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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201895

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201895

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantALAMPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 mars et 24 mai 2022, M. A C, représenté par Me Alampi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer sans délai un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie de dix années de présence en France ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie de dix années de présence en France ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 février 2022.

Par une ordonnance du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Alampi, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1977, déclare être entré en France le 1er mai 2010 sous couvert de son passeport en cours de validité et de sa carte de séjour résident " longue durée CE " délivrée par les autorités italiennes. Le 22 mars 2012, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 20 août 2012. En exécution de cette mesure d'éloignement, il est sorti du territoire français à une date indéterminée. Le 2 juin 2015, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et a fait l'objet d'un arrêté portant refus et obligation de quitter le territoire le 29 juin 2015. Il a également exécuté cette mesure le 18 juillet 2015. Le 18 mai 2020, il a sollicité un titre de séjour de nouveau sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ainsi que sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 septembre 2021, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 24 septembre 2021 a été signé par M. Portal, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 7 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en cause doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de l'Isère se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre ses décisions.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté du 24 septembre 2021 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent le refus de séjour contesté. Le préfet n'était pas tenu de mentionner dans son arrêté l'ensemble des éléments se rapportant à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, M. C ne peut sérieusement soutenir qu'il réside en France depuis plus de dix ans, alors qu'il a quitté le territoire français à la suite de la première mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2012, qu'il s'est vu délivrer une carte de séjour en Italie en 2013 et qu'il a de nouveau quitté le territoire français en juillet 2015 en exécution de la deuxième mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de se statuer sur sa demande.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Comme il a été dit, M. C ne peut se prévaloir d'une durée de présence en France de plus de dix ans. Les pièces médicales qu'il produit, établies les 18 janvier 2021 et 30 avril 2021 par le même praticien, sont insuffisamment précises et circonstanciées pour établir que sa présence aux côtés de sa mère, titulaire d'une carte de séjour et souffrant de pathologies chroniques cardiaques, thyroïdienne et diabétique, serait indispensable pour l'assister dans les gestes de la vie quotidienne. Le requérant, célibataire et sans enfant, ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre frères et trois sœurs. Dans ces circonstances, en refusant de l'admettre au séjour, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ainsi, les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision obligeant à quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

10. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

11. Au cas d'espèce, M. C a eu la possibilité de faire valoir, durant la période d'instruction de sa demande de délivrance d'un titre de séjour, les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. Ainsi, en obligeant le requérant à quitter le territoire français sans l'avoir préalablement et expressément invité à formuler de nouvelles observations, le préfet de l'Isère n'a pas privé l'intéressé de son droit d'être entendu.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Isère aurait dû saisir la commission du titre de séjour est inopérant à l'égard de la décision d'éloignement.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. La circonstance que M. C aurait quitté l'Algérie depuis 20 ans et serait admissible en Italie ne fait pas obstacle à ce que le préfet de l'Isère désigne l'Algérie comme pays de destination, ni ne lui impose de choisir l'Italie à cette fin. En tout état de cause, l'arrêté attaqué prévoit que le requérant pourra être éloigné à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout autre pays où il est légalement admissible. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Alampi et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

N. BARDAD

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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