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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202175

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202175

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLEGEAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée, sous le numéro 2202175, le 10 avril 2022, Mme B E, représentée par Me Legeay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2022 lui retirant son agrément d'assistante maternelle à compter du 9 février 2022 ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- il méconnaiît l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Un mémoire enregistré pour Mme E, le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée, sous le numéro 2203893, le 24 juin 2022, Mme B E, représentée par Me Legeay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 mars 2022 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Grenoble l'a licenciée ;

3°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale de Grenoble de la réintégrer à compter de la date de son licenciement ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est illégal à raison de l'illégalité de la décision de retrait d'agrément.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le centre communal d'action sociale de Grenoble, représenté par Me Laborie, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B E une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Un mémoire enregistré pour Mme E, le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

III. Par une requête enregistrée, sous le numéro 2302262, le 10 avril 2023, Mme B E, représentée par Me Legeay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner le département de l'Isère à lui verser la somme de 16 370,13 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre au département de l'Isère de le réintégrer ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 7 février 2022 portant retrait d'agrément est entachée d'illégalités fautives.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Un mémoire enregistré pour Mme E, le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction n'a pas été communiqué.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n°2202175 par une décision du 17 mai 2022 modifiée le 2 novembre 2023, dans l'instance n°2302262 par une décision du 22 septembre 2023 et dans l'instance n° 2203893 par une décision du 19 novembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pollet,

- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Legeay, représentant Mme E, celles de M.Perrenoud pour le département de l'Isère et celles de Me Laborie, représentant le centre communal d'action sociale de Grenoble.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, assistante maternelle agréée depuis 2015 a fait l'objet d'un retrait d'agrément par une décision du président du conseil départemental du 7 février 2022. Par une décision du 29 mars 2022, le président du centre communal d'action sociale de Grenoble l'a en conséquence licenciée. Par une ordonnance du 10 mai 2022, le juge des référés a suspendu la décision du 7 février 2022. Par les présentes requêtes, Mme E demande l'annulation des décisions du 7 février 2022 et du 29 mars 2022 ainsi que la condamnation du département de l'Isère à l'indemniser de ses préjudices.

Sur la jonction :

2. Les affaires visées ci-dessus concernent la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Mme E ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n°2202175 par une décision du 17 mai 2022, dans l'instance n° 2302262 par une décision du 22 septembre 2023 et dans l'instance n°2203893 le 19 novembre 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur ses demandes d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le retrait d'agrément :

4. La décision attaquée du 7 février 2022 a été signée par M. C A, au bénéfice d'une délégation de signature consentie par le président du conseil départemental afin de délivrer les agréments des assistantes maternelles, le 30 septembre 2021, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

5. Aux termes de L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. () " et aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste. "

6. La requérante soutient n'avoir pas été informée préalablement à la tenue de la commission consultative paritaire de son droit à se faire assister ou représenter par une personne de son choix. Elle fait valoir, également, que la liste des représentants élus des assistants maternels et familiaux ne lui a pas été communiquée. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été convoquée par un courrier du 12 janvier 2022 à la séance de la commission consultative paritaire du 28 janvier 2022. Le courrier de convocation mentionne la possibilité de recourir à un représentant de son choix. Par ailleurs, y est jointe la liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

7. La décision en litige a été prise pour les motifs suivants : une incapacité à anticiper seule son organisation pour la prise en charge des enfants, un manque de discernement quant aux jouets mis à disposition des enfants et une position attentiste quant aux recommandations du service de protection maternelle et infantile et de la crèche familiale.

8. Il ressort des pièces du dossier que deux visites ont eu lieu au domicile de la requérante le 12 octobre 2021 et le 18 novembre 2021. Au cours de la première visite, a été constatée la présence de jeux sales et non adaptés à l'âge des enfants susceptibles d'être reçus par Mme D qui dispose d'un agrément pour recevoir trois enfants, dont un de moins de vingt-quatre mois. Au cours de la seconde visite, il a été constaté que si plusieurs jeux dangereux et inadaptés ont été retirés et plusieurs autres jeux nettoyés, des jeux tout aussi inadaptés au public reçu ont été ajoutés par Mme D, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier.

9. Par ailleurs, il ressort des comptes-rendus de visite et du rapport administratif que Mme D n'est pas en mesure d'anticiper l'accueil et les activités des autres enfants lors de la sieste de certains d'entre eux et n'est pas davantage en mesure d'anticiper les points de danger présents au domicile, malgré son expérience.

10. En outre, il ressort notamment du rapport administratif que Mme D fait preuve de peu d'autonomie et sollicite régulièrement l'aide de la directrice de la crèche familiale afin de communiquer avec les parents.

11. Par suite, il résulte des termes des points 8, 9 et 10 que le retrait de l'agrément de Mme D n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles et n'est pas davantage entaché d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait de l'agrément en qualité d'assistante maternelle doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de licenciement :

13. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les articles L. 423-3 à L. 423-13, L. 423-15, L. 423-17 à L. 423-22, L. 423-27 à L. 423-33 et L. 423-35 s'appliquent aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " () En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ".

14. Ainsi qu'il a été dit, Mme D n'a pas établi l'illégalité de la décision de retrait de son agrément. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision de licenciement est fondée sur une décision de retrait d'agrément illégale. Le président du centre communal d'action sociale de Grenoble était tenu de procéder à son licenciement en application de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de licenciement doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

15. Le département de l'Isère n'ayant commis aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité, les conclusions indemnitaires doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les conclusions présentées par Mme D, partie perdante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de Grenoble sont également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes d'aides juridictionnelles présentées à titre provisoire dans les trois instances.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au département de l'Isère et au centre communal d'action sociale de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La rapporteure,

MA. POLLET

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2203893-230226

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