mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201931 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 25 mars 2022 et le 2 juin 2022, M. C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique du 13 décembre 2021 demandant l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 3 novembre 2021 et l'annulation de cette décision ;
2°) d'annuler les décisions de retraits de points imputés à son permis de conduire pour les infractions des 24 octobre 2020, 9 août 2020, 4 avril 2020 et 8 avril 2019 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire avec ses points restitués ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que:
- sa requête est recevable dès lors qu'il ne peut produire la décision attaquée du fait du refus implicite de l'administration de lui transmettre la copie de la décision référencée " 48SI " qu'il n'a jamais reçue ;
- les décisions de retraits de points pour les infractions des 24 octobre 2020, 9 août 2020, 4 avril 2020 et 8 avril 2019 portées sur le relevé d'information intégral le concernant méconnaissent l'obligation d'information préalable obligatoire en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et il n'en a pas eu notification ;
- la réalité de ces infractions n'est pas établie puisqu'il n'a pas payé les amendes correspondantes ni reçu les titres exécutoires et il a déposé plusieurs réclamations contentieuses pour ces infractions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'elle n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C conteste les retraits de points imputés à son permis de conduire pour les infractions commises les 8 avril 2019, 4 avril 2020, 9 août 2020 et 24 octobre 2020, ainsi que la décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 13 décembre 2021 contre la décision " 48SI ".
2. Il ressort du relevé d'information intégral de M. C, daté du 3 mai 2022 et produit par le ministre de l'intérieur au soutien de son mémoire en défense, que le requérant a bénéficié d'une reconstitution totale des 12 points de son permis de conduire le 1er décembre 2018. Il est en outre mentionné sur ce document les infractions contestées, toutes constatées par procès-verbal électronique et totalisant treize points retirés. Concernant la lettre référencée " 48SI ", ce relevé mentionne " Accusé de réception n° du 03/11/2021 (A/P) Enregistrée le 07/12/2021 ". La mention (A/P) indique la date à laquelle un avis de passage de la poste a été laissé au domicile de l'intéressé si le pli a été retourné au ministère comme non réclamé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :
3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Ainsi, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
4. Selon l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;
5. Cependant il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, les quatre documents produits à l'instance par le requérant, intitulés " Réclamation conforme aux dispositions de l'article 530 du CPP " adressés au Tribunal judiciaire de Thonon Les Bains, tous datés du 13 décembre 2021 et reçus par le Tribunal le 16 décembre 2021, n'établissent pas l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 8 avril 2019, 4 avril 2020, 9 août 2020 et 24 octobre 2020. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route.
En ce qui concerne l'absence d'information préalable :
6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.
7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
8. L'administration produit les procès-verbaux électroniques relatifs aux infractions des 4 avril 2020 (- 3 points), 9 août 2020 (- 4 points) et 24 octobre 2020 (- 3 points) soit dix points retirés. Le requérant a signé le procès-verbal du 24 octobre 2020 mais a refusé de signer les procès-verbaux du 4 avril et du 9 août 2020. Comme rappelé au point 7 ces procès-verbaux électroniques font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations requises. Ainsi pour ces trois infractions il est établi que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été délivrées à M. C.
9. En revanche le procès-verbal électronique produit à l'instance, daté du 10 avril 2019 et concernant l'infraction commise le 8 avril 2019 à Epagny Metz-Tessy pour les faits " usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation ", n'est pas signé du contrevenant. Le bordereau de transmission à l'officier du ministère public indiquant la remise à la poste le 16 avril 2016 d'un avis de contravention à M. C non retourné, ne permet pas d'établir que celui-ci a été destinataire des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation du retrait de points afférent à l'infraction commise le 8 avril 2019 et par suite l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 3 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique la restitution au capital de points affectés au permis de conduire de M. C des trois points retirés à la suite de l'infraction commise le 8 avril 2019. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces points dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de retrait de trois points afférente à l'infractions du 8 avril 2019 sur le permis de M. C est annulée ainsi que la décision du ministre de l'intérieur référencée " 48SI " du 3 novembre 2021 constatant l'invalidité du permis de conduire de M. C.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir trois points sur le permis de conduire de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de la commission de nouvelles infractions justifiant des retraits de points et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La magistrate désignée,
D. ALa greffière,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201931
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026