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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202129

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202129

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOTTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 21 octobre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 25 avril 2022, M. D E, Mme O E, M. C B, Mme T B, M. R K, Mme F K, M. Q S, Mme M S, M. I H, Mme N H, M. L A, Mme J A et la SCI Genki Invest, représentés par Me Cottin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Sevrier a accordé un permis de construire à l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie pour la construction d'un projet immobilier de deux immeubles d'habitation comprenant dix-huit logements sur les parcelles cadastrées section AH numéros 998, 999, 1000 et 1001 situées route du Col de Leschaux à Sevrier, ensemble la décision implicite du 9 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Sevrier a rejeté leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sevrier la somme de 300 euros à verser à chaque requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont la qualité de voisins immédiats leur conférant un intérêt direct et certain pour agir ;

- l'article 1.U. du règlement du PLU de Sevrier a été méconnu ;

- l'article 7.2.U. du règlement du PLU de Sevrier a été méconnu ;

- l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme a été méconnu.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 septembre 2022 et le 24 octobre 2022, la commune de Sevrier, représentée par Me Duraz, conclut :

1°) à tire principal au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de faire applications des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge des requérants la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistré le 23 septembre 2022 et le 31 octobre 2022, l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie, représenté par Me Jacques, conclut :

1°) à tire principal au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de faire applications des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, M. C B et Mme T B se désistent de leur requête.

La clôture d'instruction a été fixée le 17 novembre 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sevrier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Cottin, représentant les requérants,

- les observations de Me Duraz, représentant la commune de Sevrier ;

- et les observations de Me Couderc représentant l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 octobre 2021, la maire de la commune de Sevrier à délivré à l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie un permis de construire pour la construction d'un projet immobilier de deux immeubles d'habitation, d'une surface de plancher de 1 173 mètres carrés et comprenant dix-huit logements, sur les parcelles cadastrées section AH numéros 998, 999, 1000 et 1001 situées route du Col de Leschaux à Sevrier (74320). Les requérants ont demandé le retrait de cet arrêté par un recours gracieux implicitement rejeté par le maire de la commune de Sevrier le 9 février 2022. Les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision ainsi que le permis litigieux accordé le 8 octobre 2021.

Sur le désistement :

2. Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, M. et Mme B se désistent de leur requête. Ce désistement et pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. () ".

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

6. L'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie soutient que M. P ne justifie d'aucun d'élément lui conférant un intérêt pour agir au sens de l'article R. 600-4. Toutefois, M. P n'est pas partie au présent litige, il est seulement le représentant de la SCI Genki Invest qui justifie de sa propriété sur la parcelle cadastrée section AH numéro 973 située route du Col du Leschaux. Par conséquent, M. P qui n'est pas partie au litige, n'avait pas à produire un titre justifiant de son occupation ou de sa possession régulière d'un bien affecté par le projet litigieux.

7. Les requérants sont propriétaires des biens situés sur les parcelles voisines immédiates du projet, cadastrées section AH numéros 964, 965, 967, 969, 970, 973, 976 et 978. Le permis litigieux s'inscrit dans un projet immobilier comprenant d'une part, les deux immeubles objets de l'autorisation contestée en l'espèce, délivrée sous numéro PC 074 267 21X0031, qui se situent au Sud de leur propriété, et d'autre part, trois autres immeubles qui seront construits sur le tènement situé au Sud de leurs parcelles et qui font l'objet d'une seconde autorisation de construire accordée sous le numéro PC 074 267 21X0032. Par ailleurs, les immeubles prévus s'élèveront à une hauteur d'environ neuf mètres et disposeront de vues directes sur les propriétés des requérants. Par suite, eu égard à leur qualité de voisins immédiats ainsi qu'aux caractéristiques et à l'implantation du projet, les requérants justifient d'un intérêt pour agir suffisamment direct et certain. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Aux termes de l'article 1.U. du règlement du PLU de Sevrier : " Uniquement dans les périmètres recouvrant le patrimoine bâti délimités au titre de l'article R 123-11.h et réglementés au titre de l'article L151-19 du CU : - toute construction nouvelle à l'exception des constructions et installations annexes des constructions principales existantes. ".

9. Une annexe est une construction secondaire, de dimensions réduites et inférieures à la construction principale, qui apporte un complément aux fonctionnalités de la construction principale. Elle doit être implantée selon un éloignement restreint entre les deux constructions afin de marquer un lien d'usage. Elle peut être accolée ou non à la construction principale avec qui elle entretient un lien fonctionnel, sans disposer d'accès direct depuis la construction principale. Par ailleurs, une construction est un ouvrage fixe et pérenne, comportant ou non des fondations et générant un espace utilisable par l'Homme en sous-sol ou en surface.

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'implantation d'un espace accueillant cinq conteneurs à déchets situé en bordure de voirie afin de faciliter leur ramassage. Si cet espace présente les caractéristiques d'une construction des lors qu'il est un ouvrage fixe et pérenne et qu'il génère un espace utilisable par l'Homme, il ne saurait toutefois, eu égard à sa destination et à ses caractéristiques, constituer une construction nouvelle au sens des dispositions précitées du plan local d'urbanisme. Dès lors que les conteneurs sont des accessoires techniques et communs nécessaires à toute nouvelle habitation, ils doivent être considérés comme des annexes. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.U. du règlement du PLU de Sevrier doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 7.1.U. du règlement du PLU de Sevrier : " Pour l'application des règles ci-après, le calcul se fera au nu de la façade, sans tenir compte de ses éléments de débords éventuels, tels que débords de toitures, balcons, saillies, encorbellements et marquises, à condition que leur profondeur par rapport à la façade ne dépasse pas 1,50 m, excepté dans le cas d'implantation en limite de propriété voisine. Ne sont pas concernées par cet article les dispositifs techniques nécessaires à l'isolation thermique par l'extérieur des constructions préexistantes à la date d'approbation du PLU. ". Enfin, aux termes de l'article 7.2.U. du même règlement : " Dans la zone U et le secteur Up : - la distance (d) comptée horizontalement de tout point d'une construction ou installation au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude (h) entre ces deux points (d ) h/2), sans pouvoir être inférieure à 4m. ".

12. Si les requérants soutiennent qu'un des balcons présente une profondeur de 1,50 mètre, il résulte des dispositions précitées que seuls les balcons dépassant ce seuil doivent être pris en compte pour le calcul des règles d'implantation. Ainsi, aucun des balcons ne dépassant la limite fixée par le règlement du PLU, ils ne devaient pas être pris en compte dans le calcul de l'implantation par rapport aux limites séparatives, laquelle en l'espèce a justement été réalisée au nu de la façade. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

13. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

14. En l'espèce, le projet s'implante dans un espace densément urbanisé situé au centre de la commune de Sevrier. Cet espace est constitué de maisons individuelles, de bâtisses correspondant à un habitat traditionnel de densité moyenne et d'immeubles d'habitation collectifs disposés en R+1 qui présentent les mêmes caractéristiques que les immeubles objets du projet litigieux. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie et la commune de Sevrier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de M. et Mme B.

Article 2 : La requête est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à l'Office public de l'habitat de la Haute-Savoie et à la commune de Sevrier.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La présidente,

D. G

L'assesseure ,

E. BarriolLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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