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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201988

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201988

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, Mme B , représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier , demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2021 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre à la Préfecture de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- Faute de justifier d'une délégation de signature, les décisions en litige sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant invitation à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoires en défense, enregistrés le 5 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondée.

Par ordonnance du 7 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la N° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Bescou, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turque, née en 2000, a sollicité le 9 juillet 2020 la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 1er novembre 2021, le Préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Les décisions au litige ont été signées par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la Préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 24 septembre 2021 régulièrement publié. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Mme B, qui produit plusieurs attestations de scolarité sur une période allant de 2016 à 2020 ainsi que son certificat d'aptitude professionnelle obtenu en 2020, fait valoir qu'elle réside en France depuis 2016. Ces éléments étant complétés par des attestations de stage réalisés sur cette même période. Toutefois, Mme B, qui ne produit pas la copie de l'ensemble des pages de son passeport, n'établit pas que les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles : " elle a quitté le territoire français le 14 octobre 2016 ; elle est revenue le 10 septembre 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour circulation délivré le 16 août 2018 à Istanbul et valable jusqu'au 15 août 2019 pour une durée de séjour de 90 jours par semestre () " seraient erronées. En tout état de cause, à supposer qu'en retenant que Mme B avait quitté le territoire français le 14 octobre 2016 pour revenir le 10 septembre 2018, le Préfet de l'Isère ait commis une erreur de fait, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la rédaction de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment : " qu'elle ne saurait se prévaloir de la présence de ses parents en France, ceux-ci se maintenant délibérément en situation irrégulière ; qu'elle n'établit pas être dénuée d'attaches familiales en Turquie; qu'ayant vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine, elle s'y est nécessairement créée des attaches personnelles et sociales ; () ", que le Préfet de l'Isère aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur la durée de séjour de cinq ans invoquée par Mme B. Par suite, les moyens selon lesquels la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen et d'erreur de fait doivent être écartés.

4. Aux terme de l'article L. 423-23 du code de et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ()" et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l 'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme B fait valoir qu'elle réside habituellement sur le territoire français, avec ses deux parents et ses deux frères, depuis son entrée le 7 octobre 2016. Toutefois, il résulte des pièces du dossier que depuis le terme de ses études elle ne justifie d'aucune activité professionnelle, mais simplement d'un engagement associatif depuis septembre 2021. Mme B n'apporte pas la preuve d'attaches particulières sur le territoire français hormis la présence de membres de sa famille eux-mêmes en situation irrégulière hormis son frère et n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et sociales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de son existence. En outre, Mme B est célibataire, sans charge de famille en France. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Pa suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ; Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ; Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France à l'âge de 16 ans et y résidait donc depuis cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. Si elle se prévaut de ses activités de bénévolat et d'attestations en sa faveur, ces circonstances ne permettent pas d'établir qu'elle a fixé le centre de ses intérêts en France. En outre, ces éléments ne caractérisent pas, l'existence d'un motif exceptionnel ou humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère aurait, en lui opposant un refus de titre séjour portant la mention " vie privée et familiale ", entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Si Mme B fait état de ses activités de bénévole, ces éléments ne peuvent suffire à caractériser des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des dispositions précitées. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 453-1 doivent être écartés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.

11. En deuxième lieu, la décision refusant à la requérante un titre de séjour n'étant pas illégale, cette dernière n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur le délai de départ volontaire:

12. La requérante n'établit pas de motif pour lequel elle aurait besoin d'un délai supérieur à trente jours pour quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être rejeté.

13. En deuxième lieu, la décision l'obligeant à quitter le territoire n'étant pas illégale, cette dernière n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

15. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Bescou et à la Préfecture de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président rapporteur,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le président rapporteur,

C. C

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLILe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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