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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202074

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202074

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 avril 2022, le 27 juin 2022, le 7 septembre 2022 et le 7 novembre 2022, Mme E A, M. D A et la F A.S., représentés par Me Milliand, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler le permis de construire délivré le 17 février 2022 par le maire de la commune des Allues à la SAS Les Chalets d'Ourea ainsi que le permis modificatif du 2 mai 2022 ;

2°) de condamner la commune des Allues au versement d'une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les accès présentent une gêne pour la circulation publique et méconnaissent l'article UB3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'implantation de la place de stationnement extérieure semi-enterrée à l'angle nord-ouest n'est pas conforme à l'article UB7 ;

- le projet est de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, en méconnaissance de l'article UB11 ;

- le dossier de permis de construire ne permet pas d'apprécier l'insertion paysagère du parking métallique et est ainsi insuffisant au regard de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- les places de stationnement ne sont pas conformes à l'article UB12 ;

- le dossier de permis de construire ne permet pas vérifier le respect de l'article UB16 ;

- le projet architectural est insuffisant au regard de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme en ce qui concerne les raccordements aux réseaux d'eau, d'assainissement et d'électricité ;

- le permis modificatif n'a pas purgé les vices du permis initial.

Par des mémoires enregistrés les 8 juin et 7 juillet 2022, la SAS Les Chalets d'Ourea, représentée par Me Bichelonne, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation des requérants à lui verser des dommages-intérêts sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, subsidiairement, au prononcé d'une amende pour recours abusif.

3°) et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Elle demande le versement des indemnités suivantes :

- 874 000 en cas de réalisation du projet, 1 195 256 euros en cas d'abandon du projet ;

- 50 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2022, la commune des Allues, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Flambant pour les requérants et de Me Frigière pour la commune des Allues.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2022, le maire de la commune des Allues a délivré à la SAS Les Chalets d'Ourea un permis de construire pour la réalisation d'un immeuble de 14 logements. En cours d'instance, un permis modificatif a été délivré le 2 mai 2022. Les requérants demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité du permis de construire du 17 février 2022 modifié le 2 mai 2022 :

En ce qui concerne la composition du dossier de permis de construire :

2. En admettant même que le dossier initial ne précisait pas les conditions de raccordement aux réseaux, dont celui de télécommunications, de manière suffisamment détaillée, cette éventuelle insuffisance a été régularisée par le dossier de demande de permis de construire modificatif qui précise ces informations.

3. Quant à l'insertion paysagère de l'aire de stationnement extérieure, initialement prévue sur une structure métallique et modifiée ultérieurement avec la réalisation d'un enrochement, le dossier du permis de construire modificatif permettait au maire des Allues de se prononcer sur son insertion dans l'environnement proche.

En ce qui concerne le respect de l'article UB3 du plan local d'urbanisme :

4. Aux termes de cet article : " Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique ". Les places de stationnement prévues sur le tènement, en bordure de la voie publique, ne constituent pas des accès au projet. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article UB7 :

5. S'agissant de la place de stationnement extérieure réalisée en limite séparative, les requérants invoquent la méconnaissance des dispositions particulières de l'article UB7 selon lesquelles : " Il est possible de réaliser des constructions annexes isolées à une distance supérieure ou égale à 1 mètre de la limite séparative, à condition que la hauteur ne dépasse pas 3,75 m au point le plus près de la limite séparative. Les constructions annexes isolées peuvent être édifiées jusqu'en limite séparative à condition d'être enterrées sur 3 faces. Les garages enterrés sur 3 faces peuvent être édifiés jusqu'en limite séparative ".

6. Toutefois, cette place extérieure non couverte ne constitue par nature ni un garage ni une construction annexe isolée. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article UB11 :

7. Selon les dispositions générales de cet article :

" 1. Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites ou des paysages.

2. L'implantation des bâtiments doit rechercher l'adaptation la meilleure au terrain naturel, et réduire au maximum les terrassements cisaillant la pente. Tout terrassement doit faire l'objet de mesures de réhabilitation par apport de terre végétale et ré-engazonnement. Des remblaiements techniques limités (remblais partiels pour permettre une terrasse dans la pente) sont tolérés s'ils ne portent pas atteinte au caractère des lieux.

3. L'implantation, les hauteurs, devront être soigneusement étudiées en fonction du voisinage existant ".

8. Contrairement à ce qui est soutenu, le voisinage n'est pas constitué que de chalets de petite taille mais comporte des bâtiments d'une volumétrie comparable à celui autorisé. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement faire valoir que la structure métallique de l'aire de stationnement extérieure est incompatible avec le caractère des lieux avoisinants dès lors que le permis modificatif l'a remplacée par une aire remblayée soutenue par un enrochement, lequel est d'un aspect comparable avec les murs de soutènement existant dans le secteur. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article UB11 citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article UB12 :

9. Cet article prévoit que " pour être prises en compte, les places aériennes devront être aménagées et stabilisées (goudron, pavés ou tout autre revêtement stabilisé) ". Si l'aire de stationnement initialement prévue ne répondait pas à ces exigences, ce vice a été régularisé par le permis modificatif qui autorise la réalisation d'une aire de stationnement conforme à ces dispositions. Par ailleurs, il n'impose pas que soit réalisée une zone de manœuvre sur le terrain d'assiette du projet. En conséquence, le moyen tiré de la violation de l'article UB12 doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article UB16 :

10. Cet article dispose que " toute construction à usage d'habitation doit donner lieu à la mise en place d'infrastructures numériques adaptées au raccordement des réseaux, existants ou à venir, de dessertes en service de communication électronique haut et très haut débit ". Compte tenu de qui a été dit au point 2, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire du 17 février 2022 modifié le 2 mai 2022.

Sur la demande de dommages-intérêts de la SAS Les Chalets d'Ourea :

12. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme: " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

13. En l'espèce, la requête ne traduit pas un comportement abusif de la part des requérants qui sont voisins immédiats du projet. En conséquence, les conclusions de la SAS Les Chalets d'Ourea présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur la demande tendant au prononcé d'une amende pour recours abusif :

14. La faculté pour le juge, prévue à l'article R. 741-12 du code de justice administrative, d'infliger une amende à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive relève de son pouvoir propre. Dès lors, les conclusions de la SAS Les Chalets d'Ourea tendant à cette fin ne sont pas recevables et, au demeurant, non fondées, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent.

Sur les frais d'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la commune des Allues et de la SAS Les Chalets d'Ourea présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la commune des Allues et à la SAS Les Chalets d'Ourea.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le président, rapporteur,

C. C

La première assesseure,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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