérieures dans son pays d'origine est sans incidence, dès lors que les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise ne posent une telle condition que pour les stages de formation. Dans ces circonstances, le préfet de l'Isère, en refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B, a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 24 février 2022 portant refus de titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".
8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel elle est fondée, que le préfet de l'Isère délivre à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Il est enjoint au préfet d'y procéder dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kummer, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kummer de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 24 février 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve que Me Kummer renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Kummer la somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Kummer et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026