jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABOUDAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 avril 2022 et le 4 mai 2022, M. B A, représenté par Me Aboudahab, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé après l'expiration de ce délai, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et en toute hypothèse de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté et le rejet de son recours gracieux sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier au Maroc d'une prise en charge adaptée à son état de santé et qu'ils le privent des droits fondamentaux créés au bénéfice des personnes handicapées par les articles L. 114-1 et L. 114-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté et le rejet implicite de son recours gracieux sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation en ce que les droits fondamentaux dont il bénéficie n'ont pas été reconnus comme circonstances humanitaires exceptionnelles ;
- le rejet implicite de son recours gracieux est entaché d'erreur d'appréciation, de violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en ce que le préfet n'a pas fait droit ni examiné son recours en ce qu'il était fondé sur ces dispositions alors que les droits des dispositions de
l'article L. 114-1 et L. 114-2 du code de l'action sociale et des familles dont il bénéficie et sa qualité de majeur sous curatelle à compter du 7 juin 2022 justifient de circonstances exceptionnelles ou de considérations humanitaires.
Par des mémoires enregistrés le 27 avril 2022 et le 13 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- les observations de Me Aboudahab, avocat de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né en 1975, soutient être entré régulièrement en France le 16 septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 26 juillet 2019, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé et a obtenu un titre de séjour mention " vie privée et familiale " renouvelé jusqu'au 3 mars 2021. Le 16 mars 2021, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par un arrêté du 18 novembre 2021, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A a présenté le 18 janvier 2022 un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Il demande l'annulation de ces décisions.
2. Il ressort des termes de l'arrêté du 18 novembre 2021 que le préfet a procédé à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé, telle qu'elle avait été portée à sa connaissance, au regard des dispositions au titre desquelles la demande de renouvellement de la carte de séjour avait été présentée.
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Le collège de médecins du service médical de l'OFII a estimé, dans son avis émis le 28 juin 2021, que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une paraplégie post-traumatique spastique suite à un accident de la route survenu en 2003. Il a subi plusieurs gestes chirurgicaux en France au niveau périnéal dans un contexte de vessie neurologique ayant justifié la mise en place d'une plastie selon Mitrofanoff en 2020. Le requérant soutient que son état de santé s'est dégradé. Il fait valoir qu'il a subi une intervention chirurgicale le 7 janvier 2022 suite à une tuméfaction péri-anale, que le certificat médical établi le 26 janvier 2022 par un chirurgien du service urologique du CHU de Grenoble mentionne que l'aggravation de ses problèmes d'escarres cutanés et des abcès multiples " vont justifier sans doute la pose d'une colostomie en 2022 ", qu'un courrier d'un autre médecin de l'hôpital rédigé le 28 janvier 2022 indique que " compte tenu de ce dossier complexe, je suggère à M. A de se revoir en consultation ces prochains mois afin de rediscuter des tenants et aboutissants de l'intervention, chez un patient déjà opéré au niveau abdominal et avec un geste potentiellement complexe sur le plan technique " et qu'un rapport de synthèse d'un médecin spécialiste en médecine physique et de réadaptation du 25 avril 2022 précise que " le patient doit respecter ses différents rendez-vous notamment pour organiser sa consultation d'anesthésie et de chirurgie de colostomie en plusieurs étapes bien sûr et de garder le contact avec nos collègues d'urologie du CHUGA ". Toutefois, ces pièces ne justifient pas d'une aggravation de l'état de santé de M. A à la date de l'arrêté, plus de deux mois avant leur rédaction. Elles n'établissent pas que, contrairement à ce qu'a estimé le collège de médecin de l'OFII, M. A ne pourrait pas bénéficier au Maroc des interventions et soins que nécessite son état de santé. L'attestation d'indigence de membres de la famille de M. A n'établit pas qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier de ces interventions et soins. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en rejetant son recours gracieux, le préfet a fait une application erronée des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
5. M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté et le rejet de son recours gracieux seraient entachés d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'ils le privent des droits ouverts en France aux personnes handicapées par les articles L. 114-1 et L. 114-2 du code de l'action sociale et des familles
6. Si les courriers des 18 janvier 2022 et 21 février 2022 par lesquels M. A a formé un recours gracieux contre l'arrêté du préfet de l'Isère du 18 novembre 2021 comportent également une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne peut utilement invoquer une violation de ces dispositions pour demander l'annulation de la décision de rejet de son recours gracieux ni soutenir que cette décision n'aurait pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle en ce que les droits conférés par ces dispositions et son placement sous curatelle à venir n'ont pas été reconnus comme circonstances humanitaires exceptionnelles.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 et du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées, de même que ses conclusions aux fins d'injonction.
8. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aboudahab et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Permingeat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Bailleul
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026